Les faibles doses d'irradiation dรฉsignent en radiobiologie, รฉpidรฉmiologie et en physique mรฉdicale des expositions (externes ou internes) ร des rayonnements ionisants qui se situent ร un niveau faible (infรฉrieures ร 100 milligray) ou ร de faibles dรฉbits de dose (moins de 5 milligray par heure), situation rencontrรฉe ยซย dans un large รฉventail de contextes mรฉdicaux, industriels, militaires et commerciauxย ยป[1] et trรจs largement infรฉrieur ร celui oรน apparaรฎt un effet dรฉterministe (brรปlures, voire syndrome d'irradiation aiguรซ pour des expositions supรฉrieures au gray). Il est sous les limites actuelles de dรฉtection des effets stochastiques (leucรฉmies ou autres formes de cancers, voire peut-รชtre mutations gรฉnรฉtiques).
ยซย Les expositions professionnelles aux rayonnements ionisants se produisent principalement ร de faibles doses et peuvent accumuler des doses efficaces pouvant atteindre plusieurs centaines de milligrayย ยป[2]. Le domaine des doses infรฉrieures ร une dizaine de millisieverts par an, correspond ร ce que reรงoit la plus grande partie de la population, principalement via une exposition externe (induite par la radioactivitรฉ naturelle et les examens radiologiques) et moindrement via une exposition interne (notamment due au radon, ร certains traitements ou examens mรฉdicaux ou ร l'ingestion accidentelle de radionuclรฉides). Hors accidents graves et accidents nuclรฉaires, l'exposition induite par l'industrie nuclรฉaire concerne surtout ses propres travailleurs. Ceci en fait un sujet complexe et polรฉmique, et qui a une incidence sur l'optimisation des politiques de radioprotection et de santรฉ publique. Mi-2022, les Acadรฉmies amรฉricaines des sciences, de l'ingรฉnierie et de la mรฉdecine suggรจrent de relancer la recherche sur ce sujet, estimant que 100 millions de dollars par an seraient nรฉcessaires durant 15 ans pour cela[1].
Questions ouvertes
modifierEn 2022, selon un rapport conjoint des Acadรฉmies amรฉricaines des Sciences, de l'ingรฉnierie et de mรฉdecine, ยซย les effets de l'exposition ร ces niveaux ne sont pas entiรจrement compris et on craint depuis longtemps qu'une telle exposition puisse avoir des effets nรฉgatifs sur la santรฉ humaine. Bien que le cancer soit liรฉ ร l'exposition aux rayonnements ร faible dose depuis des dรฉcennies, il existe de plus en plus de preuves qu'il peut รฉgalement รชtre associรฉ ร des maladies cardiovasculaires, des troubles neurologiques, un dysfonctionnement immunitaire et des cataractesย ยป[1]. Parmi les questions ouvertesย :
- L'effet macroscopique reste difficile ร รฉvaluer pour des expositions infรฉrieures au centigray car il ne peut รชtre statistiquement รฉtudiรฉ que par des รฉtudes รฉpidรฉmiologiques classiques, basรฉes sur lโextrapolation des effets cancรฉrogรจnes observรฉs entre 0,2 et 3 sieverts[3]. En outre, cet effet dรฉpend ร la fois de la dose reรงue et du dรฉbit de dose radioactive, d'une maniรจre encore mal comprise.
- Quelques exemples d'irradiation de cohorte statistique existent toutefois, comme le cas des 10ย 000ย habitants d'immeubles contaminรฉs de Taรฏwan, un exemple exceptionnel du point de vue de l'รฉtude des faibles doses.
- Au niveau microscopique, pour un rayonnement traversant un tissu biologique, l'effet physique et chimique รฉlรฉmentaire dรฉpend de la nature du rayonnement. Le gray, la grandeur de dose absorbรฉe est l'une des grandeurs physiques en cause (รฉnergie du rayonnement)ย ; l'effet dรฉpend aussi du type de rayonnement et de contamination (externe, interne ou mixte) ainsi que du nombre et de la vulnรฉrabilitรฉ des tissus et cellules traversรฉs et dans une certaine mesure, du hasard. La traduction biologique de cet effet au niveau macroscopique (mesurรฉe en Sievert) est un processus encore en cours d'exploration, ร cause de la ยซย complexitรฉ des phรฉnomรจnes biologiques souvent non linรฉairement liรฉs ร la doseย ยป[4]ย ;
L'analyse rรฉtrospective des donnรฉes issues des effets ร moyen et long terme de l'explosion d'une bombe atomique ร Hiroshima laissait penser que le risque de cancer radio-induit ne devenait significatif qu'ร partir de 100 mSv (dans une population estimรฉe radiorรฉsistante et uniforme), mais ยซย les donnรฉes radiobiologiques apportent aujourdโhui des รฉlรฉments nouveaux qui mettent en lumiรจre des aspects qui nโavaient pas รฉtรฉ jusque-lร pris en compte dans la dรฉfinition des doses seuilsย : le facteur individuel, lโeffet de lโรฉtalement ou de rรฉpรฉtition de doseย ยป, suscitant ยซย des interrogations lรฉgitimesย ยป puisque ยซย lโexposition mรฉdicale annuelle aux radiations ionisantes dรฉpasse dรฉsormais la limite autorisรฉe de 1 mSv/anย ยป[4].
Monde des faibles doses
modifierSources et modes d'irradiation
modifierLes faibles doses d'irradiations peuvent รชtre reรงues suivant trois modalitรฉs. La principale source d'irradiation est naturelle, Le niveau d'exposition variant alors selon le lieu, gรฉnรฉralement dans le rapport de un ร trois. Localement, il peut รชtre beaucoup plus รฉlevรฉ[5].
Les mesures d'irradiation et la radioactivitรฉ s'expriment en unitรฉ SI (sievert, becquerel...).
- le gray mesure l'irradiation physique, une รฉnergie fournie par unitรฉ de masse, indรฉpendamment de ses effets biologiques.
- le rad autrefois utilisรฉ dans de nombreuses publications, correspond au centigray (ce qui explique que ce sous-multiple soit frรฉquemment utilisรฉ).
- le sievert est utilisรฉ pour mesurer les effets stochastiques d'une irradiation sur un organisme, avec des termes correctifs permettant de prendre en compte la dangerositรฉ relative des diffรฉrents rayonnements et la sensibilitรฉ relative des tissus.
- le becquerel, mesure le nombre de dรฉsintรฉgrations radioactives par seconde. Il reprรฉsente indirectement la quantitรฉ de matiรจre radioactive prรฉsente si l'on connaรฎt par ailleurs l'activitรฉ massique du radionuclรฉide concernรฉ.
Trois modes d'exposition sontย :
- L'exposition ร de faibles doses ponctuelles. Reรงues en une seule fois, elles sont mesurรฉes en millisieverts. Pour le public, il s'agit surtout d'examens radiologiques (radiographies, gammagraphies, scanners...).
- L'exposition (chronique ou รฉpisodique) ร un environnement irradiant. Il expose ร un dรฉbit de dose plus ou moins รฉlevรฉ, mesurรฉ en microsieverts par heure. Ce peut รชtre un environnement de travail (cabinet mรฉdical de radiologie, mines ou installation de l'industrie nuclรฉaire) ou habitation (vie en altitude ou dans une rรฉgion riche en uranium ou en thorium, prรฉsence de radon...).
- La contamination interne par des radionuclรฉides (acquis par inhalation, ingestion, en passage percutanรฉ ou via une blessure). Elle expose l'organisme ร des rayonnements faibles, mais directement en contact avec les tissus, et sur une durรฉe potentiellement longue (fonction de la pรฉriode biologique du radioisotope, de son mode d'ingestion, de son รฉtat chimique...). Ces contaminations se mesurent en becquerelsย ; la plus ou moins grande radiotoxicitรฉ de la substance est รฉvaluรฉe en sieverts par becquerel (l'unitรฉ typique รฉtant le ยตSv/kBq). Dans ce cas l'effet du rayonnement peut รชtre aggravรฉ par une รฉventuelle toxicitรฉ chimique du radionuclรฉide[2]. Par rapport au rayonnement externe qui expose les organes de maniรจre homogรจne, la contamination interne implique une exposition hรฉtรฉrogรจne des organes[2]. Par exemple l'iode radioactif sera fortement concentrรฉ dans la thyroรฏde.
Quand commence-t-on ร parler de faibles dosesย ?
modifierLa limite des faibles doses est mal dรฉfinie, car elle dรฉpend de la vulnรฉrabilitรฉ de l'organisme ou de l'organe รฉtudiรฉ, et du domaine scientifique considรฉrรฉ[6],[7],[8]ย : le plafond proposรฉ varie ainsi de 1ย mGy pour la microdosimรฉtrie ร 200ย mGy pour l'รฉpidรฉmiologie, en passant par 20ย mGy pour la radiobiologie[9]. Pour la radioprotection, on s'intรฉresse gรฉnรฉralement ร la limite en dessous de laquelle aucun effet nocif des radiations n'est dรฉmontrรฉ, soit โ100ย mGy[6],[10],[11]ย : c'est donc cette limite qui est la plus couramment rencontrรฉe[12],[13].
Les ยซย faibles dosesย ยป correspondent donc ร des domaines de doses ou de dรฉbits variรฉs mais souvent amalgamรฉs. On peut facilement dรฉtecter des radioactivitรฉs de l'ordre du becquerel, qui correspondent ร une irradiation de l'ordre du nano- voire pico-sievert, mais on est alors trรจs en deรงร des plafonds communรฉment admis pour ce domaine, mรชme si l'on prend la valeur de 1ย mSv considรฉrรฉ pour la microdosimรฉtrie. La diffรฉrence entre l'irradiation dรฉtectable par les moyens modernes et celle dont on sait qu'elle a des effets prouvรฉs est de neuf ordres de grandeur[rรฉf.ย nรฉcessaire] - quantitativement c'est la mรชme diffรฉrence qu'entre boire une larme (0,1ย cm3) de whisky dans toute sa vie, et en boire dix litres par jour.
Ordres de grandeurs des faibles doses
modifierEn gรฉnรฉral, le domaine des faibles doses correspond aux doses infรฉrieures ร 10ย mSv en radiobiologie, et aux doses infรฉrieures ร 100ย mSv en radioprotection.
Une dose peut รชtre considรฉrรฉe comme reรงue en une seule exposition quand la durรฉe d'irradiation est plus faible que le temps de rรฉparation des cassures de l'ADN par la cellule, de l'ordre de l'heure.
| Niveau | Augmentation du risque statistique de cancer mortel par rapport au risque naturel existant dans la population gรฉnรฉrale d'aprรจs l'hypothรจse LNT[14],[15] | Dose en une exposition |
|---|---|---|
| 1ย 000ย mSv =1ย sievert |
1 / 20 | Seuil des effets dรฉterministesย : apparition de la fiรจvre des radiations. |
| 100ย mSv | 1 / 200 | Limite de l'effet statistiquement observable des excรจs de cancers sur les survivants de Hiroshima et Nagasaki[5].
La limite d'exposition du personnel d'intervention est de 100ย mSv en cas dโurgence radiologique, voire 300ย mSv pour des interventions destinรฉes ร sauver des vies humaines (France)[16]. Les systรจmes de rรฉparation de lโADN des cellules sont activรฉs ร des doses comprises entre 10 et 100ย mSv. |
| 10ย mSv | 1 / 2000 | En dessous du seuil de 2 cGy (20 mSv) on ne dรฉtecte plus d'augmentation de la frรฉquence dโaberrations chromosomiques[17].
Un scanner comportant dix coupes (voire beaucoup plus pour un scanner coronaire moderne) entraรฎne une exposition de 15ย mSv[18]. Un scanner abdominal correspond ร 12ย mSv. Le demi million d'habitants des zones faiblement contaminรฉes aux alentours de Tchernobyl recevra une dose cumulรฉe sur 70 ans de l'ordre de 14ย mSv[19]. |
| 1ย mSv 1ย 000ย ยตSv |
1 / 20ย 000 | Une exposition de lโensemble de lโorganisme ร 1ย mGy entraรฎne, en moyenne, la traversรฉe de chaque cellule par un รฉlectron[20].
L'irradiation par scintigraphie est de l'ordre de 4ย mSv lors de l'รฉtude des os, et 2ย mSv pour l'examen de la thyroรฏde[18]. |
| 100ย ยตSv | 1 / 200ย 000 | Une radiographie des poumons entraรฎne une dose de 0,3ย mSv[21] ร 1ย mSv[18]. Une radiographie dentaire correspond ร une dose de 0,2ย mSv. L'exposition moyenne due aux retombรฉes des essais nuclรฉaires atmosphรฉriques a atteint un pic en 1963 avec 0,15ย mSv[22]. Une mammographie correspond ร une dose effective de 0,13ย mSv[23]. |
| 10ย ยตSv | 1 / 2ย 000ย 000 | Un voyage Paris-New York aller et retourย : 0,06ย mSv[21]. |
| 1ย ยตSv | 1 / 20 000 000 | Les radionuclรฉides contenus dans une cigarette entraรฎnent en moyenne une exposition aux rayonnements de 7,3 ยตSv par cigarette[24] (outre l'exposition aux goudrons cancรฉrigรจnes). |
Ordres de grandeurs des faibles dรฉbits de doses
modifierLa limite du domaine des faibles dรฉbits de dose, en dessous de laquelle aucun effet biologique n'a รฉtรฉ dรฉtectรฉ, peut รชtre placรฉe vers 1ย mSv/h, voire 100ย ยตSv/h, c'est-ร -dire les limites rรฉglementaires des zones contrรดlรฉes marquรฉes ยซย zones jaunesย ยป en France. Dans la dรฉfinition proposรฉe par l'UNSCEAR, cette limite est placรฉe ร 0,1ย mGy/min (moyennรฉs sur une heure) du point de vue de la radioprotection, soit 6ย mGy/h[9].
Ces dรฉbits de dose sont mesurรฉs en milli- ou en microsieverts par minute, par heure ou par an.
Il s'agit presque toujours d'une irradiation par rayonnement gamma (ou par rayonnement X pour les cabinets mรฉdicaux). Mais les irradiations reรงues ร proximitรฉ immรฉdiate d'un rรฉacteur nuclรฉaire (jusqu'ร quelques dizaines de mรจtres) sont surtout dues aux flux de neutrons qui s'รฉchappent du cลur (des dosimรจtres spรฉciaux les mesurent). Des neutrons sont รฉgalement prรฉsents dans le rayonnement cosmique.
Pour une source externe, un faible dรฉbit de dose entraรฎne en pratique une faible irradiation (pour des durรฉes d'exposition raisonnablement limitรฉes). De forts dรฉbits de dose, dans des environnements exceptionnels, impliquent une forte irradiationย : ร la limite entre ยซย zone orangeย ยป et ยซย zone rougeย ยป, oรน le dรฉbit de dose serait de 100 mSv/h, on peut transiter pendant 6 minutes avant de recevoir une dose de 10ย mSv (rรฉglementairement acceptable en circonstances exceptionnelles), et il faut rester plusieurs heures pour atteindre une dose d'un sievert (niveau oรน apparaรฎt la fiรจvre des radiations). Pour ces forts dรฉbits de dose, l'exposition est normalement exceptionnelle, la durรฉe d'exposition est normalement infรฉrieure ร l'heure, et c'est la dose totale reรงue en une seule exposition qu'il faut considรฉrer pour en รฉvaluer l'impact sanitaire.
| Niveau | Dรฉbit de dose | ย |
|---|---|---|
| 100ย mSv/h |
|
ย |
| 10ย mSv/h |
|
ย |
| 1ย mSv/h 1ย 000ย ยตSv/h |
|
ย |
| 100ย ยตSv/h |
|
ย |
| 100ย mSv/an 11ย ยตSv/h |
|
ย |
| 10ย mSv/an 1,1ย ยตSv/h |
|
ย |
| 1ย mSv/an 110ย nSv/h |
|
ย |
| 100ย ยตSv/an 11ย nSv/h |
| |
| 10ย ยตSv/an 1,1ย nSv/h |
| |
| 1ย ยตSv/an 0,11ย nSv/h |
| |
| <1ย ยตSv/an <0,11ย nSv/h |
|
Progrรจs des connaissances en radiobiologie
modifierรtudes des moyennes et fortes doses
modifierDe nombreuses รฉtudes รฉpidรฉmiologiques ont permis d'estimer les effets stochastiques (principalement l'apparition leucรฉmies ร court terme et de cancers ร long terme) des rayonnements ionisants pour des expositions entre 200 millisieverts et 5 sieverts. Il n'y a guรจre de contestation sur le fait que ces doses produisent des effets observables, et ces effets suivent le plus souvent une loi linรฉaire, c'est-ร -dire que le risque de dรฉvelopper un cancer croรฎt proportionnellement aux doses reรงues[65]. Certaines exceptions sont cependant connues, par exemple lโobservation des cancers osseux induits par le radium 226 (Radium girls[66]) et des cancers du foie induits par le Thorotrast, ou les leucรฉmies induites ร Hiroshima et chez les patients traitรฉs par lโiode radioactif[41].
ร partir des donnรฉes sur les survivants des bombardements atomiques au Japon, il a รฉtรฉ statistiquement รฉtabli qu'une exposition ร un rayonnement de 2 sieverts (rayonnement gamma, uniformรฉment rรฉparti sur le corps, et reรงu en quelques secondes) conduit ร doubler le risque de mourir d'un cancer, c'est-ร -dire engendre un ยซย risque relatifย ยป de deux[67]. C'est ce chiffre, associรฉ ร l'idรฉe d'une relation linรฉaire entre dose et effet, qui est ร la base de la ยซย rรจgleย ยป qu'une exposition ร 100ย mSv conduit ร un risque relatif de 1.05, ou encore (du fait que le risque ยซย naturelย ยป est de l'ordre de 20ย %) qu'une exposition ร 100ย mSv entraรฎne une probabilitรฉ de 1ย % de provoquer un cancer.
Ces รฉtudes ne permettent d'estimer que les effets de doses supรฉrieures ou รฉgales ร 100ย mSv chez l'adulte, reรงues avec des dรฉbits de dose รฉlevรฉs. Lโextrapolation des effets des fortes doses ร ceux des faibles doses ne reflรจte absolument pas la rรฉalitรฉ[68]. L'extrapolation de ces constantes et de ce modรจle linรฉaire en dessous de cette limite est l'objet du dรฉbat sur les faibles doses. รtudier les effets liรฉs ร de faibles expositions chroniques est donc primordial.
Limites statistiques des รฉtudes รฉpidรฉmiologiques
modifierEn effet, il n'est pas possible d'observer les รฉventuels effets de faibles doses d'irradiation, car des cancers apparaissent spontanรฉment dans la population, avec une certaine moyenne (ligne de base), et des variations alรฉatoires autour de cette moyenne (bruit statistique). Pour qu'un excรจs de cancer radio-induit soit observable, il doit รชtre nettement supรฉrieur ร ces variations alรฉatoiresย ; en d'autres termes, le rapport signal sur bruit doit รชtre suffisant. En rรจgle gรฉnรฉrale, le signal croรฎt proportionnellement ร la taille N de la population alors que le bruit des fluctuations, proportionnel ร l'รฉcart-type, croรฎt avec la racine carrรฉe de N; le rapport signal/bruit s'amรฉliore donc comme la racine carrรฉe de la taille N de la cohorte.
Ainsi, sur la base du modรจle linรฉaire sans seuil, 500 personnes exposรฉes suffisent , thรฉoriquement, ร dรฉtecter (8 fois sur 10) les effets d'une dose de 1ย 000ย mSv. Pour dรฉtecter les effets d'une dose dix fois moindre (100ย mSv),il faut une population exposรฉe d'au moins 50ย 000ย personnes. Et pour 10ย mSv il faudrait une cohorte 100 fois plus grande (soit 5 millions de personnes exposรฉes)[19].
En 2001, Maurice Tubiana et l'Acadรฉmie de mรฉdecine (2001) estimaient ยซย important de remarquer que l'incidence des cancers dans la plupart des populations exposรฉes ร de faibles supplรฉments de doses de radiation nโa pas รฉtรฉ trouvรฉe augmentรฉe et que, dans la plupart des cas, cette incidence semble avoir รฉtรฉ rรฉduiteย ยป[41] (cette apparente rรฉduction รฉtant cependant plus faible que l'รฉcart statistiquement significatif attendu).
En 2005, sur le plan รฉpidรฉmiologique, le fait quโil nโy a pas de preuve dโun effet cancรฉrogรจne pour des doses infรฉrieures ร 100ย mSv[56] n'est pas contestรฉ. ยซย Les รฉtudes รฉpidรฉmiologiques disponibles ne dรฉcรจlent aucun effet pour des doses infรฉrieures ร 100ย mSv, soit quโil nโen existe pas, soit que la puissance statistique des enquรชtes ait รฉtรฉ insuffisante pour les dรฉtecterย ยป[26]. En effet, un problรจme mรฉthodologique est que les cohortes exposรฉes (et suivies sur un temps assez long pour dรฉtecter des effets tels que des cancers) atteignent rarement 100ย 000ย individus. Ceci a longtemps limitรฉ les chercheurs ร l'รฉtude des doses supรฉrieures ou รฉgales ร โ100ย mSv. Le nombre de cohortes suivies augmentant avec le temps, un moyen de dรฉpasser ces limitations liรฉes ร la taille des cohortes est la mรฉta-analyse (qui agrรจgent les donnรฉes provenant de plusieurs cohortes)[69].
Puis en 2009, une รฉtude[2] conduite par 6 chercheurs allemands sโest donnรฉ comme objectif dโรฉvaluer les preuves de risques de cancer induits par des dรฉbits de dose faibles et modรฉrรฉs mais cumulรฉes (exposition chronique). Ce travail sโest appuyรฉ sur les principales รฉtudes รฉpidรฉmiologiques alors disponibles sur l'incidence du cancer et les risques de mortalitรฉ dus ร de telles expositions (publiรฉes de 2002 ร 2007), et sur la mise ร jour de l'รฉtude du registre national britannique pour les travailleurs exposรฉ aux radiation. Pour chaque รฉtude les auteurs ont comparรฉ le risque pour les mรชmes types de cancer chez les survivants de la bombe atomique (ร doses รฉgales et avec la mรชme proportion de sexe et en tenant compte de l'รขge moyen atteint et de l'รขge moyen ร l'exposition)[2]. Les รฉtudes prรฉsentaient toutes des limitations rendant leurs rรฉsultats ร eux-seuls non significatifs (puissance statistique insuffisante, รขge de fin de suivi encore jeuneโฆ), mais selon les auteurs puis dโautres chercheurs[70] une conclusion peut nรฉanmoins รชtre tirรฉe de leur analyse combinรฉeย : les estimations de relation dose-effet sont positives dans toutes les รฉtudes (ou รฉgale ร zรฉro dans une รฉtude). Et pour 7 de ces 13 รฉtudes, la relation dose-effet a รฉtรฉ estimรฉe statistiquement significative. Enfin, l'excรจs de risque relatif par dose รฉtait comparable ร la valeur correspondante pour les survivants de la bombe atomique. Les auteurs ont conclu que les donnรฉes disponibles ยซย ne confirment pas que le risque de cancer par exposition chronique ร des dรฉbits de dose faibles et modรฉrรฉs est plus faible que pour les survivants de la bombe atomiqueย ยป, ajoutant que ยซย ce rรฉsultat remet en question les valeurs de risque de cancer actuellement supposรฉes pour les expositions professionnellesย ยปย ; autrement ditย : les รฉtudes รฉpidรฉmiologiques ne peuvent dรฉtecter un รฉventuel risque liรฉ aux faibles doses dโirradiation, mais elles sont pareillement incapables dโexclure lโexistence d'un tel risque.
Cancรฉrogenรจse
modifierDans le modรจle monoclonal ร รฉtapes multiples de la cancรฉrogenรจse, on pensait que le cancer รฉtait l'aboutissement d'une succession de mutations spรฉcifiques d'une cellule unique, indรฉpendamment de son environnementย : ce modรจle monocellulaire relativement simple รฉtait une condition importante pour justifier une relation dose-effet de type linรฉaire sans seuil. Des รฉtudes plus rรฉcentes remettent en cause ce schรฉma classiqueย : en rรฉalitรฉ, l'รฉvolution tumorale d'une cellule mutรฉe se heurte ร des mรฉcanismes efficaces de dรฉfense ร lโรฉchelle du tissu et de lโorganisme, par un processus faisant intervenir des relations complexes entre la cellule mutรฉe et les cellules environnantes.
Au niveau du tissu, les mรฉcanismes qui interviennent dans lโembryogenรจse (et pour diriger la rรฉparation tissulaire aprรจs une agression) semblent jouer un rรดle pour contrรดler la prolifรฉration dโune cellule, mรชme quand celle-ci est devenue autonome. Ce mรฉcanisme pourrait expliquer lโabsence dโeffets cancรฉrigรจnes aprรจs contamination par de faibles quantitรฉs de radioรฉlรฉments รฉmetteurs ฮฑ (phรฉnomรจne dans lequel un petit nombre de cellules ont รฉtรฉ fortement irradiรฉes mais sont environnรฉes par des cellules saines) avec lโexistence, dans ce cas, dโun seuil chez lโhomme comme chez lโanimal[26]. L'effet biologique des irradiations ne paraรฎt pas dรฉterminรฉ par le nombre de mutations รฉlรฉmentaires qu'elles crรฉent, mais plutรดt par la charge qu'elle font peser sur le systรจme de rรฉparation de l'ADN[71]ย :
ยซย Vu le mรฉcanisme en plusieurs รฉtapes de la carcinogenรจse, on ne sait pas si la linรฉaritรฉ dose-effet pour la lรฉsion primaire complexe de l'ADN et les lรฉsions cellulaires fixรฉes, qui sont critiques, entraรฎne une relation dose-effet linรฉaire en ce qui concerne les cancers induits par l'exposition aux rayonnementsยป[72].
Mรฉcanismes de rรฉparation
modifierL'idรฉe d'une loi linรฉaire s'appuie initialement sur l'observation des ruptures de l'ADN provoquรฉes par les radiations ionisantes. On observe en effet que le nombre de ruptures est directement proportionnel ร la dose, sans effet de seuilย : il y a un effet possible dรจs le premier rayonnement. Cette observation de base n'est pas contestรฉe, mais doit รชtre complรฉtรฉe par l'รฉtude du devenir de ces ruptures ร travers les mรฉcanismes que la cellule met en ลuvre pour rรฉparer l'ADN.
Dans la vie normale de la cellule, l'ADN est en permanence attaquรฉ par des composรฉs trรจs rรฉactifs, les radicaux oxygรฉnรฉs produits par le mรฉtabolisme cellulaire[73]. Une premiรจre ligne de dรฉfense contre ces attaques est la prรฉsence de molรฉcules qui neutralisent les espรจces rรฉactives oxygรฉnรฉes, les antioxydants: les vitamines C et E, le glutathion, la catalase, la superoxyde dismutase,...
Mais les antioxydants ne font pas tout, et l'ADN a d'autres ennemis (perte de bases, dรฉamination, dimรฉrisation des thymines par les rayons ultra-violets...). Finalement, les cellules subissent en permanence de nombreuses ruptures de l'ADN, qu'elle doivent en permanence rรฉparer. La rรฉparation de l'ADN fait intervenir les enzymes les plus remarquables que l'on connaisse[74]ย : ยซย les ruptures simple brin sont rรฉparรฉes en quelques secondes ou minutesย ; la plupart des autres lรฉsions sont rรฉparรฉes en quelques heures.ย ยป
L'รฉtude de l'effet des rayonnements ionisants sur les dommages de l'ADN montre que les dommages constatรฉs sont de mรชme nature que ceux que subissent spontanรฉment les cellules, mais dans des proportions diffรฉrentes. L'exposition d'une cellule ร des rayonnements ionisants crรฉรฉ moins de lรฉsions isolรฉes et davantage de groupes de lรฉsions (lรฉsions en grappe), ce qui augmente la proportion de cassures double brin et de ponts ADN/ADN et ADN/protรฉine[72].
| Dommage ADN | Lรฉsions spontanรฉes/cellule/j | Lรฉsions radio-induites/Gy |
|
| Cassures simple brin | 10ย 000 ร 55ย 000 | 1000 | |
| Perte de base | 12ย 600 | Non รฉvaluรฉe | |
| Dommage de base | 3ย 200 | 2 000 | |
| Cassure double brin | 8 | 40 | |
| pont ADN/ADN | 8 | 30 | |
| pont ADN-proteine | quelques | 150 | |
| sites multilรฉsรฉs | Non รฉvaluรฉ | quelques |
L'existence d'un systรจme de rรฉparation n'est pas en soi une objection ร l'hypothรจse linรฉaire. Les effets stochastiques des rayonnements sont la consรฉquence lointaine des erreurs de rรฉparation, et il n'y a pas de raison de supposer que ces erreurs disparaissent en dessous d'un certain seuilย : ร partir du moment oรน un taux d'erreur existe, les erreurs du systรจme se produiront en proportion de la dose.
Cependant, l'existence de ces agressions permanentes sur l'ADN montre que la question de l'effet des rayonnements ionisants ne se limite pas ร crรฉer des cassures double brin ยซย normalesย ยป, qui dรฉrรจglent ensuite le fonctionnement de la cellule. On estime en effet que les radicaux libres, les molรฉcules ionisรฉes ou excitรฉes naturellement prรฉsents dans la cellule provoquent des ruptures รฉquivalentes ร ce que provoquerait une dose de radiation de 200 mGy par jour (soit 8.3 mGy par heure)[75]. De toute รฉvidence, ce n'est ni la dรฉgradation de l'ADN ni sa correction par le systรจme de rรฉparation de l'ADN qui peuvent entraรฎner des consรฉquences biologiques significativement diffรฉrentes d'un fonctionnement cellulaire normalย : si c'รฉtait le cas, le taux de cancer observรฉ naturellement serait beaucoup plus รฉlevรฉ qu'il ne l'est en rรฉalitรฉ. Les rayonnements ionisants produisent donc nรฉcessairement un signal spรฉcifique, qui oriente le systรจme de rรฉparation vers un fonctionnement diffรฉrent de son fonctionnement naturel.
Il semble que ce signal spรฉcifique corresponde au fait que dans le cas des lรฉsions provoquรฉes par un rayonnement ionisant, plusieurs dรฉgradations de l'ADN tendent ร se concentrer sur de petits segments d'ADN, alors qu'elles se rรฉpartissent alรฉatoirement quand l'agression est le fait d'agents internes ร la cellule[76]. De ce fait, une dose suffisante de rayonnements ionisants est nรฉcessaire pour activer ces systรจmes de rรฉparation ร partir d'un premier seuil, lesquels perdront ensuite leur efficacitรฉ quand la dรฉgradation dรฉpasse un certain seuil.
Effets sur la fertilitรฉ et le sex-ratio
modifierSelon une รฉtude[77], l'exposition in utero ร de faibles doses d'irradiation est aussi une prรฉoccupation. On constate depuis plusieurs dรฉcennies que le nombre de naissances, mais aussi le sex-ratio ร la naissance sont statistiquement significativement modifiรฉs ร proximitรฉ des installations nuclรฉaires[77]. La modification du sex-ratio montre qu'il ne s'agit pas ou pas uniquement d'effets liรฉs ร une volontรฉ de ces personnes de faire moins d'enfants.
Ce constat avait dรฉjร รฉtรฉ fait aprรจs la pรฉriode des essais nuclรฉaires atmosphรฉriques, et aprรจs la catastrophe de Tchernobyl. Une รฉtude rรฉcente (2019) s'est intรฉressรฉe aux changements dans le nombre de naissances allant de pair avec des changements significatifs dans les sex-ratios autour des installations nuclรฉaires (dans un rayon de 35 km oรน les habitants courent plus de risque d'รชtre exposรฉs ร de faibles doses d'irradiation)ย ; ce travail s'est appuyรฉ sur le dรฉnombrement annuel des naissances par commune et par sexe, mis ร jour en 2016 en France et en 2017 en Allemagne[77].
- En France en 2000 autour du Centre de stockage de l'Aube, dans un rayon de 35 km autour de cette installation, le nombre de naissances est moindre qu'attendu statistiquement, et le sex-ratio ร la naissance est anormalement "favorable" aux garรงons (Il y a 3,44% de garรงons nรฉs en moins, pour 8,44% de naissances de filles en moins)[77].
- En Allemagne, la diffรฉrence dans le taux de natalitรฉ est encore plus marquรฉe en pรฉriphรฉrie (trรจs urbanisรฉe) de la centrale nuclรฉaire de Philippsburg avec 5,56% de garรงons en moins, et 6,92% de filles en moins[77].
Ces chiffres confirment et prรฉcisent des observations plus anciennes. Les auteurs de l'รฉtude invitent donc ร ยซย intensifier la recherche biophysique sur les mรฉcanismes d'exposition et les voies d'exposition aux rayonnements ionisants naturels ou artificiels, y compris le rayonnement neutronique et d'activation neutronique. La recherche biologique et รฉpidรฉmiologique renforcรฉe devrait viser ร clarifier les consรฉquences gรฉnรฉtiques et cancรฉrogรจnes associรฉes au niveau de la populationย ยป[77].
Effets non linรฉaires
modifierLes travaux rรฉcents sur la rรฉparation de l'ADN montrent que certains systรจmes intracellulaires qui gouvernent la rรฉparation ne sont dรฉclenchรฉs qu'au-dessus d'un seuil d'irradiation[56]. ร partir du moment oรน ces mรฉcanismes de rรฉparation sont activรฉs par une irradiation suffisante, le mรฉtabolisme cellulaire est modifiรฉ, et la rรฉponse de la cellule aux irradiations ultรฉrieures change de nature. La diminution aprรจs une premiรจre irradiation ร faible dose de la radiosensibilitรฉ in vivo et in vitro est bien รฉtablie (phรฉnomรจne dโadaptation)[56],[17].
Sous ce seuil, les dรฉfauts crรฉรฉs par les faibles doses et dรฉbits de dose ne sont pas rรฉparรฉs. On constate expรฉrimentalement une hypersensibilitรฉ individuelle des cellules aux trรจs faibles doses, l'effet macroscopique de cette hypersensibilitรฉ รฉtant plus que compensรฉ par la faiblesse de la dose[incomprรฉhensible]. Cette hypersensibilitรฉ, qui ne se manifeste plus pour des dรฉbits de dose importants, montre que la nature de la rรฉaction cellulaire dรฉpend de la dose. Elle montre รฉgalement que certains effets, qui n'apparaissent qu'ร faible dose, sont donc nรฉcessairement sous-estimรฉs par la loi linรฉaire sans seuil, mรชme s'il n'est pas possible de dรฉterminer si ces effets sont nocifs pour l'organisme dans son ensemble.
L'effet ร long terme dรฉpend donc de la dose et du dรฉbit de doseย : pour de nombreux gรจnes, la transcription des gรจnes cellulaires est modifiรฉe par des doses beaucoup plus faibles (de lโordre du mSv) que celles pour lesquelles on observe une mutagenรจseย ; et donc selon la dose et le dรฉbit de dose ce ne sont pas les mรชmes gรจnes qui sont transcrits[78].
- Pour de trรจs faibles doses d'irradiation (<10 mSv), les lรฉsions ne sont pas rรฉparรฉes et le contrรดle qualitรฉ de la cellule fonctionne en tout ou rien. Les lรฉsions sont รฉliminรฉes par la disparition des cellules, soit directement par apoptose (suicide cellulaire programmรฉ par l'apparition d'un gรฉnome anormal), soit au moment d'une mitose ultรฉrieure (l'anomalie gรฉnรฉtique empรชchant la division cellulaire, mais pas son fonctionnement). Pour ces faibles doses et dรฉbits de doses, les anomalies sont suffisamment rares pour que l'รฉlimination des cellules anormales n'entraรฎne pas d'effet somatique sur le tissu.
- Des doses un peu plus รฉlevรฉes endommagent un nombre notable de cellules, et sont donc susceptibles de causer des lรฉsions tissulaires. Pour des doses comprises entre 10 et 100 mSv, les systรจmes de rรฉparation de lโADN sont activรฉs. La rรฉparation permet alors la survie cellulaire, mais peut gรฉnรฉrer des erreurs. Le nombre de rรฉparations fautives mutagรจnes est petit mais son importance relative, par unitรฉ de dose, croรฎt avec la dose et le dรฉbit de dose.
Par la suite, une mutation sera transmise lors de la division cellulaire, mais l'รฉvolution de la cellule anormale dรฉpendra de son environnementย : le processus de cancรฉrogenรจse se heurte ร des mรฉcanismes efficaces de dรฉfense ร lโรฉchelle du tissu et de lโorganisme, qui doivent eux-mรชmes รชtre mis en dรฉfaut pour qu'un cancer apparaisse.
Il faut enfin tenir compte de facteurs tels que la sensibilitรฉ gรฉnรฉtique individuelle et du caractรจre interne ou externe de l'exposition[79].
Effets รฉpigรฉnรฉtiques
modifierDes invertรฉbrรฉs exposรฉs ร de faibles doses de rayonnements prรฉsentent des anomalies transmissibles sur plusieurs gรฉnรฉrations. Une question รฉtait de savoir s'il s'agit dโune mutation gรฉnรฉtique (quโon ne trouve pas toujours) ou s'il pouvait sโagir dโun effet รฉpigรฉnรฉtique (processus induisant une modification de lโexpression de certains gรจnes sans impliquer de modification de l'ADN)[80]. L'IRSN, parmi d'autres, a cherchรฉ ร le savoirย : Il note (en 2019) que des altรฉrations dโADN entraรฎnant des variations de lโinformation gรฉnรฉtique ont dรฉjร รฉtรฉ dรฉcrites, mais que dans le cas dโune faible irradiation, une modifications de la mรฉthylation de lโADN โ processus รฉpigรฉnรฉtique nโaffectant pas la sรฉquence โ a effectivement mises en รฉvidence in situ chez des grenouilles et des pins sylvestres vivant dans les zones contaminรฉes par la catastrophe de Tchernobyl et par celle de Fukushima[80].
Et plus rรฉcemment en laboratoire le phรฉnomรจne a รฉtรฉ observรฉ chez des daphnies exposรฉes ร un faible rayonnement gamma[81].
Effet ยซย bystanderย ยป et adaptatifs
modifierUn effet de proximitรฉ (en anglais, ยซย bystanderย ยป dรฉsigne celui qui assiste ร un accident) a รฉtรฉ identifiรฉ dans certaines expรฉriences, en particulier des thรฉrapies anti-tumorales[82].
On sait depuis quelques annรฉes que la rรฉponse d'un tissu exposรฉ ร des radiations est coordonnรฉe, faisant intervenir des rรฉponses adaptatives y compris de la part de cellules qui n'avaient pas รฉtรฉ elles-mรชmes irradiรฉes. Les mรฉcanismes impliquรฉs sont encore mal compris, mais on ne dรฉtecte pas de relation dose-effet simple aux faibles doses. Les cellules qui dรฉclenchent une mort programmรฉe par apoptose ne sont pas nรฉcessairement celles qui ont รฉtรฉ irradiรฉes (!) et des irradiations peuvent dรฉclencher des instabilitรฉs du gรฉnome, persistant sur plusieurs gรฉnรฉrations cellulaires[83],[84].
Ce domaine est ร peine explorรฉ[85], mais il est clair que si l'effet d'une faible dose d'irradiation est une rรฉponse globale du tissu, la relation dose-effet peut prรฉsenter des seuils et des hystรฉrรฉsis, et aussi bien รชtre en forme de "J" avec effet de seuil ou en forme de "n" avec une sur-rรฉaction aux faibles doses. La seule chose certaine est que, si cet effet est gรฉnรฉralisรฉ et possรจde un impact suffisant, la logique justifiant le modรจle linรฉaire sans seuil, qui prรฉsuppose entre autres l'addition de rรฉponses indรฉpendantes de chaque cellule isolรฉe, n'a pas de justification rรฉelle, ce qui interdirait d'extrapoler aux faibles doses d'irradiation les effets observรฉs aux doses plus fortes.
Radioprotection dans le domaine des faibles doses
modifierDรฉbat sur l'effet des faibles doses
modifierPartisans et opposants ร l'hypothรจse linรฉaire sans seuil
modifier(a) Extrapolation linรฉaire.
(b) Supralinรฉaire en n (pente diminuant avec la dose).
(c) Courbe en J (pente augmentant avec la dose).
(d) Linรฉaire ร effet de seuil.
(e) Hormรจse, effet bรฉnรฉfique des faibles doses.
Les premiรจres normes en matiรจre de radioprotection fixaient une limite de 0,2 rad/jour (soit 2 mGy/jour); et personne n'a jamais constatรฉ de problรจme de santรฉ induit dans le respect de cette limite[86]. Cette norme initiale a รฉtรฉ remise en cause dans les annรฉes 1950, non pas sur la base de rรฉsultats scientifiques nouveaux, mais dans le but politique de provoquer l'arrรชt des essais nuclรฉaires atmosphรฉriques, en jouant sur la peur qu'inspirent les faibles doses d'irradiation[86],[87],[88]
L'utilisation du modรจle linรฉaire (plus exactement du modรจle linรฉaire-quadratique) sans seuil[89] est soutenue depuis les annรฉes 1970 par la grande majoritรฉ des comitรฉs d'experts en รฉpidรฉmiologie et en radioprotection[90]ย : le National Research Council (NRC) de l'Acadรฉmie des sciences ou le National Council on Radiation Protection and Measurementsย (en) (NCRP) aux รtats-Unis[73],[91], le Comitรฉ scientifique des Nations Unies pour l'รฉtude des effets des rayonnements ionisants aux Nations unies[9]. Ce modรจle est รฉgalement soutenu, ou au moins acceptรฉ en vertu du principe de prรฉcaution, par de grandes agences officielles de santรฉ publiqueย : la Health Protection Agencyย (en) britannique[92], l'Environmental Protection Agency amรฉricaine[93], la Commission canadienne de sรปretรฉ nuclรฉaire[94].
Cependant, le consensus sur l'utilisation de ce modรจle dans le domaine de la radioprotection ne signifie pas qu'il correspond ร la vรฉritรฉ. La position de l'Organisation mondiale de la santรฉ sur la modรฉlisation des agents cancรฉrigรจnes en gรฉnรฉral est plus nuancรฉe[95]ย : ยซย Le choix du modรจle d'extrapolation dรฉpend de l'รฉtat actuel de nos connaissances sur les mรฉcanismes de la cancรฉrogenรจse, et il n'existe pas de mรฉthode mathรฉmatique universelle qui puisse รชtre considรฉrรฉe comme parfaitement adaptรฉe ร ce problรจme.ย ยป
Concernant les รฉmetteurs de rayons X et ฮณ, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS considรจre que[96]ย : ยซย En l'absence de donnรฉes fiables sur les effets des faibles doses, on suppose frรฉquemment que l'extrapolation aux faibles doses devrait รชtre linรฉaire et sans seuil. Cette hypothรจse demeure controversรฉe, certains opposant qu'il y a en rรฉalitรฉ un seuil, d'autres opposant que les risques rรฉels sont plus รฉlevรฉs que ceux prรฉvus par une relation linรฉaire, alors que d'autres encore font valoir que de faibles expositions pourraient รชtre bรฉnรฉfiques.ย ยป
ร l'opposรฉ, le modรจle linรฉaire sans seuil a รฉgalement ses opposants, et en premier lieu l'industrie nuclรฉaire. En effet, si la dose la plus infime peut รชtre dangereuse, aucune mesure de protection n'est jamais suffisante, et les coรปts s'envolent en proportion. Des coรปts de la radioprotection ร ceux de l'enfouissement des dรฉchets en passant par la question des rejets[97], de la reconnaissance des cancers radio-induits comme maladies professionnelles[98],[99],[100] ร l'indemnisation des habitants exposรฉs aux retombรฉes d'essais nuclรฉaires (les downwindersย (en))[101],[102], les enjeux financiers sont รฉnormes[103].
ร titre d'exemple, un dรฉbat fait rage aux รtats-Unis depuis plusieurs dรฉcennies entre diffรฉrentes agences gouvernementales sur l'objectif de dรฉcontamination ร viser pour les anciens sites des essais nuclรฉaires dans le Nevada. En effet, les coรปts de dรฉcontamination s'รฉlรจvent ร 35 millions de dollars si l'on veut ramener la radioactivitรฉ ambiante ร 1 mSv/an, 100 millions de dollars pour descendre ร 0,25 mSv/an et atteignent 1 milliard de dollars si l'on vise un objectif idรฉal de 50 ฮผSv/an[104]. On s'en doute aisรฉment, les associations professionnelles de l'industrie nuclรฉaire sont fortement opposรฉes au modรจle linรฉaire sans seuil[105],[106], et financent activement des recherches qui pourraient dรฉmontrer que les faibles doses sont inoffensives voire bรฉnรฉfiques[107],[108].
Au fur et ร mesure de son usage, le modรจle linรฉaire sans seuil a aussi soulevรฉ des questions parmi les physiciens responsables de sa mise en pratique. En effet, appliquer le principe ALARA est un travail sans fin et peu gratifiantย : quand on a atteint les limites rรฉglementaires ร 20 mSv/an, on doit optimiser pour viser 15, puis 10, puis 5, et ainsi de suite. Au fur et ร mesure que le risque thรฉorique diminue, sur la base d'un modรจle thรฉorique d'extrapolation dont personne ne peut garantir s'il est juste, certains se demandent si ces budgets et ce travail sont rรฉellement justifiรฉs. Cette prรฉoccupation a รฉtรฉ trรจs explicitement exprimรฉe en 1979 par l'un des principaux opposants au modรจle linรฉaire sans seuil, le physicien nuclรฉaire B. L. Cohen[109]ย :
ยซย On estime que rรฉduire la limite d'exposition d'un facteur dix coรปterait ร l'industrie nuclรฉaire 500 millions de dollars par an, et ne rรฉduirait mรชme pas la dose collectiveย ; cela ne ferait que redistribuer cette dose sur davantage de personnes. Mais mรชme si cela permettait de supprimer toute exposition, on pourrait difficilement justifier de dรฉpenser 500 millions de dollars pour sauver 10 vies quand on peut sauver une vie pour chaque tranche de 25ย 000$ investis dans un programme de dรฉpistage mรฉdical ou pour chaque tranche de 100ย 000$ investis en dispositifs de sรฉcuritรฉ sur les voitures ou les autoroutes.ย ยป
Dans le prolongement de ces considรฉrations, quelques associations professionnelles de radiophysiciens, et en premier la Health Physics Society amรฉricaine, ont officiellement pris parti contre l'utilisation du modรจle linรฉaire sans seuil en dessous de 50 mSv[110],[111],[112]. En France ce modรจle est aussi contestรฉ depuis la fin des annรฉes 1990 par deux Acadรฉmiesย :
Rapport conjoint des acadรฉmies franรงaises
modifierApprouvรฉ en 2005 ร la quasi-unanimitรฉ par les Acadรฉmie des sciences et Acadรฉmie de mรฉdecine franรงaises, il affirme qu'ยซย il nโest pas justifiรฉ dโutiliser une relation linรฉaire sans seuil (RLSS) pour estimer le risque cancรฉrogรจne des faibles doses.ย ยป (...) ยซย la relation linรฉaire sans seuil peut constituer un outil pragmatique utile pour fixer les rรจgles de la radioprotection pour des doses supรฉrieures ร une dizaine de mSvย ; mais, nโรฉtant pas fondรฉe sur des concepts biologiques correspondant ร nos connaissances actuelles, elle ne peut pas รชtre utilisรฉe sans prรฉcaution pour estimer par extrapolation lโeffet des faibles et surtout des trรจs faibles doses (< 10 mSv).ย ยป Issu d'un groupe de travail emmenรฉ par les professeurs Andrรฉ Aurengo et Maurice Tubiana[26], ce rapport fait grand bruit dans le dรฉbat sur les faibles doses en contestant les conclusions du National Research Council et de la Commission internationale de protection radiologique. Le rapport conclut que les travaux rรฉcents en radiobiologie et en carcinogenรจse suggรจrent lโexistence d'une relation dose-effet non linรฉaire, avec un seuil de dose sous lequel aucun effet n'est constatรฉ, voire montrent un effet d'hormรจse.
Ce modรจle se fonde en effet sur deux hypothรจses implicites, qui sontย :
- la constance de la probabilitรฉ de mutation (par unitรฉ de dose) quels que soient la dose et le dรฉbit de doseย ;
- l'indรฉpendance des cellules dans le tissu, qui permet au processus de cancรฉrogenรจse, aprรจs avoir รฉtรฉ initiรฉ dans une cellule, d'รฉvoluer indรฉpendamment des cellules environnantes.
Mais un organisme diffรจre d'un dosimรจtre ou d'une pellicule photographique en deux pointsย : la relation dose-effet n'est pas nรฉcessairement linรฉaire, elle peut comporter des seuils sous lesquels la nature ou l'efficacitรฉ des mรฉcanismes de dรฉfense peut changer radicalementย ; et surtout une cellule ou un organisme pluricellulaire sont des systรจmes complexes rรฉgulรฉs, capables dans une certaine mesure de se rรฉparer et de maintenir leur fonctionnement malgrรฉ des perturbations internes ou externes.
On savait que lโefficacitรฉ de la rรฉparation de l'ADN est meilleure ร faible dรฉbit de dose, mais les Acadรฉmies considรจrent ici qu'en montrant lโampleur de ces diffรฉrences, on a maintenant enlevรฉ tout fondement scientifique aux extrapolations des fortes doses vers les faibles doses[26]. Les donnรฉes expรฉrimentales montrent que lโefficacitรฉ des systรจmes de rรฉparation varie selon la dose ou du dรฉbit de dose, en raison de divers mรฉcanismes (activation des systรจmes de rรฉparation, arrรชt temporaire du cycle, augmentation de lโefficacitรฉ de la rรฉparation quand le nombre de lรฉsion est petit, etc.)[56].
La remise en cause de la validitรฉ des hypothรจses sur lesquelles se fonde l'approche linรฉaire sans seuil ne signifie pas qu'il n'y a pas dโeffet cancรฉrogรจne pour des faibles doses, et de fait, les donnรฉes ne permettent pas dโexclure un effet cancรฉrogรจne. Cependant, cet effet peut รชtre beaucoup plus faible par unitรฉ de dose que ce que prรฉdit la thรฉorie linรฉaire sans seuil. Il pourrait par exemple exister une relation dose-effet sans seuil mais non linรฉaire avec une baisse considรฉrable de lโefficacitรฉ pour des doses infรฉrieures ร une dizaine de mSv, et un effet trivial pour des doses de lโordre dโun mSv ou infรฉrieures[56]. Certains supposent mรชme que la superposition d'effets ร seuil pourrait conduire ร des effets d'hormรจse, oรน de petites irradiations auraient en rรฉalitรฉ des effets bรฉnรฉfiques sur la santรฉ.
Le dรฉbat officiellement ouvert par les acadรฉmies franรงaises en 2005 continue donc[56],[113]. En 2005, juste aprรจs ce rapport, une รฉtude รฉpidรฉmiologique du Centre international de recherche sur le cancer a portรฉ sur plus de 400 000 travailleurs du nuclรฉaire exposรฉs ร des faibles doses de radiations, mais pas aux doses trรจs faibles habituelles en radiodiagnostic (mรฉdianeย : 19 mSiev)[114]. Des articles pour ou contre le modรจle linรฉaire sans seuil continuent ร paraรฎtre rรฉguliรจrement sans qu'aucun des camps change significativement de position[65],[115],[116],[117].
Hypothรจse d'un effet d'hormรจse
modifierD'aprรจs le rapport des acadรฉmies franรงaises[26], ยซย la mรฉta-analyse qui a รฉtรฉ faite des rรฉsultats de lโexpรฉrimentation animale montre dans 40ย % de ces รฉtudes une diminution de la frรฉquence spontanรฉe des cancers chez les animaux aprรจs de faibles doses, observation qui avait รฉtรฉ nรฉgligรฉe car on ne savait pas lโexpliquer.ย ยป Ces rรฉsultats ne sont pas compatibles avec une loi linรฉaire sans seuil, mais suggรจrent au contraire un effet d'hormรจse (effet inverse dโun agent qui est toxique ร fortes doses mais a un effet favorable protecteur ร petites doses)[118],[119].
Les radiations de l'ordre du mGy ont globalement un double effet sur les cellules et leur ADN. D'une part, il y a une faible probabilitรฉ pour que l'ADN soit endommagรฉ, et cette probabilitรฉ croรฎt avec la dose. L'autre effet dรฉcoule de la rรฉponse adaptative de la cellule contre tout dommage important de l'ADN, quelle qu'en soit la source. Si des cellules exposรฉes ร une faible dose (1 cGy) de rayons X sont ultรฉrieurement exposรฉes ร une forte dose (1 Gy), on n'observe que la moitiรฉ des ruptures d'ADN normalement observรฉes ร cette forte dose[120]. Cette protection adaptative stimule le systรจme de protection et de rรฉparation de la cellule. La rรฉponse apparaรฎt en quelques heures, et peut durer plusieurs jours voire des mois. Elle sature puis dรฉcroรฎt fortement au-delร de doses d'une centaine de mGy, et n'apparaรฎt plus au-delร de 500 mGy[121].
ร faible dose d'irradiation, l'avantage provenant de cette rรฉponse adaptative pourrait l'emporter sur les dommages primaires induits sur l'ADNย : une irradiation ponctuelle de l'ordre du cGy stimulerait la radiorรฉsistance et diminuait l'effet d'autres doses.
Selon certains experts tels que G. Meyniel (1998) ยซย ce faisceau de prรฉsomptions de plus en plus serrรฉ et รฉtoffรฉ montre qu'aujourd'hui, compte tenu des donnรฉes รฉpidรฉmiologiques et des conditions expรฉrimentales objectives, il est nรฉcessaire d'informer la sociรฉtรฉ afin de tenter de dรฉdramatiser les dangers d'exposition aux faibles dosesยป[122].
Rรฉgions ร radioactivitรฉ naturelle รฉlevรฉe
modifierDans ces rรฉgions, gรฉnรฉralement dรฉsignรฉes par les acronymes anglais HLNRA (High Levels of Natural Radiation Areas) ou HBRA (High Background radiation Areas), l'environnement est source d'une exposition annuelle supรฉrieure ร 5 mSv/an (soit deux fois l'exposition annuelle moyenne, toutes sources confondues dans le monde (2,4 mSv)[37].
Ainsi ร Ramsar (Iran), les habitants des quartiers ร haute radioactivitรฉ (environ 2ย 000ย personnes) subissent des doses pouvant dรฉpasser 100ย mSv/an, avec une moyenne de 10ย mSv/an et un maximum estimรฉ ร 260ย mSv/an[123]. ร quarante ans, un habitant de la cinquantaine de maisons oรน la dose atteint 100ย mSv/an a reรงu une dose cumulรฉe supรฉrieure ร 4 sievertsย ; selon le modรจle linรฉaire sans seuil, ils devraient dรฉclarer 20ย % de cancers en plus (par rapport ร des habitants normalement exposรฉs). Rien de tel n'est observรฉ[124],[125]. Mais la cohorte concernรฉe est beaucoup trop petite, et il n'y a pas de donnรฉes fiables sur l'รฉpidรฉmiologie du cancer de cette population[125],[126],[127]. Une รฉtude cas-tรฉmoins constate par ailleurs ร Ramsar un taux de stรฉrilitรฉ fรฉminine trois fois plus รฉlevรฉ que dans le groupe tรฉmoin retenu, mais le taux d'รฉtudes universitaires est aussi trois fois plus รฉlevรฉ, ces deux facteurs รฉtant significativement corrรฉlรฉs[128].
La rรฉgion de Yangjiang (Chine) est plus radioactives que la moyenne, ร cause de sables contenant de la monazite (un minerai de thorium). Prรจs de 80ย 000ย personnes sont exposรฉes ร un dรฉbit de dose d'environ 6.4 mSv/an, soit 4 mSv/an au-dessus de la moyenne mondiale. Elle a fait l'objet d'รฉtudes rรฉpรฉtรฉes[129]. L'รฉtude statistique de l'excรจs relatif de cancer ne montre pas lร d'effet statistiquement significatif. Le taux de cancer tend mรชme ร รชtre plus faible que la moyenne. Une รฉtude (2000) sur 125 079 sujets comparรฉs ร un groupe tรฉmoin sur 1,7 million d'hommes/annรฉe et 1003 dรฉcรจs par cancer, a trouvรฉ un risque relatif de 0,99 (intervalle de confianceย : 0,87 ร 1,14,) soit aucune augmentation de risque, le risque calculรฉ en appliquant la LNT se situant lui ร 1,2, donc au-dessus de l'intervalle de confiance[130]. Mais l'interprรฉtation de ces rรฉsultats doit รชtre prudente, car l'รฉtude est de type ยซย รฉcologiqueย ยป sans mesure individuelle de l'exposition aux radiations et des diffรฉrences faibles de style de vie en particulier sur le nombre de fumeurs ou le taux d'infection peuvent รชtre l'explication de l'รฉcart[131].
Les รฉtudes menรฉes dans les rรฉgions HBRA montrent souvent des anomalies microbiologiques mais sans รฉlรฉvation significative du risque de cancer, ce qui contredit le modรจle linรฉaire sans seuil[132],[133]. La prise en compte de ces rรฉsultats reste compliquรฉe par le manque de donnรฉes รฉpidรฉmiologiques fiables dans des rรฉgions situรฉes dans des pays รฉmergents ou en dรฉveloppement.
รtude des liquidateurs de Tchernobyl
modifierLes quelque 600ย 000 liquidateurs qui รฉtaient intervenus sur le site de la catastrophe de Tchernobyl reรงurent en moyenne une dose de l'ordre de 100 millisieverts (de 10 ร 500 mSv)[134].
L'incidence des cancers (hors thyroรฏde) ne semble pas significativement diffรฉrente chez les liquidateurs et dans le reste de la populationย : des รฉtudes signalent une lรฉgรจre augmentation des cancers chez les liquidateurs et d'autres รฉtudes concluent ร une lรฉgรจre diminution[135],[136]. Les cancers de la thyroรฏde pourraient avoir augmentรฉ parmi les liquidateurs, mais on n'a pas trouvรฉ de relation dose-effet probante (il semble cependant y avoir une relation au temps de sรฉjour dans les territoires contaminรฉs)[137].
L'incidence des leucรฉmies a augmentรฉ chez les liquidateurs (lโannรฉe qui a suivi l'accident), mais les premiers rรฉsultats d'ensemble manquaient de cohรฉrence du point de vue de la relation dose-effet[138],[139],[140]. L'absence de relation dose-effet pourrait รชtre due aux imprรฉcisions sur le suivi dosimรฉtriqueย : en reconstruisant a posteriori la dosimรฉtrie des liquidateurs plutรดt qu'en utilisant les chiffres des registres officiels, les auteurs retrouvent bien une corrรฉlation statistique entre dose absorbรฉe et risque de leucรฉmie[141].
Si les premiรจres รฉtudes indiquaient plutรดt un ยซย effet travailleur sainย ยป[pasย clair], les liquidateurs semblent sur le long terme souffrir d'autres maux, principalement de cataractes radio-induites, de problรจmes cardiovasculaires et de troubles psychologiques (syndrome post-traumatique, dรฉpression, suicide)[142],[143]. Pour les problรจmes cardiovasculaires, le doute persiste entre une รฉventuelle origine radio-induite et un lien avec un mode vie ร risque (alcoolisme, tabagisme, surpoids)[144].
Dรฉbat sur le radon
modifierLe Pr Cohen รฉtait physicien ร l'Universitรฉ de Pittsburgh, spรฉcialisรฉ dans la gestion et l'enfouissage des dรฉchets nuclรฉaires. Dans les annรฉes 1980, il teste le modรจle linรฉaire sans seuil en comparant le taux de cancer du poumon et l'exposition au radon pour 1601 comtรฉs couvrant prรจs de 90ย % de la population des รtats-Unis[145]. Il montre que le risque relatif de cancer du poumon diminue quand le taux de radon augmente. Ceci contredit le modรจle linรฉaire sans seuil testรฉ (le modรจle BEIR IV de 1988), l'รฉcart atteignant 20 รฉcarts types. Cette รฉtude examine l'effet possible de 54 facteurs socioรฉconomiques et 7 variables gรฉographiques ou climatiques, sans identifier de variable explicative. Des observations similaires ont pu รชtre faites en France[146] ou dans d'autres pays durant les annรฉes 1990.
Peut-on pour autant affirmer qu'il existe un effet d'hormรจseย ? En thรฉorie, ร partir d'une รฉtude รฉcologique, non car mรชme quand l'effet de certains facteurs explicatifs potentiels a รฉtรฉ รฉcartรฉ (ici, le tabac et le niveau de vie), la nature mรชme de l'รฉtude ne permet pas de garantir que tous les facteurs explicatifs potentiels ont รฉtรฉ pris en compte. Mais selon le Pr. Cohen[145], mรชme si son existence reste logiquement possible, le portrait robot d'un facteur explicatif bรฉnรฉfique agissant par accident ร l'inverse de la concentration en radon serait trรจs contraignantย :
- Il doit รชtre trรจs corrรฉlรฉ avec le cancer du poumon, ร un niveau comparable ร celui du tabagisme, mais n'a pas encore รฉtรฉ identifiรฉย ;
- Il doit รชtre fortement et nรฉgativement corrรฉlรฉ avec le niveau ambiant de radonย ;
- Il ne doit รชtre corrรฉlรฉ avec aucune des 54 variables socio-รฉconomiques examinรฉes par l'รฉtudeย ;
- Il doit rester valide dans de nombreuses rรฉgions gรฉographiques, indรฉpendamment de l'altitude ou du climat.
Si l'on admet les rรฉsultats de cette รฉtude, l'explication naturelle du rรฉsultat statistique est que la stimulation d'un mรฉcanisme biologique par le radon fait plus que compenser l'induction de cancers annoncรฉe par la thรฉorie, et que le radon agit en pratique comme un agent protecteur, rรฉduisant le risque de cancer dans la gamme des faibles doses et de faibles dรฉbits de dose[147]. De ce fait, ces rรฉsultats jettent le doute sur le bien-fondรฉ des politiques de lutte contre le radon, mises en place par ailleurs, ce qui conduit ร un dรฉbat. Aprรจs plus de 20 ans de dรฉbat (aux รtats-Unis surtout), de nombreux experts et organismes officiels considรจrent que le raisonnement du Pr Cohen est incorrects, parmi lesquels le National Research Council et l'Environmental Protection Agency[148],[149], le Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS[150], etc. En Europe, la plupart des recommandations officielles sur le radon ignorent les travaux de Cohen.
Ces รฉtudes statistiques sont dites รฉtudes รฉcologiques car elles comparent des populations supposรฉes prรฉsenter les mรชmes caractรฉristiques mais vivant dans des milieux diffรฉrents. Elles s'opposent aux รฉtudes รฉpidรฉmiologiques de cohortes (oรน une population particuliรจre, choisie pour รชtre reprรฉsentative, est identifiรฉe a priori et suivie dans le temps), qui sont beaucoup plus prรฉcises, mais bien plus coรปteuses. Il est reconnu en รฉpidรฉmiologie que des รฉtudes de type รฉcologique ne peuvent pas servir de base ร des relations dose-effet, parce qu'elles ne permettent pas d'accรฉder aux doses individuellement reรงues, et que l'effet rรฉel d'une dose moyenne n'est gรฉnรฉralement pas le mรชme que l'effet moyen d'une dose rรฉelleย : des phรฉnomรจnes de non-linรฉaritรฉ et/ou de couplage entre facteurs peuvent conduire ร des effets trรจs diffรฉrents de l'effet rรฉel, pouvant aller jusqu'ร l'inverser. C'est entre autres sur ces bases que la communautรฉ des รฉpidรฉmiologues rejette les รฉtudes รฉcologiques, arguant que par nature ces รฉtudes n'autorisent pas de conclusion fiable[151],[152].
Cohen a toujours considรฉrรฉ avoir correctement pris en compte d'รฉventuels biais statistiques, notamment ceux liรฉs au tabagisme, un biais rรฉguliรจrement invoquรฉ par la communautรฉ des รฉpidรฉmiologues, qui montrent sur des modรจles thรฉoriques qu'il peut facilement conduire ร une inversion des rรฉsultats[153],[154],[155],[150],[156],[157],[158].
Cependant, le Pr Cohen considรจre que l'argument avancรฉ par les รฉpidรฉmiologues est incorrect[159],[160],[161] car son รฉtude vise ร mettre ร l'รฉpreuve l'hypothรจse linรฉaire sans seuil, non ร รฉvaluer l'effet cancรฉrigรจne du radon et un effet d'hormรจse รฉventuel. L'hypothรจse linรฉaire sans seuil revient prรฉcisรฉment ร dire que le risque de cancer est directement proportionnel ร la dose reรงue. On peut alors montrer mathรฉmatiquement que dans cette hypothรจse particuliรจre, la dose moyenne dรฉtermine directement le risque moyen, parce que -par hypothรจse- un effet non linรฉaire a รฉtรฉ exclu dans ce cas. Par consรฉquent, selon le Pr Cohen, si l'hypothรจse linรฉaire sans seuil est correcte, une รฉtude รฉcologique doit trouver le rรฉsultat annoncรฉย ; et comme le rรฉsultat annoncรฉ n'est pas trouvรฉ, c'est bien que l'hypothรจse linรฉaire sans seuil est incorrecte. Le Pr Cohen en conclut que si l'on ne peut pas dire quel est l'effet rรฉel (puisqu'une รฉtude รฉcologique ne le permet pas), on peut affirmer que l'hypothรจse linรฉaire sans seuil est invalide pour les faibles doses d'irradiation.
En rรฉsumรฉ, pour le Pr. Cohen[145], ยซย l'existence d'un tel facteur explicatif hypothรฉtique est irrรฉalisteย ยปย ; pour ses dรฉtracteurs, le facteur explicatif est simplement une prise en compte incorrecte du tabagisme et du dรฉplacement des populations dans l'รฉtude de Cohen. En particulier pour le CIRC[150], des rรฉsultats comparables dans 3 รฉtudes ont รฉtรฉ invalidรฉs une fois des donnรฉes plus prรฉcises prises en compte, 8 รฉtudes de cas sur des mineurs et l'exposition rรฉsidentielle au radon donnent des valeurs incompatibles avec son rรฉsultat pour des niveaux d'exposition รฉquivalents, en sorte que[162] ยซย le poids des รฉlรฉments de preuve disponibles montrent que les analyses รฉcologiques de Cohen peuvent รชtre รฉcartรฉesย ยป. Une nouvelle รฉvaluation du risque radon a conclu que le risque augmente pour une exposition domestique infรฉrieure ร 200 Bq/m3 durant 25 ans, concluant que le radon est le 2e facteur de risque aprรจs le tabac[163]
Constructions contaminรฉes de Taรฏwan
modifierร Taรฏwan, dans les annรฉes 1980, des constructions neuves sont รฉdifiรฉes avec de l'acier de recyclage fortement contaminรฉ au cobalt 60 (de demi-vie 5,2714 ans), exposant environ dix mille personnes ร des doses moyennes de 400ย mSv (avec pour les 10ย % les plus exposรฉs un dรฉbit de dose dรฉpassant souvent largement 15 mSv/an). En 2004, une รฉtude estime que d'aprรจs le modรจle linรฉaire sans seuil on aurait dรป observer pour cette population sur les 20 derniรจres annรฉes environ 232 cancers mortels spontanรฉs plus un excรจs de 70 cancers mortels radio-induits, mais qu'on observe seulement 7ย cancers en tout et pour tout, donc seulement 3ย % du chiffre attendu. Les auteurs concluent que l'exposition chronique ร des faibles radiations amรฉliore les dรฉfenses naturelles (hormรจse) contre le cancer[164], contrairement ร ce que l'hypothรจse LNT (Linear No-Threshold model; loi linรฉaire sans seuil) aurait conduit ร attendre[165]. Cependant, pour dรฉterminer le taux "thรฉorique" de cancer, les auteurs de cette รฉtude n'avaient pas analysรฉ l'effet de la distribution des รขges des rรฉsidents, ร laquelle ils n'avaient pas accรจs, et qu'ils avaient supposรฉ รชtre identique ร celle de la population de Taiwan.
En 2006, des travaux plus approfondis ont portรฉ sur une cohorte de 7ย 271ย habitants, 141 ont dรฉveloppรฉ un cancer ou une leucรฉmie, dont 95 sont prises en compte pour une รฉtude statistique. Le nombre de cancers observรฉs (141 en tout, 95 retenus dont 82 cancers solides) est plus รฉlevรฉ d'un facteur 10 comparรฉ au chiffre de 7 cancers mortels publiรฉ par l'AEC. Les auteurs observent que tous cancers solides confondus, le risque est effectivement significativement abaissรฉ parmi les habitants par rapport ร une population normale, avec 82 cancers retenus contre 110 attendus. Cependant, ils observent que les habitants des immeubles contaminรฉs ont un risque significativement รฉlevรฉ pour le cancer de la thyroรฏde et marginalement รฉlevรฉ pour les leucรฉmies (hors Leucรฉmie lymphoรฏde chronique)[166]. Les auteurs concluent que l'รฉtude initiale n'a pris en compte que des statistiques incomplรจtes, n'a pas correctement ajustรฉ ses chiffres ร la constitution de la cohorte, et que le dรฉlai par rapport ร l'exposition est encore trop court pour ce type d'รฉtude[167].
En 2008, les rรฉsultats รฉpidรฉmiologiques sur les habitants des immeubles contaminรฉs sont complรฉtรฉs par une estimation du risque radio-induit pour une exposition de 100ย mSv, fondรฉe sur l'รฉtude de 117 cancers retenus parmi 165 cas observรฉs. Que ce soit tous cancers confondus ou tous cancers solides confondus, on n'observe pas d'accroissement significatif du risque global de cancer. Par contre, le risque de leucรฉmie est significativement reliรฉ ร la dose, et une relation dose-rรฉponse pourrait รชtre prรฉsente pour le cancer du sein[168].
Les habitants ont aussi dรฉveloppรฉ des effets non cancรฉreux[169]ย :
- anomalies cytogรฉnรฉtiques et du systรจme immunitaire[170]ย ;
- le cristallin d'enfants ayant grandi dans ces immeubles continue ร s'opacifier progressivement (รฉvolution vers une cataracte radio-induite), plus d'une dรฉcennie aprรจs leur relogement[171]ย ;
- le dรฉveloppement physique des garรงons ayant subi une exposition supรฉrieure ร 60 mSv a รฉtรฉ ralenti, avec une relation dose-effet significative[172].
Enjeux sur la politique sanitaire
modifierDoses collectives
modifierL'utilisation la plus polรฉmique de la loi linรฉaire sans seuil consiste ร calculer le nombre de cancers provoquรฉs par une trรจs faible dose de radiation ร laquelle est exposรฉe une trรจs grande population. En thรฉorie, la relation linรฉaire sans seuil permet de calculer une dose collective, exprimรฉe en personnesยทsieverts, oรน une faible dose est multipliรฉe par la population qui la subit. Dans l'hypothรจse linรฉaire, en effet, on obtiendra le mรชme rรฉsultat en exposant vingt millions de personnes ร un microsievert, ou vingt mille personnes ร un millisievert, ou vingt personnes ร un sievertย : dans tous les cas, la dose collective de vingt personnesยทsievert conduira ร un cancer supplรฉmentaire (ร raison de 5ย % de cancer par sievert)[173]. Typiquement, si la population franรงaise (de 60 millions d'habitants) est exposรฉe ร une radioactivitรฉ moyenne de 2,5ย millisievert par an (l'exposition moyenne aux radiations naturelles), et qu'une exposition aux rayonnements provoque un excรจs de cancers de 5ย % de cancers par sievert, cette exposition provoque globalement 60ย รโฏ106 ร 2,5ย รโฏ10โ3 ร 5ย % = 7ย 500ย cancers par an, c'est-ร -dire 2,3ย % des cancers observรฉs.
En 1973, le comitรฉ de l'Acadรฉmie des Sciences amรฉricaines spรฉcialisรฉ dans l'รฉtude des effets biologiques des radiations (BEIR) avait estimรฉ que la radioactivitรฉ naturelle pouvait induire 6ย 000ย morts par cancers par an aux รtats-Unis (soit environ le double, si on prend en compte les cancers non mortels ร cette รฉpoque), mais ce type d'รฉvaluation peut รชtre rรฉรฉvaluรฉ si l'on tient compte de modรจles plus rรฉcents[73].
Le rapport conjoint de l'acadรฉmie des sciences et de l'acadรฉmie de mรฉdecine d'avril 2005[26] a รฉtรฉ publiรฉ en rรฉaction ร une รฉtude (2004) de lโestimation de la part de cancers attribuables au radiodiagnostic[174] construite sur l'hypothรจse de linรฉaritรฉ sans seuil de la relation entre le risque de cancer et la dose de radiations ionisantes. Cette รฉtude concluait que 0,6ย % ร 3ย % des cancers seraient attribuables au radiodiagnostic, mais si la relation linรฉaire sans seuil nโest pas fondรฉe, ces estimations ne seraient que des constructions de lโesprit[56].
Le dilemme est manifeste si l'on prend par exemple le cas de la prรฉsence domestique du radon. D'aprรจs les รฉtudes disponibles, et sur la base du modรจle linรฉaire sans seuil, il est considรฉrรฉ comme la deuxiรจme cause de cancer du poumon aprรจs le tabagisme, responsable de 5 ร 12ย % de ces cancers, et causant entre 1000 et 3000 morts par an en France[175],[176],[177],[178],[179], entre autres parce que les faibles doses d'irradiation correspondantes concernent une trรจs grande population. Dans cette logique, il est logique de vouloir diminuer autant que possible le radon des immeubles et habitations[180],[181],[182],[183]. Si l'effet inverse suggรฉrรฉ par les travaux du Pr. Cohen n'รฉtait pas seulement un artefact statistique, une telle politique serait en rรฉalitรฉ nรฉfaste ร la population.
รvaluation bรฉnรฉfice / risque en radiologie mรฉdicale
modifierEnviron 50 millions dโexamens radiologiques sont effectuรฉs en France chaque annรฉe qui dรฉlivrent en moyenne 1 millisievert par an ร chaque Franรงais. Selon la fonction utilisรฉe, on peut dรฉduire, soit quโils pourraient induire quelques milliers de cancers, soit quโils ne prรฉsentent aucun danger significatif[26].
Lโรฉvaluation du rapport entre bรฉnรฉfice et risque est imposรฉe en radiologie par la directive europรฉenne 97-43. Les risques รฉventuels dans la gamme de dose des examens radiologiques (0,1 ร 5 mSvย ; jusquโร 20 mSv pour certains examens) doivent รชtre estimรฉs en tenant compte des donnรฉes radiobiologiques et de lโexpรฉrimentation animale. Cependant, selon les opposants au modรจle linรฉaire sans seuil, les mรฉcanismes biologiques sont diffรฉrents pour des doses infรฉrieures ร quelques dizaines de mSv et pour des doses supรฉrieures. Lโusage dโune relation empirique qui nโest validรฉe que pour des doses supรฉrieures ร 200 mSv pourrait donc, en surรฉvaluant les risques, faire renoncer ร des examens susceptibles dโapporter au malade des informations utiles[26],[56]. Elle pourrait aussi en radioprotection conduire ร des conclusions erronรฉes.
Le risque dรฉpend de l'รขge du patient puisqu'il est ร distanceย : un scanner multicoupe ร 80 ans n'a pratiquement aucun risque (le patient a toute chance de mourir d'autre chose dans les quarante ans ร venir). Ce n'est pas le cas chez un adolescent.
Coรปts de dรฉcontamination
modifierLes dรฉcideurs confrontรฉs au problรจme des dรฉchets radioactifs ou au risque de contamination doivent rรฉexaminer la mรฉthodologie utilisรฉe pour รฉvaluer les risques des trรจs faibles doses et des doses dรฉlivrรฉes avec un trรจs faible dรฉbit[26]. Si les effets des faibles doses d'irradiation sur la santรฉ n'รฉtaient pas seulement faibles (donc difficiles ร identifier) mais nuls ou pratiquement nuls en dessous dโun niveau qui resterait ร dรฉfinir (hypothรจse de seuil), de nombreux pans des politiques publiques dans ce domaine nโauraient pas de justification scientifique et seraient ร revoir entiรจrement[56].
Faibles doses, รฉlectronique et nanotechnologies
modifierL'effet des faibles doses ร รฉchelle nanomรฉtrique intรฉresse aussi le domaine de la microรฉlectronique (dont pour les dรฉtecteurs รฉlectroniques qui ne doivent pas donner de mesures biaisรฉes par la radioactivitรฉ elle-mรชme).
La miniaturisation des composants les rend en effet plus sensibles ร des modifications intervenant ร l'รฉchelle atomique et susceptibles de produire des erreurs dans le fonctionnement de certaines puces รฉlectroniques, systรจmes de mรฉmoires ou logiciels les utilisant.
Une expรฉrience a รฉtรฉ conduite avec du matรฉriel Intel dans un milieu trรจs pauvre en radiation au fond d'une cavitรฉ creusรฉe dans une profonde couche de sel pour l'entreposage de dรฉchets radioactifs[184] (ร prรจs de 500 mรจtres de profondeur sous le dรฉsert de Chihuahua aux รtats-Unis), de maniรจre ร รชtre le moins exposรฉ au rayonnement ambiant (alpha notamment), solaire et cosmique (neutrons surtout). Il s'agissait aussi de vรฉrifier si les faibles radiations รฉmises par les matรฉriaux tels que ceux de la carte-mรจre ou le silicium des puces รฉtaient responsables de ces petites erreurs, et en quelle proportion. Le fonctionnement d'une SRAM 45nm a ainsi รฉtรฉ testรฉ durant un an, faisant conclure ร Intel que plus de 90ย % des particules ionisantes causant ces petites erreurs dans le fonctionnement des puces viennent de l'environnement et non du silicium, ce qui repose la question du blindage รฉlectromagnรฉtique des matรฉriels sensibles[185].
Recherche
modifierEn Juin 2022, une รฉtude (parrainรฉe par le DOE) conclue par un rapport[186] des Acadรฉmies nationales des sciences, d'ingรฉnierie et de mรฉdecine concluent que ยซย la recherche sur les effets sur la santรฉ des rayonnements ร faible dose aux รtats-Unis est limitรฉe et fragmentรฉe, manquant de leadership, de coordination centrale et d'un programme stratรฉgique global[1]ย ยป.
Alors que cette recherche รฉtait gรฉrรฉe dans le passรฉ par le Bureau des sciences du Dรฉpartement amรฉricain de l'รฉnergie, l'attention du bureau a รฉtรฉ rรฉorientรฉe[1]. Selon ce rapportย : 100 millions de dollars par an seraient nรฉcessaires dans les 15 ans, pour financer un Programme et une infrastructure de recherche coordonnรฉ d'รฉtude sur les ยซย impacts de l'exposition ร de faibles doses de rayonnement sur la santรฉ humaineย ยป. Ce programme pourrait ยซย tirer parti des rรฉcentes percรฉes scientifiques - telles qu'une plus grande puissance de calcul, la recherche gรฉnรฉtique et les systรจmes de partage de donnรฉes - que les recherches prรฉcรฉdentes n'ont pas faitย ยป, pour amรฉliorer les approches รฉpidรฉmiologiques et biologiques, rรฉรฉvaluer les risques de cancer, de maladies cardiovasculaires, de troubles neurologiques et d'autres maladies et la recherche d'รฉventuels liens de causalitรฉ entre faibles doses et certains problรจmes de santรฉ, en tenant compte des effets des doses de rayonnement, des dรฉbits de dose, des types de rayonnement et de la durรฉe d'exposition[1]. ยซย Les 5 millions de dollars allouรฉs au programme de rayonnement ร faible dose du DOE en 2021 et 2022 ne sont mรชme pas suffisants pour lancer un programme de recherche fรฉdรฉral coordonnรฉย ยป, prรฉcise ce rapport[1].
Notes et rรฉfรฉrences
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Annexes
modifierBibliographie
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Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Mieux comprendre les faibles doses, Institut de radioprotection et de sรปretรฉ nuclรฉaire
- Les faibles doses, Unitรฉ Protection sanitaire contre les rayonnements ionisants et toxiques nuclรฉaires (Prositon), Commissariat ร l'รฉnergie atomique
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- (en) High Level Expert Group on European Low Dose Risk Research, Europe
- (en) Multidisciplinary European Low Dose Initiative, Europe
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- (en) On the origins of the linear no-threshold (LNT) dogma by means of untruths, artful dodges and blind faith, Edward J. Calabrese, Environmental Research 142 (2015) 432โ442.








