Le solidus (au pluriel solidi) est la monnaie romaine d'or au dรฉbut du IVeย siรจcle. Cette monnaie connut une exceptionnelle stabilitรฉ qu'elle conserva ร Byzance jusqu'au XIeย siรจcle et devint la base du systรจme monรฉtaire du Bas Empire puis de l'Empire byzantin.

Remplaรงant l'aureus, le solidus est l'ancรชtre du sol et du sou.
Origine du solidus
modifierComposรฉ de 4,5ย grammes d'or fin, le solidus est crรฉรฉ par Constantin Ier pour financer son armรฉe et ses guerres civiles. Il remplace officieusement l'aureus frappรฉ par l'empereur Dioclรฉtien correspondant ร 1/60e de livre romaine, soit 5,4ย g, et devient la nouvelle unitรฉ de compte de l'Empire au dรฉtriment du denarius d'argent[1].
Cette monnaie est frappรฉe pour la premiรจre fois ร l'atelier de Trรจves vers 309 ou 310 avec une premiรจre diminution de poids, puis aprรจs la victoire sur Maxence en 312 par les ateliers monรฉtaires d'Italie, avec un poids de nouveau diminuรฉ ร 1/72e de livre, soit 4,55ย g, et parfois une marque LXXII prรฉcisant ce poids. En mรชme temps, les รฉmissions de l'aureus de 5,4ย g cessent en 313[2],[3].
Par la suite Constantin put maintenir le poids du solidus ร 1/72e de livre en rรฉcupรฉrant en 324 le trรฉsor de guerre de son adversaire Licinius[4], puis en 331 par les confiscations de mรฉtal prรฉcieux conservรฉ dans les temples. Enfin, pour rรฉalimenter son stock d'or de faรงon plus rรฉguliรจre et assurer ses dรฉpenses considรฉrables, Constantin dut crรฉer de nouveaux impรดts, payables pour la plupart en or[5]ย :
- le chrysargyre (en grec, or et argent), levรฉ tous les quatre ans sur les commerรงants et les artisans
- l'or coronaire (aurum coronarium), dรป par les dรฉcurions des citรฉs
- l'or oblatice (aurum oblaticium, or offert), contribution imposรฉe aux sรฉnateurs
Outre l'รฉmission rรฉguliรจre de solidus, des multiples d'un solidus et demi, deux solidi, voire plus, sont frappรฉs en nombre limitรฉ pour commรฉmorer des รฉvรฉnements tels que les anniversaires impรฉriaux, des nominations de hauts fonctionnaires, ou pour des cadeaux. Certaines frappes atteignent plusieurs centaines de grammes d'or, mais il ne s'agit alors plus d'objets destinรฉs ร la circulation mais de mรฉdailles que l'on thรฉsaurise[6].
Consolidation du solidus
modifierLa production de solidi, ralentie aprรจs le recyclage des trรฉsors de Licinius, reprend ร partir de 340 grรขce ร un nouvel afflux d'or en provenance de nouveaux gisements caractรฉrisรฉs par leurs impuretรฉs de platine, exploitรฉs jusque vers 390[7].
La garantie du poids du solidus est รฉconomiquement nรฉcessaire, mais elle est menacรฉe par l'usure naturelle des piรจces causรฉe par leur circulation, et aussi par les fraudes au limage ou au rognage, consistant ร prรฉlever un peu d'or sur chaque piรจce. L'empereur Julien instaure en 363 des fonctionnaires contrรดleurs dans chaque grande ville de l'Empire chargรฉs de vรฉrifier le poids des solidi et d'arbitrer les conflits entre vendeurs et acheteurs de solidi[8]. Les contrรดleurs procรฉdaient avec des poids ou des petites balances calibrรฉs ร 4,5ย grammes. Cette mesure est maintenue par ses successeurs les Valentiniens[9].
En 368, Valentinien Ier et Valens renforcent la valeur du solidus en faisant passer le titre en mรฉtal prรฉcieux de 95ย % ร plus de 99ย %, garanti par la marque OB (pour obryziacus, en or pur) au revers des monnaies[10].
Sous Thรฉodose, la crรฉation du demi solidus, dit semissis, et surtout du tiers de solidus, ou trรฉmissis (1,5ย gramme d'or), abondamment frappรฉ, rend l'or plus accessible pour les particuliers et augmente encore sa diffusion dans les circuits รฉconomiques[11].
Prรฉpondรฉrance du solidus
modifierUnique monnaie stable d'un systรจme monรฉtaire oรน les poids des monnaies d'argent et de bronze fluctuaient frรฉquemment, gรฉnรฉralement ร la baisse, et diffusรฉ dans tout l'Empire romain, le solidus est le seul moyen d'exprimer les dettes et les prix en se protรฉgeant des dรฉprรฉciations. Georges Depeyrot le rรฉsume ainsiย : ยซย Le sou d'or devient le pivot de l'รฉconomie et des รฉchanges pour des siรจcles[12].ย ยป
L'or devient la rรฉfรฉrence pour le systรจme fiscal et les dรฉpenses impรฉriales. Les taxes s'expriment en solidi, et parfois en fraction de solidus. Les amendes, connues par le Code Thรฉodosien, ne s'expriment plus qu'en or ร partir de 360 environ[13]. Les dรฉpenses militaires, les soldes rรฉguliรจres et les gratifications exceptionnelles (donativa) se rรจglent en solidi (d'oรน le nom ยซย soldeย ยป).
Par le biais de l'impรดt, les solidi revenaient dans les caisses de lโรtat, pour รชtre refondus en lingots, ce qui permettait un comptage au poids, puis re-frappรฉes. Les solidi รฉmis servant ร la solde de troupes, et partant de l'รฉvaluation des effectifs de l'armรฉe dans la seconde moitiรฉ du IVeย siรจcle, la production annuelle de solidi est estimรฉe entre 1 et 2 millions de piรจces, et vraisemblablement davantage ร l'occasion des grandes mobilisations militaires lors des conflits[14].
Le solidus dans l'Antiquitรฉ tardive
modifierEn 395, la derniรจre sรฉparation de l'empire entre Occident et Orient ne change pas l'unitรฉ du systรจme monรฉtaire, les solidi frappรฉs ร Constantinople circulent en Occident. Dans l'empire d'Orient, le nom grec de la monnaie est dรจs son origine le nomisma, nom qui perdure tandis que l'usage officiel du latin disparaรฎt, mais les numismates continuent de dรฉsigner le type par le nom latin solidus pour ses productions jusqu'au Xeย siรจcle, รฉpoque de sa dรฉvaluation.
La situation est plus complexe dans l'empire d'Occident aprรจs les Grandes invasionsย : dans le rรฉduit romain, les ateliers monรฉtaires impรฉriaux de Ravenne, de Milan, de Rome et parfois d'Arles continuent d'รฉmettre des solidi ร l'effigie des empereurs, jusqu'ร Romulus Augustule en 476, tandis que les peuples germaniques installรฉs comme fรฉdรฉrรฉs dans les provinces pรฉriphรฉriques frappent ร leur tour des solidi, รฉgalement au nom de l'empereur en titre, mais avec des marques d'ateliers fictives. Ainsi, ร partir de la fin du rรจgne de Valentinien III vers 450, le royaume wisigoth de Toulouse รฉmet des solidi de poids moindre, l'รฉphรฉmรจre royaume suรจve d'Espagne des tiers de solidi, puis les Burgondes font de mรชme[16].
Aprรจs la fin politique de l'empire d'Occident, marquรฉe par la destitution de Romulus Augustule en 476, le solidus a toujours cours. Il est imitรฉ par les rois barbares, en particulier les Mรฉrovingiens[17], quoique le plus souvent sous forme de ยซย tiers de souย ยป (tremissis)[18]. Il est employรฉ comme unitรฉ de compte pour les amendes du wergeld, droit germanique qui รฉtablit les indemnitรฉs financiรจres pour les atteintes ร la personne.
รvolution du solidus byzantin
modifierAprรจs les reconquรชtes de Justinien en Afrique et en Italie, des ateliers monรฉtaires reprennent les รฉmissions de solidi ร Syracuse et ร Carthage, avec le mรชme alliage et le mรชme poids que les solidi รฉmis ร Constantinople, mais avec une forme gรฉomรฉtrique diffรฉrente[19]. Au VIIeย siรจcle ร l'atelier de Carthage, les solidi frappรฉs sont de plus en plus รฉpais. D'un poids รฉgal, ils ont un diamรจtre moindre, prenant la forme dite du solidus globulaire[20]. Cette รฉvolution locale de la fabrication pourrait s'expliquer par la moindre force nรฉcessaire ร la frappe et l'absence de prรฉparation prรฉalable du flan, qui a pour consรฉquence une usure moins rapide des coins monรฉtaires et une productivitรฉ accrue de l'atelier[21].
L'atelier de Syracuse fonctionne plus longtemps que celui de Carthage, de 650 ร 870, Entre 650 et 690, la masse du solidus syracusain baisse, son diamรจtre diminue tandis que l'รฉpaisseur reste la mรชme que pour le solidus de Constantinople[22]. L'atelier de Syracuse opรจre une premiรจre dรฉvaluation du solidus vers 700 qui passe le titre de la monnaie de 93ย % d'or ร 67ย % par addition d'argent, pour ensuite se stabiliser ร un titre entre 80ย % et 85ย %. Une seconde dรฉvaluation sous Michel III (842-867) et Basile Ier (867-886) fait tomber le titre d'or ร 27ย % principalement remplacรฉ par du cuivre[21]. Ces alliages dรฉvaluรฉs รฉtant plus durs et plus difficiles ร frapper, l'รฉpaisseur du solidus de Syracuse augmente et son diamรจtre diminue[23].
Les premiers dinars omeyyades sont frappรฉs en 696 en s'inspirant du solidus byzantin, entre autres ceux fabriquรฉs sous Hรฉraclius[24].
Postรฉritรฉ du solidus
modifierLe nom est ร l'origine des appellations sol et, plus prรจs de nous, sou, et รฉgalement du solde comptable et en รฉconomie, de la solde et du soldat via l'italien soldo[25].
Notes et rรฉfรฉrences
modifier- โ Lucien Jerphagnon, Les Divins Cรฉsars, Paris, Pluriel Fayard, 2007, p. 325.
- โ Depeyrot 2006, p.ย 167
- โ Depeyrot 1987, p.ย 102-103
- โ Depeyrot 1987, p.ย 104
- โ Petit 1974, p.ย 589
- โ Depeyrot 1987, p.ย 48
- โ Depeyrot 1987, p.ย 113-114
- โ Code Thรฉodosien, 12, 7, 2
- โ Depeyrot 1987, p.ย 117-118
- โ Depeyrot 2006, p.ย 172
- โ Petit 1974, p.ย 671
- โ Depeyrot 2006, p.ย 168
- โ Depeyrot 1987, p.ย 113
- โ Depeyrot 1987, p.ย 47
- โ Crรฉditย : www.cngcoins.com.
- โ Depeyrot 1987, p.ย 90-93.
- โ Un sou d'or mรฉrovingien, ร la tรชte de Magnence, datant du VIIeย siรจcle sur Gallica.
- โ Les monnaies des rois Mรฉrovingiens.
- โ Delamare, Montmitonnet et Morrisson 1984, p.ย 17.
- โ Delamare, Montmitonnet et Morrisson 1984, p.ย 25.
- Delamare, Montmitonnet et Morrisson 1984, p.ย 27.
- โ Delamare, Montmitonnet et Morrisson 1984, p.ย 29.
- โ Delamare, Montmitonnet et Morrisson 1984, p.ย 31.
- โ [PDF] Adam Abdullah, ยซย The Islamic Monetary System: Diar and Dirhamย ยป, in: International Journal of Islamic Economics and Finance Studies, avril 2020, 6(1), pp.ย 1-29 - lire en ligne.
- โ Dictionnaire de la langue franรงaise, Larousse-Bordas, 1999
Voir aussi
modifierBibliographie
modifierย ย : document utilisรฉ comme source pour la rรฉdaction de cet article.
- (en) Alexander Kazhdan (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, t.ย 3, New York et Oxford, Oxford University Press, 1991, 1reย รฉd., 3 tom. (ISBNย 978-0-19-504652-6 et 0-19-504652-8, LCCNย 90023208), p.ย 1924, s. v. ยซย Solidusย ยปย ;
- Michel Amandry (dir.), Dictionnaire de numismatique, Paris, 2001 ( (ISBNย 2-03-505076-6)).
- Georges Depeyrot, Le bas empire romain, รฉconomie et numismatique, Paris, Edition Errance, 1987, 140ย p. (ISBNย 978-2-903442-40-8)ย
- Georges Depeyrot, La monnaie romaineย : 211 av. J.-C. - 476 apr. J.-C., Paris, Edition Errance, 2006, 212ย p. (ISBNย 978-2-87772-330-5, LCCNย 2006490693)ย
- Cohen Henry, Description Historique des monnaies frappรฉes sous l'Empire Romain, deuxiรจme รฉdition, Paris, 1880-1892. Lien vers l'ouvrage
- Mommsen Theodor, Histoire de la monnaie romaine, traduction par Le duc de Blacas, Tome I, II, III et IV. Tome I Tome III Tome IV
- Paul Petit, Histoire gรฉnรฉrale de l'Empire romain, Paris, รditions du Seuil, 1974, 800ย p. (ISBNย 978-2-02-002677-2)ย
Articles
modifier- Franรงois Delamare, Pierre Montmitonnet et Cรฉcile Morrisson, ยซย Une approche mรฉcanique de la frappe des monnaies. Application ร l'รฉtude de l'รฉvolution de la forme du solidus byzantinย ยป, Revue numismatique, 6e sรฉrie, t.ย 26,โ 1984, p.ย 7-39 (lire en ligne).
- Georges Depeyrot, ยซย Le trรฉsor de Dortmund et les solidi milanais COM et COMOBย : l'apport de la mesureย ยป, Histoire & Mesure, 1986 volume 1 - nยฐ3-4. Varia. p.ย 229-238 [1]
- Xavier Loriot, ยซย Rรฉflexions sur l'usage et les usagers de la monnaie d'or sous l'Empire romainย ยป, Revue numismatique, 6eย sรฉrie, t.ย 159,โ 2003, p.ย 57-74 (lire en ligne)
Articles connexes
modifier- Monnaie romaine
- Ateliers monรฉtaires romains
- Aureus
- Nomisma
- Sou
- Antiquitรฉ tardive
- Glossaire de la numismatique
Liens externes
modifier- Tous les dรฉtails sur les monnaies d'or romaines
- (itย +ย en) Exposition numismatique en ligne: "This round gold is but the image of the rounder globe (H. Melville). La fascination de l'or dans les monnaies antiques
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopรฉdies gรฉnรฉralistesย :








