Athรฉna (en attique แผฮธฮทฮฝแพถย / Athฤnรข), ou Athรฉnรฉ (en ionien แผฮธฮฎฮฝฮทย / Athแธnฤ), est une dรฉesse grecque antique et une des principales divinitรฉs des panthรฉons grecs. Ses pouvoirs, trรจs รฉtendus, concernent principalement la protection des citรฉs et de la vie civique, la guerre, l'artisanat et les techniques. Elle est reconnue comme une dรฉesse de la sagesse et de la raison, possรฉdant la mรจtis, l'intelligence rusรฉe. Fille de Zeus, nรฉe en sortant de son crรขne, elle entretient avec lui un lien trรจs proche, et le seconde souvent dans son rรดle de dieu souverain.
| Athรฉna | |
| Dรฉesse de la religion grecque antique prรฉsente dans la mythologie grecque | |
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Athรฉna du Varvakรฉion, copie d'รฉpoque romaine de la statue chrysรฉlรฉphantine du Parthรฉnon de Phidias. Musรฉe national archรฉologique d'Athรจnes. | |
| Caractรฉristiques | |
| Nom grec | แผฮธฮทฮฝแพถ, แผฮธฮฎฮฝฮท |
| Fonction principale | Dรฉesse protectrice des citรฉs, dรฉesse de la guerre, des arts et des techniques, de la sagesse. |
| Lieu d'origine | Grรจce |
| Pรฉriode d'origine | Antiquitรฉ |
| Groupe divin | Divinitรฉs olympiennes |
| รquivalent(s) | Minerve, Menrva |
| Famille | |
| Pรจre | Zeus |
| Mรจre | Mรฉtis |
| Symboles | |
| Attribut(s) | L'รฉgide, la lance, le casque, et la victoire ailรฉe |
| Animal | Chouette, le serpent |
| Vรฉgรฉtal | Olivier |
| modifierย |
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Athรฉna est l'archรฉtype de la divinitรฉ ยซย poliadeย ยปย : elle รฉtait considรฉrรฉe comme la protectrice de plusieurs citรฉs de Grรจce, en premier lieu Athรจnes, la citรฉ qui lui a probablement donnรฉ son nom. Elle y dispose de son principal lieu de culte, situรฉ sur l'Acropole de cette citรฉ, et de ses principales fรชtes, les Panathรฉnรฉes. Son culte ne se restreint pas ร cette citรฉ, puisqu'elle est vรฉnรฉrรฉe dans tout le monde grec.
Dans l'art, elle est gรฉnรฉralement reprรฉsentรฉe comme une dรฉesse armรฉe, portant un casque, tenant une lance, revรชtue de l'รฉgide surmontรฉe d'un masque de Gorgone suscitant la terreur chez ses adversaires. Ses principaux symboles incluent la chouette et l'olivier, en particulier ร Athรจnes qui les fait figurer sur ses monnaies.
Elle a beaucoup stimulรฉ l'imagination des poรจtes antiques et joue un rรดle majeur dans les rรฉcits de la mythologie grecque. C'est en premier lieu le cas de ceux relatant la guerre de Troie, car elle joue un rรดle actif dans l'Iliade, oรน elle assiste les Achรฉens, et dans l'Odyssรฉe, oรน elle est la conseillรจre divine d'Ulysse. Elle est plus gรฉnรฉralement une protectrice des hรฉros, qui apporte son soutien ร Achille, Diomรจde, Persรฉe, Hรฉraclรจs, Bellรฉrophon et Jason. Son rapport aux femmes est plus ambivalentย : elle est souvent du cรดtรฉ des hommes et du patriarcat, mais elle a aussi pu รชtre interprรฉtรฉe comme une figure de femme combattante forte.
Dans le monde romain, Athรฉna est assimilรฉe ร la dรฉesse Minerve qui reprend la plupart de ses aspects, de ses mythes et de son iconographie, et c'est par ce biais qu'elle est principalement connue en Occident. Depuis l'รฉpoque moderne, elle est souvent utilisรฉe comme une allรฉgorie de la sagesse, de la science, de la raison voire de la libertรฉ. Encore de nos jours, c'est une des figures les plus connues de la mythologie grecque antique, comme l'illustre le fait qu'elle sert souvent d'inspiration dans des ลuvres de la culture populaire.
Noms et รฉpithรจtes
modifierAthรฉna
modifierLe nom divin (thรฉonyme) Athรฉna (Athรฉne dans le langage รฉpique, Athana en dorien) est liรฉ ร celui de la ville d'Athรจnes, situation atypique parmi les principales divinitรฉs grecques[1]. Il est gรฉnรฉralement estimรฉ que c'est le nom de la dรฉesse qui dรฉrive de celui de la citรฉ, et non l'inverse[2],[3],[4],[5].
Athรฉna serait donc originellement la dรฉesse de la citรฉ d'Athรจnes (et peut-รชtre plus prรฉcisรฉment de son Acropole). Elle apparaรฎt peut-รชtre sur une tablette mycรฉnienne en tant que ยซย Maรฎtresse d'Athรจnesย ยป (At(h)ana Potnia)[2],[6]. En tout cas son nom se prรฉsente dans les textes les plus anciens sous une forme adjectivale Athenaia/Athenaie ยซย l'Athรฉnienneย ยป[1] ou ยซย celle qui appartient ร Athรจnesย ยป[3] qui pourrait indiquer qu'il s'agit initialement de la seconde partie de son nom (comme dans la forme homรฉrique Pallas Athenaie, qui serait ร interprรฉter ยซย Pallas d'Athรจnesย ยป ou ยซย Pallas l'Athรฉnienneย ยป)[1]. Mais il resterait alors ร expliquer pourquoi seule la forme raccourcie Athรฉna a รฉtรฉ prรฉservรฉe[1].
Pallas
modifierLa dรฉesse est aussi appelรฉe Pallas. Ce nom, dont l'origine et le sens sont obscurs, a suscitรฉ diverses interprรฉtations depuis l'Antiquitรฉ. Selon certains, le mot renvoie ร la notion de ยซย jeune filleย ยป ou de ยซย viergeย ยป. Pour d'autres, ร une ยซย brandisseuse d'armeย ยป[7]. Le Pseudo-Apollodore donne deux origines mythologiques possibles, reprenant le nom de deux personnages qu'Athรฉna aurait tuรฉsย : d'une part Pallas, fille de Triton, une compagne de jeuย ; d'autre part Pallas le Gรฉant, dont elle utilise la peau comme bouclier[8].
Il s'agit d'une รฉpithรจte poรฉtique de la dรฉesse qui ne renvoie pas ร un pouvoir particulier. Le terme apparaรฎt ร 47 reprises chez Homรจre, toujours en connexion avec la dรฉesse, sous la forme Pallas Athenaie ยซย Pallas Athรฉnaย ยป. Cette expression, qui pourrait aussi s'interprรฉter comme ยซย Pallas d'Athรจnesย ยป ou ยซย Pallas l'Athรฉnienneย ยป, a pu laisser supposer l'existence d'une dรฉesse appelรฉe Pallas, ce qui n'a jamais รฉtรฉ confirmรฉ. Par la suite, Athรฉna peut รชtre appelรฉe Pallas de maniรจre isolรฉe, par exemple dans son hymne homรฉrique et souvent dans les dรฉdicaces de l'Acropole, ce nom devenant avec le temps une autre maniรจre courante de nommer la dรฉesse. C'est de ce terme que dรฉrive le mot Palladion, dรฉsignant une statuette de la dรฉesse ayant une fonction protectrice[9],[10].
Les รฉpithรจtes/รฉpiclรจses
modifierDans la littรฉrature et l'รฉpigraphie, Athรฉna est dรฉsignรฉe par diverses รฉpithรจtes (ou รฉpiclรจses) mettant en avant ses diverses qualitรฉs, en plus de Pallas[N 1].
Dans les รฉpopรฉes homรฉriques, elle peut รชtre appelรฉe de maniรจre indรฉpendante Tritogรฉnie, terme qui peut dรฉriver du lac Triton, ou bien du troisiรจme jour du mois[11] ou encore du fait qu'elle est nรฉe de la tรชte de Zeus[12], et Atrytonรฉ, signifiant peut-รชtre l'ยซย Infatigableย ยป[11].
L'adjectif glaukรดpis est l'รฉpithรจte[N 2] homรฉrique[N 3] presque[N 4] exclusivement rรฉservรฉ ร Athรฉna. C'est le plus commentรฉ, son sens restant discutรฉ. Glaukos signifie la couleur bleu clair (ou pers) ou bien un รฉclat lumineux, tandis que glaux signifie ยซย chouetteย ยปย : ensemble, ils peuvent se traduire par ยซย aux yeux persย ยป, ยซย aux yeux brillantsย ยป, ou ยซย aux yeux de chouetteย ยป[21],[22].
Sa sagesse est mise en avant dans les รฉpithรจtes Polymรฉtis et Polyboulos, indiquant qu'elle est bien pourvue en mรจtis, l'intelligence rusรฉe, et en conseils avisรฉs. Elle peut d'ailleurs รชtre simplement dรฉsignรฉe Mรฉtis, comme sa mรจre[23].
Parmi les รฉpithรจtes renvoyant ร ses pouvoirs et fonctions, la plus commune est Polias ยซย de la citรฉย ยป, la fonction de protectrice des citรฉs, partagรฉe avec d'autres divinitรฉs[24]. Promachos ยซย celle qui combat au premier rangย ยป ou ยซย championneย ยป renvoie ร son aspect martial. Ergane ยซย travailleuseย ยป ร son patronage des artisans et des travaux manuels[12].
Mais ces trois domaines ne sont pas forcรฉment les plus reprรฉsentรฉs parmi la grande variรฉtรฉ d'รฉpithรจtes cultuelles qui renvoient aux diffรฉrents pouvoirs et qualitรฉs dont elle dispose, parmi lesquels on trouve des noms liรฉs ร sa condition divine (Thea ยซย dรฉesseย ยป, Pantheia ยซย commune ร tous les dieuxย ยป, Aphthartos Thea ยซย dรฉesse immortelleย ยป), ร sa puissance (Potnia ยซย maรฎtresseย ยป, Kuria et Hyperdexia ยซย dominatriceย ยป), ร sa condition fรฉminine (Koria/Kourรจ/Akraia ยซย filleย ยป, Parthenos ยซย viergeย ยป), ร ses qualitรฉs mentales (Pronoia ยซย prรฉvoyanteย ยป, Epekoos/Hypakoos ยซย attentiveย ยป, ยซย ร l'รฉcouteย ยป), ร son rรดle protecteur (Soteira ยซย sauveuseย ยป, aussi Alexiados/Apotropaios ยซย qui รฉcarte les mauxย ยป), ร la nature (Kuparissia ยซย du cyprรจsย ยป, Alseia ยซย de l'altisย ยป), etc. Bien d'autres renvoient aux lieux oรน elle est vรฉnรฉrรฉe (รฉpiclรจses ยซย topologiquesย ยปย : Alalkomenia, Itonia, Kynthia, Lindia, Onka, etc.), et certaines ร des divinitรฉs auxquelles elle est associรฉe, notamment Arรจs dans un contexte guerrier, sous la forme Athรฉna Areia ยซย Athรฉna d'Arรจsย ยป[25].
Origines
modifierรpoque mycรฉnienne
modifierLes tablettes d'argile du XIIIeย siรจcleย av. J.-C. inscrites en linรฉaire B mises au jour dans les palais mycรฉniens ont livrรฉ les noms de diverses divinitรฉs recevant des offrandes, parmi lesquelles se trouvent notamment Zeus, Posรฉidon, Hรฉra ou encore Artรฉmis. Athรฉna pourrait figurer sur l'une d'entre elles, retrouvรฉe ร Cnossos en Crรจte, mais ce n'est pas assurรฉ. On y lit la sรฉquence Atana Potnia (par syllabesย : a-ta-na-po-ti-ni-ja). Potnia est un nom signifiant ยซย Maรฎtresseย ยป/ยซย Dameย ยป, couramment employรฉ dans les noms divins de l'รฉpoque en association avec des noms de lieux. Atana rappelle phonรฉtiquement le nom d'Athรจnes, donc cette expression est gรฉnรฉralement traduite par ยซย Maรฎtresse d'Athรจnesย ยป, donc la dรฉesse Athรฉna. Mais le terme Atana pourrait faire rรฉfรฉrence ร un autre lieu[6],[26].
Il a aussi รฉtรฉ supposรฉ que des antรฉcรฉdents ร l'iconographie d'Athรฉna se trouvent dans des images de la pรฉriode mycรฉnienne qui y ressemblent, notamment les reprรฉsentations d'une dรฉesse portant un bouclier, sur une citadelle. Il a รฉgalement รฉtรฉ soulignรฉ que les temples d'Athรฉna de l'Acropole d'Athรจnes et de Mycรจnes se situent sur des anciennes citadelles mycรฉniennes. Cette dรฉesse jouerait alors le rรดle de protectrice des forteresses mycรฉniennes, des palais qui s'y trouvent (une ยซย Dame du Palaisย ยปย ?) et des rois qui y rรฉsident, prรฉfigurant le rรดle d'Athรฉna protectrice de citรฉs. Les reprรฉsentations de serpents dans l'art mycรฉnien ont aussi รฉtรฉ interprรฉtรฉes comme annonรงant Athรฉna, parce qu'elle est liรฉe ร cet animal ร Athรจnes. Tout cela est conjectural[27],[28],[3],[4].
Hypothรจses sur les origines
modifierLa question des origines des divinitรฉs grecques est รฉpineuse. Elle a donnรฉ lieu ร de nombreuses propositions reposant sur l'analyse de l'รฉtymologie des noms divins et le comparatisme mythologique, aussi sur les tentatives de reconstitution de la religion du monde รฉgรฉen de l'รขge du bronze, tout cela รฉtant marquรฉ par de nombreuses incertitudes. Du reste, une partie des spรฉcialistes de la religion grecque considรจre ces recherches comme vaines et sans grand intรฉrรชt, prรฉfรฉrant s'en tenir ร l'analyse des divinitรฉs dans les pรฉriodes et contextes oรน elles sont effectivement attestรฉes[29],[30].
Selon Martin P. Nilsson, les origines d'Athรฉna sont ร chercher dans le fonds religieux de l'รขge du bronze, donc les cultes des รฉpoques minoenne et mycรฉnienne. La dรฉesse naitrait de la fusion de deux figures prรฉsentes dans l'art de ces pรฉriodesย : une dรฉesse au bouclier vรฉnรฉrรฉe par les Mycรฉniens, et une dรฉesse au serpent vรฉnรฉrรฉe par les Minoens. Ann Baring et Jules Cashford ont prolongรฉ cela en postulant que la dรฉesse minoenne aurait eu un aspect matriarcal, tandis que la mycรฉnienne reflรจterait des aspects aryens/doriens plus marquรฉs par le patriarcat[31]. En effet, pour l'approche fรฉministe qui suppose l'existence d'un systรจme matriarcal aux temps primordiaux, et d'une ยซย Grande dรฉesseย ยป dominant alors le panthรฉon, l'รฉmergence d'Athรฉna est vue comme le reflet du triomphe du patriarcat, qui conduit ร l'รฉlaboration, ร partir des dรฉesses dominantes anciennes, d'une dรฉesse guerriรจre et vierge, dรฉpouillรฉe de sa fรฉminitรฉ[32].
Ces diffรฉrentes propositions, en plus de reposer sur le postulat d'un indรฉmontrable matriarcat originel qu'aurait remplacรฉ le patriarcat ร un moment indรฉterminรฉ, partent du principe que le fait qu'une dรฉesse ait des attributs guerriers est une anomalie, parce que c'est un domaine masculin par excellence. Or les religions proche-orientales et รฉgyptienne ne manquent pas de dรฉesses qui prรฉsentent des aspects martiaux (Ishtar, Astartรฉ, Anat, la dรฉesse-soleil d'Arinna, Neith) qui ont pu servir de modรจles ร Athรฉna. Cela rejoint plus largement la question des influences orientales sur la religion โย ou du moins la mythologieย โ grecque, visibles en particulier dans les รฉpopรฉes d'Homรจre et d'Hรฉsiode. De maniรจre plus polรฉmique, Martin Bernal a dรฉveloppรฉ une hypothรจse d'une ยซย Athรฉna noireย ยป (Black Athena) importรฉe depuis lโรgypte, essentiellement interprรฉtรฉe dans sa dimension africaine, ce qu'il inscrit plus largement dans d'hypothรฉtiques origines ยซย afroasiatiquesย ยป de la culture grecque classique. Ses propositions ont รฉtรฉ rรฉfutรฉes par la plupart des hellรฉnistes et des รฉgyptologues qui s'y sont intรฉressรฉs[33].
Quant aux comparaisons avec d'autres mythologies de peuples de langue indo-europรฉenne, elles ont par exemple tracรฉ des similitudes entre Athรฉna et des dรฉesses indiennes (Durga, Kali, Devi) qui pourraient renvoyer ร des origines communes[34],[35].
Pouvoirs et fonctions
modifierComme le reste du cercle des divinitรฉs principales de la Grรจce antique, Athรฉna a des pouvoirs qui ne se limitent pas ร un seul domaine. Cela ressort aussi bien dans la littรฉrature que le culte, notamment par l'analyse de ses รฉpithรจtes poรฉtiques et cultuelles (รฉpiclรจse). On reconnaรฎt des domaines privilรฉgiรฉs oรน s'exprime sa puissance, qui sont particuliรจrement nombreux, mรชme en comparaison des autres grandes divinitรฉs grecques[36]ย : elle est une protectrice des citรฉs, une dรฉesse guerriรจre, elle seconde son pรจre Zeus dans le rรดle de garant de l'ordre social et des institutions civiques (notamment de rites de passage), elle est une dรฉesse des arts et des techniques, caractรฉrisรฉe par son ingรฉniositรฉ et son intelligence (mรจtis). S'y ajoutent d'autres fonctions, souvent dรฉrivรฉes des prรฉcรฉdentes, parfois trop peu documentรฉes pour รชtre interprรฉtรฉes avec un degrรฉ raisonnable de certitude.
La protection de citรฉs
modifierUn des traits les plus fondamentaux d'Athรฉna est son rรดle de protectrice des citรฉs (grec ancien polis au singulier). C'est pour cela qu'on a pu en faire une descendante des dรฉesses armรฉes figurant dans l'art mycรฉnien, qui semblent protรฉger les forteresses de cette pรฉriode, mais c'est impossible ร prouver[37],[5],[28].
Cela se manifeste par son รฉpiclรจse la plus courante, Polias, qui se retrouve partout dans le monde grec (Athรจnes, Priรจne, Pergame, Cos, etc.)[38] et aussi Poliouchos[39], et d'autres telles que Poliatis[40]. Ses nombreuses รฉpiclรจses renvoyant ร des noms de citรฉs ou de lieux (topologiques) font aussi rรฉfรฉrence ร ce rรดle protecteur[41],[42]. Enfin on retrouve ce rรดle dans d'autres dรฉnominations de la dรฉesse comme Soteira ยซย Sauveuseย ยป et Nikรจ ยซย Victoireย ยป qui renvoient plus largement ร sa fonction de sauvegarde des communautรฉs et se recoupent avec son caractรจre guerrier[43].
Dans l'espace civique, ses sanctuaires sont ร plusieurs reprises situรฉs sur les acropoles, les points les plus รฉlevรฉs et les mieux dรฉfendus, ou plus gรฉnรฉralement prรจs des ouvrages dรฉfensifs (son sanctuaire de Tรฉgรฉe se nomme Eryma, ยซย Rempartย ยป), ce qui en fait plus largement une dรฉesse des citadelles et des forteresses[41],[44],[45]. Ce rรดle est celui qu'elle exerce dans la citรฉ d'Athรจnes, la citรฉ qui a plus que les autres revendiquรฉ ses faveurs, oรน elle dispose de son sanctuaire principal sur l'Acropole. Mais on la retrouve dans une situation semblable dans la citรฉ rivale de Sparte, ร Argos et ร Trรฉzรจne en Argolide, ร Lindos ร Rhodes[36], ร Gortyne en Crรจte, ร Emporio sur l'รฎle de Chios[44], etc. et dans lโIliade ร Troie[44].
La protection de la citรฉ troyenne est censรฉe รชtre incarnรฉe par une statuette de la dรฉesse ayant une valeur de talisman protecteur, le Palladion, qui reprรฉsente la dรฉesse en armesย ; une fois que Troie se la fait dรฉrober par Ulysse et Diomรจde, sa chute est imminente. Aux รฉpoques historiques, plusieurs citรฉs ont proclamรฉ le possรฉder ร leur tour, ร commencer par Athรจnes et Rome (dans le temple de Vesta), mais aussi Argos et Sparte. Quelles que soient leur origine, on y trouvait des effigies de la dรฉesse censรฉes protรฉger la citรฉ[46],[44],[47],[48].
La guerre
modifierUn des importants traits d'Athรฉna est son rรดle guerrier. Il couvre plus prรฉcisรฉment certains aspects du domaine militaire, en particulier ceux liรฉs ร sa fonction de protectrice des citรฉsย : ยซย le rรดle dโAthรฉna comme divinitรฉ guerriรจre est d'assurer la victoire, la formation et l'entretien militaire du corps civique pour protรฉger la citรฉ placรฉe sous son รฉgideย ยป (A. Paillard)[49]. Hรฉsiode dans sa Thรฉogonie (925-926) la dรฉcrit comme ยซย รฉveilleuse terrible du tumulte de la bataille, infatigable meneuse d'armรฉes, maรฎtresse qui se rรฉjouit des cris, de la guerre et de la bataille[28].ย ยป Dans le jugement de Pรขris, elle propose au jeune homme de le rรฉcompenser de la victoire ร la guerre s'il la dรฉsigne comme la plus belle des dรฉesses (Pseudo-Apollodore, Bibliothรจque, รpitomรฉ, 3, 2ย ; aussi Euripide, Iphigรฉnie ร Aulis, 900).
En plus des รฉpithรจtes renvoyant ร la protection des citรฉs, ce domaine est visible dans plusieurs autres dรฉnominations de la dรฉesse plus directement liรฉes ร la guerre et ร la violence. Une d'entre elles, Areia, est dรฉrivรฉe du nom du plus belliqueux des dieux, Arรจs. Elle est รฉgalement dรฉnommรฉe Promachos ยซย celle qui combat au premier rangย ยป, Lageitarra ยซย conductrice de l'armรฉeย ยป, Agelaa ยซย preneuse de butinย ยป. Tout cela renvoie ร diffรฉrents moments des conflitsย : elle participe au combat hoplitique, dirige les troupes, disperse les ennemis, pille. Une autre de ses รฉpithรจtes rattachable ร cette sphรจre est Sthenias ยซย forteย ยป. Elle est enfin celle qui octroie la victoire, sous son รฉpiclรจse Athรฉna Nikรจ ยซย victoireย ยป, dont le culte se dรฉveloppe ร Athรจnes au sortir des Guerres mรฉdiques. Dans l'Asie mineure hellรฉnistique, notamment ร Pergame, elle est vรฉnรฉrรฉe comme Nikรจphoros, ยซย qui apporte la victoireย ยป[50],[51].
Athรฉna est donc ร plusieurs reprises associรฉe ร l'autre dieu qui exerce ses compรฉtences dans ce domaine, Arรจs, et parfois vรฉnรฉrรฉe ร ses cรดtรฉs. Ils prรฉsident aux conflits armรฉs, aux clameurs des combattants, aux dรฉprรฉdations[52]. La maniรจre dont les compรฉtences d'Athรฉna se combinent avec celles d'Arรจs et les complรจtent dans le domaine guerrier est souvent vue chez les historiens comme une opposition entre la sagesse et la brutalitรฉย : dรฉesse de la mรจtis, elle incarnerait la force rationnelle, l'art de la stratรฉgie, de la guerre ordonnรฉe, qui lui fait inventer le char de guerre et prรฉsider aux danses guerriรจres, alors que lui incarnerait la violence guerriรจre qui se dรฉchaine au combat de maniรจre irrรฉflรฉchie[53],[54],[55]. Mais en pratique les textes antiques dรฉcrivant l'Athรฉna guerriรจre ne la diffรฉrencient pas vraiment d'Arรจs dans ses fonctions, et ils ne les opposent pas[56].
Dans la mythologie, les cas oรน Athรฉna prend part au combat ne manquent pas, en premier lieu contre les Gรฉants. La fรฉrocitรฉ dont elle fait preuve au combat se voit quand elle dรฉpรจce Pallas aprรจs l'avoir vaincu pour mettre sa peau sur l'รฉgide. Dans lโIliade, elle descend sur terre et prend un aspect humain pour appuyer ses favoris lors des batailles. Un long passage (V, 733 et sq.) relate comment elle se dรฉvรชt de la tunique qu'elle a elle-mรชme confectionnรฉ pour revรชtir son armure et ses armes, notamment sa redoutable รฉgide[57].
Dans l'iconographie, le caractรจre guerrier d'Athรฉna se voit par le fait qu'elle est reprรฉsentรฉe armรฉe[58], avec un casque corinthien, l'รฉgide, une lance et un bouclier, notamment dans des postures combattantes surnommรฉes ยซย Promachosย ยป par les historiens de l'art[59].
Dans ses sanctuaires, les offrandes d'armes sont courantes[58]. On lui fait en particulier des offrandes ร l'issue de conflits militaires, pour la remercier d'avoir octroyรฉ la victoire. Il peut s'agir de monuments รฉrigรฉs pour l'occasion, ou de prises de guerre, comme les chaรฎnes enlevรฉes aux Spartiates par les guerriers de Tรฉgรฉe, qui les consacrent ร Athรฉna Alรฉa[60]. Le temple d'Athรฉna Areia ร Platรฉes aurait รฉtรฉ รฉrigรฉ avec le butin reรงu par la citรฉ ร la suite de sa participation ร la bataille de Marathon, selon ce que rapporte Pausanias (IX, 4, 1-2). Une รฉpigramme conservรฉe dans lโAnthologie palatine (VI, 124) rapporte qu'un guerrier a vouรฉ ร la dรฉesse le bouclier qui le protรฉgeait lors des combats, qui est alors suspendu dans son templeย :
ยซย Je suis le bouclier de Timanorย : il m'a dรฉtachรฉ de ses รฉpaules mortelles, et me voici au repos sous un toit dans le temple de Pallas, la vaillante guerriรจreย ; j'ai souvent รฉtรฉ couvert de poussiรจre par la guerre cruelle, mais j'ai toujours prรฉservรฉ de la mort celui qui me portait.ย ยป
โย Anthologie palatine, VI, 124[61].
Plusieurs rites du culte d'Athรฉna ont un caractรจre guerrier et se dรฉroulent lors de cรฉlรฉbrations militaires, notamment ร Sparte selon ce qu'รฉvoque Polybe (Histoires, IV, 35,2), et comprennent des concours sportifs qui ont sans doute un aspect martial[62].
La vie civique et les rites d'intรฉgration
modifierAthรฉna exerce รฉgalement son patronage sur les citรฉs en lien avec leur activitรฉ politique. Cela ressort dans plusieurs de ses รฉpiclรจses en plus de Polias[63], surtout ร Athรจnes, qui lui donnent un rรดle de patronne des groupes de sociabilitรฉ et des subdivisions politiques de la citรฉ[44],[64]. Cette fonction est exercรฉe ร plusieurs reprises aux cรดtรฉs de son pรจre Zeus, dieu politique majeur, avec lequel elle est garante de l'ordre social, de l'administration et de la justice[65],[66].
Sous le nom Boulaia les membres du conseil de la Boulรจ d'Athรจnes lui adressent un hommage lors de leurs rรฉunions, en mรชme temps qu'ร Zeus Boulaios, et sous celui de Thรฉmis elle est une garante de l'exercice de la justice. Elle aurait fondรฉ le tribunal de l'Arรฉopage, oรน elle participe au jugement d'Oreste dans Les Eumรฉnides d'Eschyle. Elle porte รฉgalement le nom d'Archรฉgรจte ร Athรจnes et ร Sparte, qui lui donne un rรดle de chef, de guide et de fondatrice[67]. ร Sparte ร l'รฉpoque romaine, Pausanias (III, 11, 9) rapporte qu'on trouve un duo Athรฉna Agoraia-Zeus Agoraios, protecteurs de l'agora[64].
Athรฉna apparaรฎt souvent en tant que Phratria ยซย de la phratrieย ยป, subdivision de la communautรฉ citoyenne d'Athรจnes, lorsqu'elle reรงoit avec Zeus Phratrios des sacrifices pendant la fรชte des Synoikia qui commรฉmore l'unification de l'Attique[64]. Cela lui confรจre aussi un rรดle dans l'intรฉgration des jeunes hommes dans le corps civique, en particulier lors de la fรชte athรฉnienne des Apatouries. Cette รฉpiclรจse se retrouve dans d'autres citรฉs oรน elle est connectรฉe ร des groupes de citoyensย : Thasos, Cos, Lindos[44]. La prรฉsence d'enfants exerรงant le rรดle de prรชtres dans ses temples ร Tรฉgรฉe, en Phocide et ร Siris pourraient รฉgalement รชtre des rรฉminiscences de rites initiatiques de jeunes hommes patronnรฉs par Athรฉna[44].
En lien avec cette sphรจre masculine et souvent guerriรจre et l'initiation des jeunes hommes[53], Athรฉna apparaรฎt dans la littรฉrature comme une protectrice des personnages hรฉroรฏques, aventuriers ou guerriers, au point qu'il a pu รชtre considรฉrรฉ qu'avoir les faveurs d'Athรฉna รฉtait une condition nรฉcessaire pour accรฉder ร ce statut. Walter F. Otto l'a dรฉfinie comme une dรฉesse ยซย de la proximitรฉย ยป, qui soutient ceux qu'elle a dรฉcidรฉ de protรฉger[54]. Elle assiste ainsi Hรฉraclรจs, Ulysse, Bellรฉrophon, Jason et Persรฉe dans leurs aventures et exploits[55]. Ce rรดle a pu รชtre dรฉcrit comme celui d'une ยซย grande sลurย ยป aidant ces hรฉros ร grandir[55], mais cette interprรฉtation est probablement anachronique[1].
Concernant les rapports d'Athรฉna avec les jeunes filles, la situation est plus ambivalente. Son lien avec les institutions patriarcales a pu la faire voir ร l'รฉpoque contemporaine comme une traรฎtresse ร son sexe, constat apparemment confortรฉ par les mythes oรน elle cause la perte de femmes qui cherchent ร rivaliser (en vain) avec ses talents (Arachnรฉ, Mรฉduse, Pallas, Myrmex)[55]. D'un autre cรดtรฉ, en tant que dรฉesse de l'artisanat elle patronne aussi le tissage, activitรฉ fรฉminine par excellence. Cela se voit notamment par le fait que le pรฉplos, manteau que doit revรชtir un de ses statues de culte lors des Panathรฉnรฉes, est confectionnรฉ par des jeunes filles, les Arrhรฉphores, qui ร cette fin rรฉsident dans une dรฉpendance de son sanctuaire durant une annรฉe. Le rite de l'Arrhรฉphorie qui conclut leur service reprend sans doute un ancien rite initiatique fรฉminin. ร Cos deux jeunes filles passent รฉgalement une annรฉe ร son service. Dans un autre registre, les vierges locriennes sont des jeunes filles envoyรฉes en tribut par les Locriens ร Ilion (Troie), oรน elles sont offertes ร l'Athรฉna locale[68].
ยซย Je n'ai point eu de mรจre pour me mettre au monde. Mon cลur toujours โย jusqu'ร l'hymen du moinsย โ est tout acquis ร l'hommeย : sans rรฉserve je suis pour le pรจre. Dรจs lors je n'aurai pas d'รฉgard particulier pour la mort d'une femme qui aurait tuรฉ l'รฉpoux gardien de son foyer.ย ยป
โย Eschyle, Les Eumรฉnides (trad. P. Mazon)ย : Athรฉna tranche en faveur des pรจres[69].
Les techniques et les arts
modifierAthรฉna est la protectrice des artisans et des travailleurs sous son รฉpithรจte dโErgane, ยซย la travailleuseย ยป[67],[68]. Elle est aussi surnommรฉe Machanis ยซย ingรฉnieuseย ยป ou Kalliergos ยซย qui travaille avec artย ยป[70]. Elle est une maรฎtresse dans l'art du tissage, de la charpenterie, de la mรฉtallurgie, et les technologies de toutes sortes[1], rรฉalise des inventions et les enseigne aux humains[67]. L'art la reprรฉsente en train de rรฉaliser des travaux artisanaux, notamment tenant une quenouille[71]. C'est dans ce domaine que se manifeste de la maniรจre la plus รฉloquente sa mรจtis, ou intelligence rusรฉe/sophistiquรฉe, dont on fait souvent son attribut fondamental[72].
Dans la littรฉrature mythologique, elle se distingue ร plusieurs reprises par ses inventions ou ouvrages remarquables, ce qui lui fait se manifester dans diffรฉrents domaines, rejoignant dans plusieurs cas ses autres compรฉtencesย : elle conรงoit la trompette qui va servir sur les champs de batailleย ; elle aide Jason ร construire l'Argo, le navire sur lequel embarquent les Argonautesย ; elle enseigne l'art de construire les chariots et de harnacher les chevaux, et ร Corinthe on la connaรฎt sous l'รฉpithรจte Chalinitis ยซย de la brideย ยป[72]ย ; elle guide la main d'รpรฉios lors qu'il construit le cheval de Troie[67]ย ; elle invente l'araire pour faciliter les travaux des champs[73].
En particulier, tout ce qui est filรฉ ou cousu est de son domaine[67], comme le montre par ailleurs la fable d'Arachnรฉ[74]. Parmi ses รฉpiclรจses, on connaรฎt une Pania ยซย fileuseย ยป et une Pรชnitis ยซย tisserandeย ยป[70]. Homรจre (Iliade, V, 764 et sq.) voit en elle la tisserande par excellence, tandis que Platon (Le Banquet, 197B) en fait l'inventeuse du filage[68]. Elle est souvent reprรฉsentรฉe avec un fuseau, et on lui offre couramment dans ses sanctuaires ces objets ainsi que des pesons de mรฉtiers ร tisser[68].
Dans ce domaine, elle est ร plusieurs reprises associรฉe au dieu artisan Hรฉphaรฏstos, plus spรฉcifiquement le patron des mรฉtiers impliquant la maรฎtrise du feu et exercรฉs cette fois-ci par des hommes (mรฉtallurgie, cรฉramique). Cette association est en particulier mise en avant dans le culte ร Athรจnes[75],[72],[76]. Les Athรฉniens vรฉnรจrent aussi Promรฉthรฉe, qui apporte le feu qui va servir au travail artisanal, constituant ainsi un trio de divinitรฉs patronnant les arts du feu[77].
Au-delร de son habiletรฉ manuelle, Athรฉna est une dรฉesse maรฎtrisant toutes sortes de techniques, ce qui inclut la maรฎtrise des chevaux et des bateaux. C'est donc sous son patronage que se trouvent les habiles cavaliers[78] et les navigateurs[79] de la mythologie.
C'est peut-รชtre encore en raison de cette habiletรฉ divine qu'Athรฉna est รฉgalement reconnue comme une musicienne[80]. Elle fabrique l'aulos et en joue[40]. Mais elle abandonne l'instrument, parce qu'elle se trouvait ridicule lorsque ses joues gonflaient en soufflant dedans, comme le rapporte Mรฉlanippide de Mรฉlos (785 PMG)[81]. Elle est vรฉnรฉrรฉe ร Argos sous l'รฉpiclรจse Salpinx ยซย trompetteย ยป[82].
La dรฉesse de la raison et de la sagesse
modifierEn continuitรฉ avec son rรดle dans les arts et les techniques, Athรฉna est souvent analysรฉe comme la dรฉesse de la Raison, patronne des beaux-arts et de la littรฉrature, concurrenรงant les Muses dans ce domaine, mรชme si elle est moins souvent qu'elles mise en rapport avec la poรฉsie et la musique, mais plutรดt avec la philosophie[83]. En effet, pour autant qu'ils proposent une interprรฉtation d'Athรฉna, presque tous les philosophes et allรฉgoristes de l'Antiquitรฉ identifient la dรฉesse ร la Sagesse ou l'Intelligence personnifiรฉeย ; c'est le cas, entre autres, de Platon, Cornutus, Hรฉraclide du Pont, Plutarque, Porphyre, Julien et Apulรฉe[84]ย ; dans le Cratyle (407 b), Platon la proclame ยซย Intelligence divineย ยป[85]. L'hellรฉniste Fรฉlix Buffiรจre base cette unanimitรฉ sur le texte mรชme d'Homรจreย :ย ยซย Il est certain que l'auteur de l'Odyssรฉe concevait dรฉjร Athรฉna comme une sorte de personnage allรฉgorique, la sagesse personnifiรฉe. Cela est surtout frappant dans la Tรฉlรฉmachie[86]ย ยป. Avec le dรฉveloppement de la philosophie รฉthique elle devient รฉgalement une allรฉgorie de la vertu et la dรฉesse de la phronesis, la raison prudente et moralement responsable[87],[88].
Les spรฉcialistes modernes de la religion grecque suivent plutรดt M. Detienne et J.-P. Vernant[89] (certes parfois avec des rรฉserves)[90],[76],[1], en mettant surtout l'emphase sur le fait qu'Athรฉna est douรฉe de la mรจtis et qu'il s'agit de son mode d'action par excellence. C'est une ยซย intelligence (ou sagesse) rusรฉeย ยป, ยซย sagesse d'un genre particulier qui n'exclut ni les biais, ni les ruses ni les astucesย ยป (W. Burkert)[87]. Elle la reprend de sa mรจre (ou du moins celle qui aurait dรป l'รชtre), la dรฉesse Mรฉtis, qui personnifie cette compรฉtence, et l'a aussi transmise ร Zeus aprรจs que celui-ci l'ait avalรฉe. Dans les รฉpopรฉes homรฉriques et son hymne homรฉrique, elle est dite Polymรฉtis (ยซย qui a beaucoup de mรจtisย ยป/ยซย aux nombreuses rusesย ยป/ยซย qui a plus d'un tour dans son sacย ยป) ou Polyboulos (ยซย aux nombreux conseilsย ยป/ยซย de bon conseilย ยป)[91]. Cela se manifeste par sa grande intelligence et aussi sa grande habilitรฉ technique, en particulier sa compรฉtence dans l'artisanat, et aussi sa proximitรฉ avec Ulysse, le hรฉros rusรฉ par excellence[1]. Cet aspect de la dรฉesse, qui ne se retrouve pas dans ses รฉpiclรจses cultuelles[92], est surtout rรฉvรฉlรฉ par la confrontation des fonctions exercรฉes par Athรฉna ร celles d'autres dieux agissant dans les mรชmes domaines, en particulier Posรฉidon, incarnation des forces de la nature imprรฉvisiblesย : dans le domaine maritime, Posรฉidon agite et calme les flots, alors qu'Athรฉna inspire les pilotes et les constructeursย ; dans le domaine hippique, Posรฉidon reprรฉsente la fougue des chevaux, qu'il apaise ou dรฉchaรฎne, tandis qu'Athรฉna est plus du cรดtรฉ de leur maรฎtrise, en รฉtant du cรดtรฉ de leurs dresseurs et cavaliers[93],[94],[95].
W. Burkert considรจre de son cรดtรฉ que le dรฉnominateur commun des diffรฉrentes compรฉtences de la dรฉesse est ยซย la force de la civilisationย : la juste division des rรดles chez les femmes, les artisans, les guerriers, et le savoir organisationnel qui en permet l'accomplissement.ย ยป C'est pour cela qu'elle offre ร Athรจnes l'olivier cultivรฉ et non l'olivier sauvage. Elle n'est donc pas une incarnation des forces de la nature[96].
Autres pouvoirs et fonctions
modifierEn raison de ses compรฉtences larges, Athรฉna donne l'impression de pouvoir se mรชler de tout et s'est vu attribuer par diffรฉrents chercheurs des fonctions dans de nombreux domaines[97]. En pratique, la plupart de ces propositions peuvent รชtre รฉcartรฉes en rattachant ces supposรฉes compรฉtences ร d'autres modes d'intervention dรฉjร รฉvoquรฉs. Dans d'autres cas, les implications de certaines รฉpithรจtes de la dรฉesse restent obscures, notamment parce qu'elles sont isolรฉes et trรจs peu documentรฉes, en particulier quand elles se trouvent hors d'Athรจnes. Cela indique ร tout le moins que la dรฉesse est vรฉnรฉrรฉe de bien des diffรฉrentes maniรจres dans le monde grec, certaines s'รฉloignant de ses domaines d'intervention habituels[98]. Dans le contexte athรฉnien, les pouvoirs de la dรฉesse semblent dรฉborder vers les domaines d'autres divinitรฉs (santรฉ, fertilitรฉ, รฉducation, mariage), en raison de son rรดle plus gรฉnรฉral de dรฉesse tutรฉlaire et de premiรจre bienfaitrice de la citรฉ et de ses habitants[99].
Il a pu รชtre avancรฉ que la dรฉesse avait un rรดle dans l'agriculture et la fertilitรฉ, notamment en raison de sa supposรฉe prรฉsence dans des rites agraires et son lien avec l'olivier[100], mais il n'y a pas de preuve en ce sens[101]. La dรฉesse n'a pas normalement des aspects similaires ร ceux de Dรฉmรฉter dans la croissance des plantes (sauf peut-รชtre par endroits, hors d'Athรจnes[102]). Elle intervient plutรดt dans ce domaine en tant que protectrice de la citรฉ[103] ou encore par son savoir technique qui lui permet de confectionner des outils agricoles[104].
Le lien du domaine avec le domaine maritime est รฉgalement indirect. Ceux qui prennent la mer peuvent l'invoquer sous son aspect Soteira ยซย Sauveuseย ยป, comme ils le font pour d'autres divinitรฉs portant la mรชme รฉpiclรจse. Sinon elle apparaรฎt plus dans ce domaine en raison de sa compรฉtence dans les techniques et savoir-faire, pour la construction des bateaux et leur pilotage[105],[94]ย : ยซย Athรฉna se diffรฉrencie de toutes les autres puissances de la mer par une รฉgale capacitรฉ de conduire et de construire le navireย ยป (M. Detienne et J.-P. Vernant)[106].
Il en va de mรชme pour Athรฉna Hippia ยซย du chevalย ยป, interprรฉtรฉe ร la suite de M. Detienne et J.-P. Vernant comme compรฉtente par la maรฎtriseย : ยซย maรฎtrise sur le cheval par le moyen d'un instrument pourvu d'efficacitรฉ (le mors), maรฎtrise de la conduite du char.ย ยป Elle intervient donc pour le dressage et l'harnachement des chevaux, la fabrication et la conduite des chars, lors des courses, tout cela รฉtant lร encore une manifestation de la mรจtis de la dรฉesse[107].
Le cas d'Athรฉna Hygeia ยซย de la santรฉย ยป vรฉnรฉrรฉe sur l'Acropole athรฉnienne est รฉgalement problรฉmatique ร interprรฉter. Faut-il considรฉrer qu'Athรฉna est une dรฉesse de la santรฉย ? Plutarque rapporte certes que la dรฉesse est apparue sous cet aspect ร Pรฉriclรจs, pour lui enseigner la maniรจre de guรฉrir un artisan participant au chantier des Propylรฉes, ce qui correspond au mode d'action d'Asclรฉpios. Mais c'est un cas isolรฉ, et rien de plus n'est connu ร propos de cette Athรฉna guรฉrisseuse[108].
La protection de la dรฉesse semble concerner aussi les nouveau-nรฉs et les accouchements, et pourrait donc faire partie de maniรจre secondaire du groupe des ยซย Kourotrophesย ยป. Il existe une tradition selon laquelle elle aurait aidรฉ Lรฉtรด lors de la naissance d'Apollon. Selon S. Deacy elle interviendrait plus prรฉcisรฉment dans le cas des naissances difficiles et inhabituelles, comme celle d'รrichthonios son fils adoptif, et รฉvidemment sa propre naissance. Cela reflรฉterait sa capacitรฉ ร rendre possible ce qui paraรฎt impossible[109]. Euripide (Ion, 20-26, 1427-1429) mentionne le fait qu'on faisait porter ร des bรฉbรฉs athรฉniens des amulettes en forme de serpents, comme ยซย don d'Athรฉnaย ยป[110], mais dans l'ensemble il n'y a quasiment pas de documents de cette citรฉ qui relient la dรฉesse ร une telle fonction[111]. L'Athรฉna Mรฉter ยซย mรจreย ยป que dรฉcouvre Pausanias (V, 3, 2) ร รlis pourrait renvoyer ร cela[110],[112], autrement elle est รฉnigmatique[1]. On connaรฎt aussi l'existence d'une Athรฉna Lochia, ยซย de l'enfantementย ยป, รฉpiclรจse d'ordinaire portรฉe par Artรฉmis[113].
Mythes et littรฉrature
modifierAthรฉna et les poรจtes
modifierPar la diversitรฉ de ses compรฉtences et champs d'intervention, aussi ses inclinations plutรดt bienveillantes envers les mortels, Athรฉna a beaucoup inspirรฉ les poรจtes. C'est par leurs ลuvres que les mythes la concernant (et leurs diffรฉrentes variantes) sont principalement connus. L'art fournit aussi des informations apprรฉciables, en particulier sur des sujets moins abordรฉs par la littรฉrature (notamment ร propos de la Gigantomachie). Il faut y ajouter les compilations mythographiques tardives, en premier lieu la Bibliothรจque du Pseudo-Apollodore, ou les mythes locaux rapportรฉs dans la Description de la Grรจce de Pausanias.
Athรฉna figure dรฉjร en bonne place dans les รฉpopรฉes d'Homรจre[114] (Iliade et Odyssรฉe, sans doute datรฉes de la seconde moitiรฉ du VIIIeย siรจcleย av. J.-C.) et d'Hรฉsiode (Thรฉogonie, Les Travaux et les Jours, premiรจre moitiรฉ du VIIeย siรจcleย av. J.-C.). Ces poรจtes la connaissent dรฉjร comme une dรฉesse guerriรจre, fille prรฉfรฉrรฉe de Zeus, avec son mythe de naissance atypique et ses รฉpithรจtes poรฉtiques caractรฉristiques. Homรจre dรฉveloppe son rรดle de protectrice des hรฉros, et รฉvoque plusieurs de ses manifestations aux humains (รฉpiphanies). Elle fait ensuite l'objet de deux hymnes homรฉriques (qui ne sont pas lโลuvre d'Homรจre), est รฉvoquรฉe dans plusieurs compositions du poรจte lyrique Pindare (v. 518-438 av. J.-C.), compositions qui cรฉlรจbrent ร leur tour les divers aspects de la dรฉesse, notamment son rรดle martial, et ses รฉpiphanies. Athรฉna intervient dans plusieurs piรจces des poรจtes tragiques athรฉniens puisqu'elle monte sur scรจne dans sept piรจces, comme le dรฉbut de l'Ajax de Sophocle, le prologue des Troyennes d'Euripide ainsi que divers deus ex machina de ses piรจces, et surtout dans Les Eumรฉnides d'Eschyle dont elle est un des personnages principaux. Elle y apparaรฎt surtout en tant que protectrice d'Athรจnes et des Athรฉniens, aussi ร travers son lien ร Zeus et au patriarcat. Les grands auteurs de l'รฉpoque hellรฉnistique continuent ร l'รฉvoquerย : elle est une divinitรฉ protectrice de Jason et ses Argonautes dans les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes (IIIeย siรจcleย av. J.-C.), principal poรจme รฉpique de la pรฉriode, et Callimaque de Cyrรจne (IIIeย siรจcleย av. J.-C.) lui consacre un de ses hymnes, lโHymne au bain de Pallas qui met en scรจne le bain de sa statue et son รฉpiphanie, รฉvoquant au passage certains de ses mythes (Tirรฉsias). Athรฉna fait รฉgalement l'objet d'un hymne orphique cรฉlรฉbrant son rรดle de mรจre de la guerre et des arts. ร l'รฉpoque romaine impรฉriale, Aelius Aristide (IIeย siรจcle de notre รจre) lui consacre un hymne en prose avec une conclusion allรฉgorique dans laquelle la dรฉesse est la puissance (dynamis) de Zeus et la phronesis, reprenant ainsi les dรฉveloppements philosophiques la concernant. La littรฉrature latine est รฉgalement importante pour connaรฎtre les mythes relatifs ร Athรฉna, notamment Varron et Ovide[115],[116].
Naissance
modifierAthรฉna est la fille de Zeus et de Mรฉtis (une Ocรฉanide), dรฉesse de la raison, de la prudence, de la stratรฉgie militaire et de la sagesse, et premiรจre รฉpouse de Zeus selon Hรฉsiode (Thรฉogonie, 886-900). Ouranos, le Ciel รฉtoilรฉ, prรฉvient Zeus qu'un fils, nรฉ de Mรฉtis, lui prendrait son trรดne. Par consรฉquent, dรจs qu'il apprend que Mรฉtis est enceinte, Zeus prend le parti de l'avaler. Quelques mois plus tard, il ressent de terribles maux de tรชte. Il demande alors ร Hรฉphaรฏstos (remplacรฉ dans des variantes par Promรฉthรฉe, ou Hermรจs ou un daimรดn nommรฉ Palaimon) de lui ouvrir le crรขne d'un coup de hache, pour le libรฉrer de ce malย : c'est ainsi qu'Athรฉna jaillit de la tรชte de Zeus en poussant un puissant cri de guerre, brandissant sa lance et son bouclier. Si avec le temps le rรดle de Mรฉtis en tant que mรจre d'Athรฉna disparaรฎt des rรฉcits, en revanche l'รฉpisode de la naissance de la dรฉesse sortant de la tรชte de Zeus est trรจs populaire dans l'art et dans la littรฉrature[83],[117],[118]. Par exemple, Lucien de Samosate (IIeย siรจcle ap. J.-C.) en fait une relecture comique sous la forme d'un dialogue entre Zeus et Hรฉphaรฏstos, qui s'รฉprend alors de la dรฉesseย :
ยซย ZEUS โ Frappe seulement, Hรฉphaรฏstos, et hardiment. Je sais l'avantage qui doit m'en revenir.
HรPHAรSTOS โ C'est malgrรฉ moiย ; mais je vais frapper. Car que faire, quand tu commandesย ? Qu'est-ce lร ย ? Une jeune fille armรฉe. Grand รฉtait le mal que tu avais dans la tรชte, Zeus. En tous cas, il รฉtait naturel que tu fusses irritable, quand tu portais vivante sous ta mรฉninge une si grande fille, et toute armรฉe. C'est un camp, non une tรชte que tu avais, et tu ne t'en doutais pas. Et la voilร qui saute et dans la pyrrhique (danse en armes), secoue son bouclier, brandit sa lance, dans un transport divin, et, ce qui est le plus surprenant, je la vois devenue en un instant parfaitement belle et dans la fleur de l'รขgeย ; elle a les yeux glauques, mais c'est une beautรฉ de plus pour la jeune fille. Aussi je te la demande en rรฉcompense de ton accouchementย ; fiance-la moi tout de suite.
ZEUS โ Tu demandes l'impossible, Hรฉphaรฏstosย ; car elle est dรฉcidรฉe ร garder sa virginitรฉ. En tout cas, pour moi, je n'ai pas d'objection ร te faire.ย ยป
โย Lucien de Samosate (trad. ร. Chambry, ร. Marquis et A. Billault), Dialogues des dieux, 225-226[119].
Il existe des variantes au mythe, notamment une dans laquelle Zeus donne naissance ร Athรฉna par ses propres moyens[120],[87].
En tout cas par la suite Athรฉna est considรฉrรฉe comme la fille de Zeus seul. Dรฉjร chez Homรจre dit que lui seul a donnรฉ naissance ร sa fille (Iliade V, 875)[87]. Chez Eschyle (Les Eumรฉnides, 736), elle-mรชme dรฉclare qu'elle n'a pas eu de mรจre pour lui donner la vie[121].
L'arbre ci-dessous dรฉcrit l'ascendance d'Athรฉna. Celui-ci est basรฉ sur les รฉcrits du poรจte grec Hรฉsiode ainsi que sur la Bibliothรจque d'Apollodore.
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| Cronos | ย | Rhรฉa | ย | Ocรฉan(os) | ย | Thรฉthys | |||||||||||||||||||||||
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La Gigantomachie
modifierDรฉesse combattante, elle joue un rรดle important dans la Gigantomachie, le grand conflit qui oppose les dieux olympiens aux Gรฉants. Ce mythe apparaรฎt d'abord dans des allusions dans des poรจmes ainsi que des reprรฉsentations dans la cรฉramique attique et la sculpture. Il faut attendre le Pseudo-Apollodore pour en avoir un rรฉcit plus dรฉtaillรฉ. Athรฉna assiste notamment Hรฉraclรจs, dont le rรดle est primordial dans le combat car une prophรฉtie veut que seul un mortel puisse achever les Gรฉantsย : il est donc prรฉsent pour les abattre d'un coup de flรจche. Athรฉna s'illustre en dรฉfaisant les Gรฉants Pallas et Encelade. Le premier est รฉcorchรฉ, et elle se sert de sa peau pour s'en faire une cuirasse. Le second est vaincu en l'immobilisant en lui jetant la Sicile dessus. Le poรจte latin Claudien ajoute un dรฉtail au rรฉcit de combatย : la dรฉesse emploie la tรชte de la Gorgone pour changer ses adversaires en pierre[83],[122].
Mythologie athรฉnienne
modifierLe lien spรฉcial entre Athรฉna et la citรฉ d'Athรจnes a donnรฉ lieu ร plusieurs mythes fondateurs donnant une origine ร cette relation, expliquant comment plusieurs cultes essentiels dans la vie de la citรฉ ont รฉtรฉ instaurรฉs. Ils participent plus largement ร forger une identitรฉ et une mรฉmoire collectives pour les Athรฉniens[123]. Y sont associรฉs des hรฉros et hรฉroรฏnes, qui disposent pour plusieurs de cultes sur l'Acropole aux cรดtรฉs de la dรฉesse[124],[125].
Un premier mythe rapporte comment Athรฉna et Posรฉidon se sont disputรฉ la possession de l'Attique. Ils choisissent comme arbitre Cรฉcrops, le premier roi du territoire. Posรฉidon frappe l'Acropole de son trident et en fait jaillir un รฉtalon noir invincible au combat, ou, dans d'autres lรฉgendes, une source d'eau salรฉe. Athรฉna, quant ร elle, offre un olivier domestique. Cรฉcrops juge le prรฉsent de la dรฉesse bien plus utile pour son peuple. Athรฉna devient alors la protectrice d'Athรจnes[126],[127],[128],[129]. Selon Varron[130], Cรฉcrops demande aux habitants d'Athรจnes (les femmes comprises) de choisir eux-mรชmes leur protecteur. Les hommes prรฉfรจrent le cheval, susceptible de leur apporter la victoire dans la bataille. Les femmes prรฉfรจrent l'olivier. Les femmes, plus nombreuses d'une voix, font pencher la balance en faveur d'Athรฉna. Furieux, Posรฉidon submerge l'Attique sous les flots. Pour apaiser sa colรจre, les Athรฉniens doivent imposer aux femmes trois punitionsย : elles n'auront plus le droit de vote, aucun enfant ne portera le nom de sa mรจre et elles ne seront plus appelรฉes Athรฉniennes.
Par la suite, Athรฉna รฉlรจve un autre roi mythique, รrichthonios (souvent confondu avec รrechthรฉe, qui est un de ses successeurs, les deux pouvant รชtre issus d'une figure plus ancienne dรฉdoublรฉe avec le temps). Il est nรฉ d'Hรฉphaรฏstos, lorsqu'il tente sans y arriver de violer Athรฉna, que son sperme est projetรฉ sur la jambe de la dรฉesse, laquelle l'essuie de dรฉgoรปt et le fait tomber sur la Terre, qui s'en trouve fรฉcondรฉe. Athรฉna recueille l'enfant des bras de Gaia, la Terre, afin de l'รฉlever. Elle le confie aux filles de Cรฉcrops, mais le place dans une boรฎte avec des serpents pour le garder avec ordre de ne pas l'ouvrir. Elles le font tout de mรชme, et, saisies d'effroi, se prรฉcipitent du haut de l'Acropole. L'histoire comprend diverses variantes, qui ne s'accordent pas sur l'identitรฉ des victimes parmi les filles de Cรฉcrops, ร savoir Aglaure, Pandrose et Hersรฉ (les deux premiรจres ayant chacune un lieu de culte sur l'Acropole)[47],[131].
รrichthonios monte par la suite sur le trรดne d'Athรจnes. Les Athรฉniens en ont retenu le fait qu'ils รฉtaient ยซย nรฉs de la terreย ยป, autochthonos, et non venus d'ailleurs, ce qui leur confรฉrait une relation spรฉciale avec leur pays. Le lien entre รrichthonios et Athรฉna est aussi ce qui le rapproche le plus d'un fils de cette dรฉesse, qui n'avait pas d'enfants puisqu'elle restait vierge, et crรฉait une relation spรฉciale entre les Athรฉniens et la dรฉesse. Selon la lรฉgende, รrichthonios dresse pour Athรฉna l'รrechthรฉion, le plus ancien sanctuaire de l'Acropole, oรน il sculpte une statue de la dรฉesse en bois d'olivier. Il crรฉe รฉgalement en son honneur les Panathรฉnรฉes, la plus grande fรชte religieuse d'Athรจnes[132],[133].
Encore plus tard, la rivalitรฉ entre Athรฉna et Posรฉidon fait son retour sous le rรจgne d'รrechthรฉe, lors de la guerre opposant les Athรฉniens et les รleusiniens emmenรฉs par Eumolpos fils de Posรฉidon. Le roi athรฉnien reรงoit un oracle delphique prรฉdisant qu'il ne gagnerait que s'il sacrifiait une de ses filles. Celles-ci l'apprenant, elles promettent de toutes se suicider si l'une d'elles รฉtait immolรฉe. C'est ce qui se passe, et รrechthรฉe conduit ses troupes ร la victoire, tuant lui-mรชme Eumolpos. De rage, Posรฉidon l'abat d'un coup de trident. Athรฉna intervient alors en instaurant un culte hรฉroรฏque pour les princesses sacrifiรฉes, faisant de leur mรจre sa prรชtresse, et constitue un culte conjoint ร รrechthรฉe et ร Posรฉidon (qui se dรฉroule dans l'รrechthรฉion)[134],[135].
Cycle troyen
modifierAthรฉna intervient ร plusieurs reprises dans le cycle troyen. Elle est une des participantes lors du jugement de Pรขris qui est ร l'origine du conflit, lors duquel le futur prince troyen choisit Aphrodite et Hรฉlรจne. De ce fait, bien que Troie dรฉtienne sa statuette protectrice, le Palladion, elle intervient du cรดtรฉ des Achรฉens, en particulier Diomรจde, Ulysse, Achille et Mรฉnรฉlas[83].
Plusieurs passages des รฉpopรฉes homรฉriques mentionnent ses apparitions aux humains (รฉpiphanies), sous l'aspect d'un รชtre humain dont elle usurpe l'identitรฉ, ou une manifestation miraculeuse, interventions directes de la dรฉesse afin de faire basculer le cours de l'histoire. Ainsi dans un passage de lโIliade (IV, 75-84 et sq.) elle descend sur terre sous l'apparence d'une รฉtoile filante visible de tous, pour se mรชler aux troupes, ร leur insu, sous l'apparence d'un guerrier troyen et ainsi dรฉclencher les hostilitรฉs. Autrement ses apparitions sont surtout pour ses favoris, avec lesquels elle entretient une relation plutรดt familiรจre par rapport aux autres[136]. Lorsqu'Achille s'apprรชte ร attaquer Agamemnon lors de la querelle les opposant ร propos de la captive Brisรฉis, elle l'attrape par les cheveux et apparaรฎt ร lui seul afin de calmer ses ardeurs, et celui-ci s'exรฉcute immรฉdiatement aprรจs une discussion avec la dรฉesse (Iliade, I, 188-222)[54].
Elle (Athรฉna) vint derriรจre lui (Achille) et saisit les cheveux blonds du fils de Pรฉlรฉe,
en se manifestant ร lui seul. Aucun des autres ne la voyait.
Achille fut stupรฉfait, il se retourna et reconnut aussitรดt
Pallas Athรฉna. Les yeux de la dรฉesse prirent une apparence terrifiante.
โย Homรจre (trad. P. Judet de La Combe), Iliade, I, 197-200[137].
Elle joue encore un rรดle majeur ร la fin du conflit, cette fois-ci en dรฉfaveur des Achรฉens, dans un รฉpisode รฉvoquรฉ par Homรจre dans lโOdyssรฉe et par des sources postรฉrieures. Ajax le Petit commet l'acte sacrilรจge d'enlever Cassandre dans le temple d'Athรฉna et de la violer. La dรฉesse exerce sa vengeance contre les Achรฉens, suscitant la discorde entre Agamemnon et Mรฉnรฉlas, qui provoque la scission des troupes qui repartent sรฉparรฉment. Elle rรจgle ses comptes avec Ajax le Petit alors qu'une partie de la flotte achรฉenne fait voile vers la Grรจce, รฉpisode qui a fait l'objet de diffรฉrents rรฉcits. Il est notamment rapportรฉ que la dรฉesse abat le coupable d'un coup d'รฉclair (empruntรฉ ร Zeusย ?), et qu'elle reรงoit l'appui de Posรฉidon[138].
Dans lโOdyssรฉe elle intervient ร plusieurs reprises pour soutenir Ulysse et son fils Tรฉlรฉmaque. C'est elle qui suggรจre par un rรชve ร Ulysse d'aller laver son linge dans une riviรจre pour y rencontrer Nausicaa, et le dote pour l'occasion d'une beautรฉ qui trouble la jeune fille. C'est ร sa demande que Zeus ordonne ร Calypso de laisser Ulysse repartir de son รฎle[83]. Lorsqu'il repose les pieds ร Ithaque (XIII, 221-310), elle l'approche sous la forme d'un berger pour le rassurer, mais devant sa mรฉfiance la dรฉesse change son apparence pour celle d'une belle femme experte en tissage, ce qui permet ร Ulysse de la reconnaรฎtre[54].
Protectrice des hรฉros
modifierAthรฉna intervient souvent dans les rรฉcits รฉpiques en tant que protectrice des hรฉros, ce qui a manifestement un lien avec son statut de dรฉesse guerriรจre et aussi de patronne de rites de passage de jeunes guerriers[53]. Dans les รฉpopรฉes homรฉriques, elle est plus particuliรจrement proche d'Achille, de Diomรจde et d'Ulysse, aussi de Tรฉlรฉmaque, les conseille et les assiste lors des combats, parfois en augmentant leur force[139],[54],[3],[55]. Ulysse prรฉsente de nombreuses affinitรฉs avec elle car c'est au surplus un homme ingรฉnieux et rusรฉ, rivalisant ร l'occasion avec elle en traits d'esprit et ruses[139], qui manifestent leur mรจtis[140].
Dans d'autres rรฉcits, elle fournit son aide ร d'autres hรฉros par son expertise guerriรจre et technique, par des conseils ou une intervention directe. Hรฉraclรจs reรงoit son secours lors de ses Travauxย : elle lui fournit les cymbales d'airain qui effraient les oiseaux du lac Stymphale, elle l'accompagne lorsqu'il ramรจne Cerbรจre des Enfers, elle lui offre les pommes d'or des Hespรฉrides. Les deux ont un lien particulier car ils partagent le mรชme pรจre, Zeus (Iliade, VII, 362 et sq.)[141]. Elle assiste aussi Thรฉsรฉe et Persรฉe, ce dernier (un autre fils de Zeus) recevant son appui lors de son combat contre Mรฉduse[41]. Elle apparaรฎt en rรชve ร Bellรฉrophon et lui fait don du mors pour l'aider ร dompter Pรฉgase[41],[142]. Elle soutient Jason et les Argonautes, en prรฉsidant ร la construction de leur nef l'Argo et en les sauvant lorsqu'ils sont immobilisรฉs par des rochers (Argonautiques II, 255 et sq.)[41], et en appuyant le premier pilote de l'Argo, Tiphys[143]. Elle aide aussi le roi calydonien Tydรฉe, cherchant ร le rendre immortel sans succรจs. Selon une tradition que rapporte en premier Pindare (Nรฉmรฉennes, X, 7), elle serait au moins parvenue ร rendre immortel son fils Diomรจde, autre de ses protรฉgรฉs[144].
Courroux, luttes et vengeances
modifierLe corolaire du soutien apportรฉ par Athรฉna aux hรฉros qu'elle apprรฉcie, et de son attitude gรฉnรฉralement bienveillante envers les humains, est la vengeance impitoyable qu'elle fait subir ร ceux qui l'ont dรฉfiรฉe et outragรฉe, comme รฉvoquรฉ pour la punition infligรฉe ร Ajax le Petit. Pour expier le sacrilรจge commis par leur prince, les Locriens doivent envoyer deux jeunes filles pour servir dans le temple troyen d'Athรฉna jusqu'ร la fin de leurs jours (les ยซย Vierges locriennesย ยป)[145]. L'arcadien Ornytos, qui n'รฉcoute pas ses conseils lorsqu'elle lui apparaรฎt sous l'apparence d'un homme pour le dissuader de rebrousser chemin avec ses troupes, et la blesse ร la cuisse, se voit infliger une รฉpidรฉmie qui ravage sa patrie[146]. Mais dans plusieurs cas la vengeance de la dรฉesse est tempรฉrรฉe par une compensation qu'elle octroie aux victimesย : Athรฉna rend aveugle Tirรฉsias parce qu'il l'a vue se baigner, mais elle lui offre un pouvoir divinatoire sans pareil[147].
Il a รฉtรฉ relevรฉ que la colรจre d'Athรฉna s'exerce souvent contre des femmes, quoi que lร encore des compensations soient offertes ร ses victimes. Ces rรฉcits sont surtout dรฉveloppรฉs dans la littรฉrature latine (Ovide, Servius). Ainsi, la tisseuse Arachnรฉ qui prรฉtend รชtre meilleure que la dรฉesse dans son art, finalement transformรฉe en araignรฉe. Myrmix qui veut mettre ร son propre crรฉdit l'invention de l'araire, alors que celle-ci avait รฉtรฉ crรฉรฉe par la dรฉesse, est transformรฉe en fourmi. Mรฉduse se voit infliger l'apparence horrible de Gorgone parce qu'elle avait eu une relation sexuelle avec Posรฉidon dans un temple d'Athรฉna. Le Pseudo-Apollodore รฉvoque รฉgalement comment elle tue accidentellement son amie d'enfance Pallas, fille de Triton[55]. Ce dernier mythe fait รฉcho ร d'autres rรฉcits d'enfance d'Athรฉna, renvoyant plutรดt ร son aspect guerrier, qui relatent comment la dรฉesse aurait involontairement causรฉ la mort d'autres femmes, avant de perpรฉtuer la mรฉmoire de la victime en reprenant son nom ou son attribut[148].
Attributs et iconographie
modifierComme la plupart des divinitรฉs grecques, Athรฉna dispose d'attributs qui reflรจtent ses pouvoirs et domaines d'intervention, aussi certaines de ses caractรฉristiques telles que sa masculinisation, et permettent de l'identifier dans l'art. Elle est sans doute la dรฉesse qui en a le plus ร son actif[149].
Une dรฉesse en armes
modifierEn tant que dรฉesse guerriรจre, Athรฉna est une dรฉesse armรฉe, souvent reprรฉsentรฉe avec son casque, sa lance ou son javelot et son bouclier[150]. La statuette protectrice appelรฉe Palladion (ยซย Petite Pallasย ยป) est censรฉe la reprรฉsenter en guerriรจre[28].
Elle dispose de l'รฉgide, symbole d'invulnรฉrabilitรฉ partagรฉe avec Zeus, une peau de chรจvre que la dรฉesse peut porter ร la maniรจre d'un (sur)vรชtement pour se protรฉger et brandir pour inspirer la terreur ร ses adversaires[151],[96],[150]. Dans l'art, elle est souvent reprรฉsentรฉe sous une forme combinant la cuirasse et le manteau, avec des motifs de serpent sur la frange et souvent la tรชte de la Gorgone[152].
En effet son autre arme redoutable est le Gorgonรฉion, masque de mรฉduse souvent portรฉ sur un bouclier ou sur l'รฉgide, pรฉtrifie ceux qui croisent son regard[150].
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Mรฉdaillon de la ยซย Coupe d'Aisonย ยป, dรฉtailย : Athรฉna casquรฉe portant l'รฉgide, avec le masque de Gorgone. Musรฉe national archรฉologique d'Athรจnes.
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Athรฉna Farnรจse, statue de la dรฉesse ร l'รฉgide sous la forme d'une cuirasse bordรฉe de serpents avec le masque de Gorgone. Musรฉe archรฉologique national de Naples.
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Athรฉna et son รฉgide, ici sous la forme d'une tunique en peau de chรจvre bordรฉe de serpents. Statue conservรฉe au Musรฉe de l'Acropole d'Athรจnes.
Un passage de l'Iliade dรฉcrit comment la dรฉesse s'รฉquipe avant de partir au combat, avec l'รฉgide, sa lance, son casque et son char, lui donnant une allure redoutableย :
(Athรฉna) entra dans la tunique de Zeus assembleur de nuages,
se cuirassa d'armes pour la guerre qui fait pleurer.
Autour des รฉpaules elle jeta l'รฉgide et ses franges,
une terreur que de tous cรดtรฉs Dรฉroute couronne.
Lร , il y a Querelle, il y a Force et la glaรงante Poursuite.
Lร , surtout, il y a la tรชte gorgonรฉenne du monstre terrible,
terreur et รฉpouvante, prodige de Zeus qui tient l'รฉgide.
Sur sa tรชte, elle posa, bordรฉ de cimiers, un casque ร quatre pans,
en or, oรน s'ajointaient les lourds guerriers de cent villes.
D'un pas, elle monta sur le char flamboyant, et prit la lance,
lourde, immense, compacte, avec laquelle elle mate les rangs
des hรฉros contre qui s'irrite la fille d'un puissant pรจre.
โย Homรจre (trad. P. Judet de La Combe), Iliade, V, 735-757[153].
Les animaux d'Athรฉna
modifierLa dรฉesse Athรฉna est associรฉe ร plusieurs animaux.
Son animal-attribut le plus courant est la chouette (chevรชche d'Athรฉna), qui est en quelque sorte son animal de compagnie[150]. Elle est en particulier reprรฉsentรฉe sur les monnaies athรฉniennes et les deux sont ร plusieurs reprises associรฉes dans l'art[154].
Sur l'Acropole athรฉnienne, elle est associรฉe au serpent qui garde le rocher[150].
Parmi les autres animaux qui lui sont associรฉs se trouve le Sphinx, et, en Messรฉnie voire en Bรฉotie, le corbeau[150].
L'olivier
modifierL'olivier, plus prรฉcisรฉment sous sa forme domestique, lui est associรฉ en lien avec le mythe qui lui fait affronter victorieusement Posรฉidon et en fait la protectrice d'Athรจnes. Cet olivier primordial est prรฉsent sur l'Acropole oรน il symbolise la permanence de la citรฉ, son ancrage dans son territoire, peut-รชtre aussi la protection de la citรฉ. La statue de la dรฉesse de l'รrechthรฉion d'Athรจnes a รฉtรฉ sculptรฉe dans du bois d'olivier[155],[156]. La branche d'olivier figure sur les monnaies athรฉniennes, ร cรดtรฉ de la chouette[40].
Images d'Athรฉna
modifierAthรฉna a stimulรฉ l'inspiration des artistes grecs au moins autant qu'elle l'a fait pour les รฉcrivains. Elle est reprรฉsentรฉe dans les diffรฉrentes formes d'art connues de l'Antiquitรฉ grรฉco-romaineย : statues, statuettes, sculpture sur pierre en bas- et haut-relief, figurines et plaques en terre cuite, cรฉramique peinte, monnaies, monnaies, sceaux, intailles, etc. Parmi ce corpus, il est possible de distinguer les reprรฉsentations isolรฉes de la dรฉesse, notamment dans la statuaire, et celles oรน elle apparaรฎt dans des scรจnes narratives, notamment mythologiques, en compagnie d'autres divinitรฉs et de hรฉros.
Le type ยซย Palladionย ยป doit son nom ร la statuette d'Athรฉna รฉvoquรฉe dans lโIliade, qui confรจre ร la citรฉ qui la possรจde la protection de la dรฉesse, et que plusieurs localitรฉs revendiquent. Sa description est donnรฉe par le Pseudo-Apollodore (Bibliothรจque 3, 12, 3) qui indique que le Palladion d'Ilion (Troie) porte une lance dans une main, et une quenouille dans l'autre, symbolisant donc ร la fois l'aspect guerrier et l'aspect artisan de la dรฉesse. Dans la terminologie moderne, on dรฉsigne par le terme Palladion des reprรฉsentations de la dรฉesse en position immobile, pieds joints, gรฉnรฉralement armรฉe, et aussi des reprรฉsentations moins rigides annonรงant la Promachos[157].
Le type ยซย Promachosย ยป doit son nom, signifiant ยซย celle qui combat au premier rangย ยป ou ยซย championneย ยป, ร la statue monumentale en bronze de Phidias rรฉalisรฉe pour commรฉmorer la victoire des Guerres mรฉdiques et placรฉe ร l'entrรฉe de l'Acropole d'Athรจnes. Son aspect exact n'est pas connu. Les historiens de l'art dรฉsignent par ce terme des reprรฉsentations de la dรฉesse dans lesquelles elle est reprรฉsentรฉe armรฉe et en action, les pieds non joints, une jambe vers l'avant (alors que le Palladion est une reprรฉsentation plus statique), souvent en train de brandir sa lance[158].
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Statuette en bronze de type ยซย Palladionย ยป, VIeย siรจcleย av. J.-C. Walters Art Museum.
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Diomรจde et Ulysse dรฉrobant le Palladion. ลnochoรฉ ร figures rouges apulien, vers 360-350 av. J.-C. Musรฉe du Louvre.
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Statue d'Athรฉna dans une posture ยซย Promachosย ยป. Fronton ouest du temple d'Aphaรฏa ร รgine, dรฉbut Veย siรจcleย av. J.-C. Glyptothรจque de Munich.
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Athรฉna ยซย Promachosย ยป sur une amphore panathรฉnaรฏque (v. 490 av. J.-C.) mise au jour ร Vulci. Antikensammlung Berlin.
La statue d'Athรฉna la plus cรฉlรจbre est l'Athรฉna Parthรฉnos (ยซย jeune filleย ยป) rรฉalisรฉe par le sculpteur le plus rรฉputรฉ de l'รฉpoque classique, Phidias, entre 447/6 et 439/8 av. J.-C. et placรฉe dans le Parthรฉnon. Rรฉalisรฉe au moment de l'apogรฉe de la puissance athรฉnienne dominant la Ligue de Dรฉlos, avec les richesses acquises par la citรฉ, elle peut รชtre vue comme une auto-reprรฉsentation de l'Athรจnes hรฉgรฉmonique triomphante. Elle reprรฉsente la dรฉesse portant la Victoire Nikรฉ, posture dite ยซย nicรฉphoreย ยป, inspirรฉe de la statue de l'Apollon de Dรฉlos. C'est une ลuvre monumentale, puisqu'elle mesure 12 mรจtres de haut. Elle est aussi luxueuse, ยซย chrysรฉlรฉphantineย ยป, principalement rรฉalisรฉe en or et en ivoire. Son aspect est surtout connu par quelques descriptions textuelles, et des copies en taille rรฉduite de plus ou moins bonne facture, comme l'Athรฉna du Varvakรฉion ou l'Athรฉna Lenormant, ainsi que des reprรฉsentations sur des petits objets gravรฉs, comme des monnaies et des mรฉdaillons[59],[159].
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Athรฉna de Varvakรฉion. Musรฉe national archรฉologique d'Athรจnes.
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Athรฉna Lenormant. Musรฉe national archรฉologique d'Athรจnes.
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Athรฉna Parthรฉnos du palais Altemps (avec quelques restaurations du XVIIeย siรจcle).
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Drachme d'Athรจnes reprรฉsentant l'Athรฉna Parthรฉnos. IIIeย siรจcleย av. J.-C., Musรฉe Numismatique dโAthรจnes.
Parmi les autres reprรฉsentations de l'รฉpoque classique, la Pallas de Velletri du Louvre est une copie d'รฉpoque romaine ร partir d'un original attribuรฉ ร Crรฉsilas et datรฉe des alentours de 430, oรน la dรฉesse casquรฉe tient une lance de la main droite, levรฉe, et a la main gauche paume ouverte, pour tenir une coupe ou une statuette de Nikรฉ. On lui connaรฎt plusieurs rรฉpliques. Un type voisin est l'ยซย Athรฉna de Cherchellย ยป. Certains y voient des possibles rรฉpliques de l'Athรฉna Hรฉphaรฏsteia attribuรฉe ร Alcamรจne (v. 430/420), mais l'original pourrait รชtre lรฉgรจrement plus tardif[160],[161]. D'autres types de la seconde moitiรฉ du Veย siรจcleย av. J.-C. sont ceux des Athรฉna/Minerve Ince, Albani, Hope-Farnese, parmi lesquelles se trouve peut-รชtre une copie de l'Athรฉna Itonia d'Agoracrite[162], ou l'ยซย Athรฉna ร la cisteย ยป du Louvre, ainsi nommรฉe parce qu'elle porte de la main gauche une ciste (corbeille) d'oรน s'รฉchappe un serpent[163]. L'Athรฉna du Pirรฉe, en bronze, trouvรฉe en 1959 dans ce port, appartient au mรชme type que l'Athรฉna Mattei (ou Athรฉna pacifique) en marbre exposรฉe au Musรฉe du Louvre. La dรฉesse est reprรฉsentรฉe casquรฉe, tendant une main la paume ouverte pour tenir un attribut (une phialeย ? une statuette de Nikรฉย ? une chouetteย ?). L'original daterait du IVeย siรจcleย av. J.-C. et serait lโลuvre de Cรฉphisodote ou bien Euphranor. La statue du bronze du Pirรฉe pourrait รชtre l'original en question, mais il pourrait s'agir d'une copie plus tardive, du IIeย siรจcleย av. J.-C.[164]. Durant l'รฉpoque hellรฉnistique sont mis au point des types dรฉrivรฉs des prรฉcรฉdents, comme l'Athรฉna ร l'รฉgide oblique de facture classicisante, tandis que l'Athรฉna ร l'รฉgide disposรฉe en croix provenant de Pergame s'inscrit plus dans une veine hellรฉnistique (ยซย รฉclectiqueย ยป)[165],[166].
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Pallas de Velletri. Musรฉe du Louvre.
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Athรฉna de type Cherchell-Ostie. Galleria Borghese.
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Athรฉna ร la ciste (corbeille) avec le serpent รrichthonios. Musรฉe du Louvre.
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Athรฉna du Pirรฉe. Musรฉe archรฉologique du Pirรฉe.
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Athรฉna Mattรฉi. Musรฉe du Louvre.
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Athรฉna ร l'รฉgide en croix. Pergamon Museum.
Il existe aussi des reprรฉsentations de la dรฉesse assise ou trรดnantย : figurines et statuettes, peintures sur vases, monnaies. Pausanias (I, 26, 4) รฉvoque une reprรฉsentation d'Athรฉna par Endoios (v. 530-525) que l'on a rapprochรฉe d'une statue fragmentaire de jeune femme mise au jour sur l'Acropole athรฉnienne. Strabon (XIII, 601) mentionne des statues d'Athรฉna assise ร Phocรฉe, Chios, Massalia et Rome[167].
Les bas-reliefs sur stรจles athรฉniens des Veย โโIVeย siรจcle av. J.-C. fournissent aussi des reprรฉsentations d'Athรฉna sous diffรฉrents aspects. Parmi les ลuvres les plus remarquables se trouve l'Athรฉna ยซย contemplativeย ยป ou ยซย mรฉlancoliqueย ยป, renvoyant peut-รชtre ร un contexte sportif[168].
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Korรจ assise, gรฉnรฉralement reconnue comme l'Athรฉna assise d'Endoios. Musรฉe de l'Acropole d'Athรจnes.
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Athรฉna ยซย contemplativeย ยป, vers 460 avant notre รจre. Musรฉe de l'Acropole d'Athรจnes.
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Stรจle commรฉmorant la loyautรฉ de Samos envers Athรจnes aprรจs la dรฉfaite de la seconde face aux Spartiates ร Aigos Potamos (405). Les deux citรฉs sont symbolisรฉes sur le bas-relief par leurs dรฉesses tutรฉlaires respectives, Hรฉra et Athรฉna, se serrant la main. Musรฉe de l'Acropole d'Athรจnes.
De nombreuses reprรฉsentations d'Athรฉna s'intรจgrent dans des scรจnes narratives reprises de la mythologie grecque et des รฉpopรฉes, et la mettent donc en relation avec d'autres divinitรฉs et des humains. Dรจs l'รฉpoque archaรฏque les vases peints reprรฉsentent la naissance de la dรฉesse, sa participation ร la Gigantomachie, au jugement de Pรขris, ร l'introduction d'Hรฉraclรจs dans l'Olympe. Elle est aussi reprรฉsentรฉe au sein d'assemblรฉes divines, ou bien avec d'autres divinitรฉs, notamment Zeus, Posรฉidon et Hรฉphaรฏstos. Son rรดle de protectrice des hรฉros est รฉgalement une source d'inspiration pour les artistes, par exemple la dรฉcapitation de Mรฉduse par Persรฉe, conseillรฉ par Athรฉna. Elle figure รฉgalement dans des scรจnes rituelles, en Promachos accueillant des processions[169]. Pour l'รฉpoque classique, le programme dรฉcoratif des temples de l'Acropole athรฉnienne domine. Les rรฉalisations les plus cรฉlรจbres sont celles du Parthรฉnonย : sur la frise des Panathรฉnรฉes qui la reprรฉsente avec d'autres divinitรฉs et une Gigantomachie, sur les frontons, dont il ne reste que des fragments, d'un cรดtรฉ sa naissance et de l'autre sa dispute avec Posรฉidon[170],[166]. De cette pรฉriode date aussi le groupe de Myron, situรฉ sur l'Acropole, reprรฉsentant Athรฉna et le satyre Marsyas qui reprend l'aulos que la dรฉesse a dรฉlaissรฉ, connu par des textes et des copies[168],[171].
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Naissance d'Athรฉna qui surgit en armes du crรขne de Zeus, Ilithyie (?) ร droite. Dรฉtail d'une amphore ร figures noires, v. 550-525 av. J.-C.
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Le jugement de Pรขris, dรฉtail d'une amphore ร col attique ร figures noires, v. 540-530 av. J.-C. Metropolitan Museum of Art.
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Athรฉna et Hรฉraclรจs, mรฉdaillon d'un kylix attique ร figures rouges, 480-470 av. J.-C., Vulci. Collections d'Antiquitรฉs de l'รtat bavarois.
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Scรจne de sacrifice ร Athรฉna, dรฉtail d'une amphore ร figures noires, v. 550-540 av. J.-C., Vulci. Antikensammlung Berlin.
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Marsyas, copie premiรจre moitiรฉ Ierย siรจcle de notre รจre et moulage en plรขtre de lโAthรฉna dite ยซย Lancellottiย ยป. Musรฉe grรฉgorien profane.
Relations avec les autres divinitรฉs
modifierComme toute divinitรฉ dโune religion polythรฉiste, Athรฉna est loin dโรชtre un รชtre isolรฉ. Elle entre en relation avec d'autres divinitรฉs aussi bien dans les mythes que dans les rites. Ses fonctions s'รฉclairent particuliรจrement par l'analyse de ses rapports avec certaines divinitรฉs avec lesquelles elle est le plus souvent mise en rapport, que ce soit en complรฉmentaritรฉ ou en opposition. C'est en premier lieu son pรจre Zeus, dont elle est la fille prรฉfรฉrรฉe. Les spรฉcialistes de la religion grecque ont aussi mis en avant ses diffรฉrentes interactions avec Posรฉidon, avec Hรฉphaรฏstos et avec Arรจs. Elles font notamment ressortir le fait qu'Athรฉna est une divinitรฉ de l'intelligence et des techniques, aussi une civilisatrice.
La fille de Zeus
modifierAthรฉna est la fille de Zeus, la divinitรฉ suprรชme des Grecs, le roi des dieux et le plus puissant d'entre eux, ce qui est en soi un gage de grande influence[172]. Qui plus est, il est couramment mis en avant qu'elle entretient une relation spรฉciale avec son pรจre, mรชme parmi ses enfants. Parce qu'elle est nรฉe de lui seul (aprรจs qu'il a avalรฉ sa mรจre Mรฉtis), elle est ยซย celle des enfants de Zeus qui est toute ร lui et de luiย ยป (T. Gantz). Dans le chant V de l'Iliade (880), Arรจs reproche ร Zeus de lui laisser faire ce qu'elle veut parce qu'elle est nรฉe de lui seul. Les รฉpopรฉes homรฉriques en font clairement la fille favorite de Zeus, celle qui le connaรฎt le mieux et qui sait obtenir ses faveurs[8]. Elle l'assiste au combat et accomplit ses dรฉcisions[173], agissant en quelque sorte comme son ยซย bras armรฉย ยป. Ce motif est repris par les poรจtes tragiques athรฉniens, notamment dans Les Eumรฉnides d'Eschyle et Les Troyennes d'Euripide. Son pรจre lui fait tellement confiance qu'il lui prรชte son foudre[174].
Ce lien privilรฉgiรฉ se voit aussi dans le culte, en particulier ร Athรจnes, oรน les deux sont associรฉs en tant que garants du corps social, de la souverainetรฉ et des institutions. Certes Athรฉna est la divinitรฉ principale de la citรฉ, mais son lien avec Zeus est constamment rappelรฉ, ou en arriรจre-plan, de maniรจre ร capter sa grande puissance et son autoritรฉ pour le bien des Athรฉniens, ce qui ressort notamment de la prรฉsence d'un autel ร Zeus Polieus sur l'Acropole, dans le principal sanctuaire d'Athรฉna. Ailleurs, ils sont vรฉnรฉrรฉs conjointement sous des aspects dupliquรฉsย : Athรฉna Boulaia-Zeus Boulaios ร la Boulรจ, Athรฉna Phratria-Zeus Phratrios pour patronner les phratries, Athรฉna Archegetes-Zeus Archegetis invoquรฉs en tant que figures fondatrices, Athรฉna Soteira-Zeus Soter ont une procession lors de la fรชte des Diisoteria, Athรฉna Moria et Zeus Morios protรจgent les oliviers[175],[176]. De la mรชme maniรจre ร Sparte on retrouve des tandems Athรฉna-Zeus pour l'agora (Agoraia/Agoraios), l'accueil des รฉtrangers (Xenia/Xenios) et le Conseil (Amboulia/Amboulios)[65]. Ils sont รฉgalement associรฉs ร Cos et ร Rhodes en tant que figures souveraines et sauveuses[176].
Les artistes athรฉniens reprรฉsentent ร plusieurs reprises Athรฉna en lien avec son pรจre, par le motif rรฉpandu de sa naissance, ou encore lors de la Gigantomachie et l'immortalisation d'Hรฉraclรจs, le hรฉros divinisรฉ leur รฉtant souvent associรฉ[177].
Une dรฉesse vierge
modifierAthรฉna est une des dรฉesses vierges, comme Artรฉmis et Hestia. Cela ressort de son รฉpithรจte Parthenos, qui dรฉsigne la jeune fille en รขge d'รชtre mariรฉe mais qui ne l'est pas, que portent aussi les deux autres dรฉesses vierges (et un aspect d'Hรฉra). Il sert ร dรฉsigner sa statue du Parthรฉnon. Employรฉ dans la poรฉsie et des dรฉdicaces, il ne s'agit apparemment pas d'un surnom sous lequel elle est honorรฉe dans des rituels. Son รฉpithรจte Pallas pourrait รฉgalement avoir un sens similaire, mais c'est dรฉbattu[178].
Le seul dieu qui ait tentรฉ de s'unir ร Athรฉna est Hรฉphaรฏstos. Mais de cette tentative est nรฉ รrichthonios, mis au monde par Gaia, qu'Athรฉna dรฉcide d'รฉlever et essaye sans y arriver de le faire accรฉder ร l'immortalitรฉ[179],[47],[144]. Ce rรฉcit d'origine locale athรฉnienne, notamment dans la version du Pseudo-Apollodore (3, 14, 6) est nรฉanmoins l'un de ceux qui s'attarde le plus sur la fรฉminitรฉ de la dรฉesse, ici prรฉsentรฉe ร la maniรจre de la jeune fille nubile (parthenos) qui devient la proie d'un dieu masculin, cherche ร lui รฉchapper mais finit forcรฉe ร une relation sexuelle qui donne naissance ร un enfant. Bien que le viol n'ait pas lieu dans le cas d'Athรฉna, la dรฉesse n'en finit pas moins par รฉlever un enfant, dans un geste de tendresse qui lร encore l'inscrit dans un rรดle correspondant ร la vision de la fรฉminitรฉ de son temps. Cela l'รฉloigne temporairement de son aspect habituel de dรฉesse qui ne semble pas susciter le dรฉsir des autres, ou du moins qui sait l'รฉviter, qui font qu'elle a pu รชtre dรฉsignรฉe par des chercheurs modernes comme asexuรฉe ou androgyne[180].
En tout cas elle est parfois opposรฉe ร Aphrodite, comme l'est aussi Artรฉmis[173], par son absence de recherche de sรฉduction. Leur antagonisme, sans doute ravivรฉ par le jugement de Pรขris, est patent dans plusieurs passages de lโIliade, oรน elle remet la dรฉesse de l'amour ร sa place verbalement (V, 418-425) puis physiquement (XXI, 423-430)[179].
Athรฉna est considรฉrรฉe comme belle. Dans son Hymne au bain de Pallas, Callimaque chante la sobre beautรฉ de la dรฉesseย : ยซย Athรฉna ne veut point de mixtures parfumรฉes. Point de miroir non plusย : son visage est assez beau pour toujours[179].ย ยป
Athรฉna et les autres grands dieux
modifierPosรฉidon est un dieu avec lequel Athรฉna est mise en concurrence pour la protection/possession d'Athรจnes, qui voit gagner Athรจnes mais laisse tout de mรชme une place ร Posรฉidon dans le culte athรฉnien, car le dieu a prouvรฉ qu'il รฉtait une force redoutable avec laquelle il fallait composer[181]. Il est vรฉnรฉrรฉ ร cรดtรฉ d'elle sur l'Acropole, dans l'รrechtheion. Le cap Sounion associe รฉgalement deux temples des deux divinitรฉs, tandis que Colone dispose d'un autel dรฉdiรฉ au duo Athรฉna Hippia-Posรฉidon Hippios[65]. Comme รฉvoquรฉ plus haut, ce qui se joue dans l'opposition et la collaboration entre ces deux divinitรฉs renvoie probablement ร une dualitรฉ entre intelligence pratique (mรจtis) et force brute de la nature, ou alors ยซย un efficace chassรฉ-croisรฉ de force รฉlรฉmentaire et de savoir techniqueย ยป (W. Burkert)[182]ย : Posรฉidon reprรฉsente plus la fougue du cheval tandis qu'Athรฉna est celle qui aide ร le dompter par la technique et le met ainsi ร la disposition des hommesย ; Posรฉidon est le dieu des flots agitรฉs que les marins invoquent pour calmer les tempรชtes tandis qu'Athรฉna est celle qui instruit et guide les pilotes de bateaux pour arriver ร bon portย ; Posรฉidon offre aux Athรฉniens une source d'eau salรฉe tandis qu'Athรฉna leur donne l'olivier cultivรฉ[65],[183].
Arรจs est un autre dieu auquel Athรฉna est souvent associรฉe, cette fois-ci pour son aspect guerrier. Le second Hymne homรฉrique ร Athรฉna indiqueย :
ยซย Je chante d'abord Pallas Athรฉna, protectrice des citรฉs, la terrible dรฉesse qui s'intรฉresse, avec Arรจs, aux travaux de la guerre, au pillage des villes et aux clameurs guerriรจresย : elle protรจge aussi les soldats, quand ils partent et quand ils reviennent.ย ยป
โย Hymne homรฉrique ร Athรฉna (II) (trad. J. Humbert)[184].
Ils sont รฉgalement รฉvoquรฉs conjointement sous leur jour guerrier et pillard dans le Bouclier d'Hรฉraclรจs, poรจme (faussement) attribuรฉ ร Hรฉsiode, et lโIliade (XVIII, 516-517) dit qu'ils sont reprรฉsentรฉs tous les deux sur le bouclier d'Achille (rรฉalisรฉ par Hรฉphaรฏstos). Athรฉna, par son cรดtรฉ guerrier reprรฉsente davantage l'art de bien se protรฉger et de prรฉvoir les combats ร venir, que l'art du combat lui-mรชme, incarnรฉ par Arรจs dans sa sauvagerie meurtriรจre. Cette opposition prรฉsente nรฉanmoins des limites puisqu'Athรฉna a รฉgalement des traits de guerriรจre fรฉroce[185]. Dans lโIliade, Arรจs est gรฉnรฉralement en situation de dรฉsavantage face ร Athรฉna, qui est dans le camp des vainqueurs achรฉens alors qu'il est du cรดtรฉ des perdants troyens. Parmi les รฉpisodes marquant leur rivalitรฉ, la dรฉesse l'emporte sur lui dans le combat entre les divinitรฉs olympiennes (XXI, 391 et sq.) et aide Diomรจde ร le blesser sur le champ de bataille (V, 890 et sq.)[186].
Hรฉphaรฏstos est un autre dieu souvent associรฉ ร Athรฉna[187]. Dans la mythologie, il est celui qui lui permet de sortir du crรขne de Zeus en le fracassant d'un coup de hache. Ils participent ร donner naissance, lร encore de maniรจre chaotique et atypique, ร รrichthonios, le ยซย fils adoptifย ยป d'Athรฉna[188]. Ils partagent le fait d'รชtre des dieux des artisans et des techniquesย : lui est plutรดt du cรดtรฉ des arts du feu, bruyants et salissants, elle en revanche se salit moins les mains parce qu'elle travaille plutรดt le textile ou enseigne diffรฉrentes techniques ร d'autres[189]. Dans lโOdyssรฉe (VI, 233-234), les deux instruisent les hommes dans l'art du travail des mรฉtaux prรฉcieux[21]. Dans l'art, il existe des reprรฉsentations oรน Hรฉphaรฏstos donne ร Athรฉna des objets manufacturรฉs[71]. Dans le culte athรฉnien, ils sont surtout associรฉs en tant que divinitรฉs des artisans, donc quand elle revรชt l'รฉpithรจte Ergane, dans le temple d'Hรฉphaรฏstos surplombant l'Agora (oรน elle porte aussi le surnom Hephaรฏsteia, ยซย d'Hรฉphaรฏstosย ยป). Ils y sont cรฉlรฉbrรฉs conjointement lors de la fรชte des Chalkeia et Athรฉna est รฉgalement honorรฉe lors des Hรฉphaisties[190].
Syncrรฉtismes et interprรฉtations
modifierDรจs l'Antiquitรฉ, les contacts entre cultures ont donnรฉ lieu ร des syncrรฉtismes plus ou moins poussรฉs entre Athรฉna et des dรฉesses avec lesquelles elle prรฉsente des traits communs. La plus fameuse et celle qui a eu le plus de la postรฉritรฉ est son assimilation avec la dรฉesse romaine Minerve, qui s'inscrit plus largement dans un mouvement d'hellรฉnisation des divinitรฉs romaines, ร lโลuvre dรจs l'รฉpoque de la Rรฉpublique. Elle se traduit avant tout par le fait que l'iconographie de Minerve est reprise d'Athรฉna, de mรชme que son rรดle dans la mythologie. En revanche dans le culte l'assimilation n'est pas totale, les deux divinitรฉs restant distinctes. Minerve a une fonction protectrice majeure dans la citรฉ de Rome, puisqu'elle fait partie de la triade capitoline aux cรดtรฉs de Jupiter et de Junon, ce qui a sans doute jouรฉ dans son identification ร Athรฉna. C'est aussi une divinitรฉ artisane, autre point commun avec Athรฉna. Elle a รฉgalement un aspect guรฉrisseur, Minerva Medica, qui rappelle Athรฉna Hygieia. En revanche son rรดle majeur dans les rites de passage ร l'รขge adulte a plutรดt des parallรจles avec Artรฉmis et Apollon[191].
ร Chypre, oรน se rencontrent les cultures grecque et phรฉnicienne (en plus d'un fonds local), Athรฉna est identifiรฉe ร la dรฉesse Anat, car elles prรฉsentent quelques points communs significatifs, comme le fait d'รชtre filles d'un dieu souverain cรฉleste (El dans le cas d'Anat), d'รชtre des protectrices des citรฉs avec des aspects guerriers. Une inscription bilingue grec-phรฉnicien sur un autel trouvรฉ dans l'ancienne Idalion indique dans la version grecque qu'il est dรฉdiรฉ ร Athรฉna Soteira Nikรจ (sauveuse et de la victoire) et dans la version phรฉnicienne ร Anat ยซย refuge des vivantsย ยป (et au roi Ptolรฉmรฉe). Cette identification ne semble pas faite dans le reste du monde phรฉnicien[192],[193].
Des auteurs grecs antiques, notamment Hรฉrodote, suivant leurs habitudes d'interprรฉter les divinitรฉs รฉtrangรจres en les identifiant avec la divinitรฉ grecque qui leur paraissait le plus lui ressembler mais sans que cela ne soit fait dans le culte local, ont rapprochรฉ Athรฉna de la dรฉesse รฉgyptienne ร tรชte de crocodile, Neith, dรฉesse tutรฉlaire de Saรฏs, parce qu'elle a รฉgalement des traits de guerriรจre et de tisserande[194]. Elle est รฉgalement assimilรฉe ร la dรฉesse รฉgyptienne ร tรชte dโhippopotame, Taouret (Thouรฉris)[195].
Hรฉrodote (IV, 180) assimile รฉgalement ร Athรฉna une dรฉesse libyque vรฉnรฉrรฉe par les Auses et les Machlyes (dans la rรฉgion actuelle de la petite Syrte), au bord du lac Triton, possible lieu de naissance de la dรฉesse. Il relate un rite durant lequel deux troupes de jeunes filles combattent en l'honneur de cette dรฉesse[196].
Les cultes d'Athรฉna
modifierAthรฉna est l'une des divinitรฉs les plus vรฉnรฉrรฉes dans le monde grec antique, prรฉsente dans de trรจs nombreuses citรฉs. Mais on souligne gรฉnรฉralement son lien privilรฉgiรฉ avec l'une d'entre elles, Athรจnesย : ยซย Possรฉdant des sanctuaires dans presque toutes les citรฉs grecques, tenue partout pour une dรฉesse puissante et bonne, Athรฉna offre un aspect panhellรฉniqueย ; mais elle revรชt aussi un aspect local, couvrant de sa tutelle une ville privilรฉgiรฉe. Athรจnes est son lot.ย ยป (J. Rudhardt)[197].
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Carte de la Grรจce antique avec localisation des principaux sanctuaires d'Athรฉna et autres sites et rรฉgions mentionnรฉs dans l'article.
Athรฉna et Athรจnes
modifierProtectrice des citรฉs, Athรฉna est avant tout liรฉe ร Athรจnes. Son nom dรฉrive probablement de celui de la citรฉ, qui est donc son lieu de naissance, mรชme si elle dรฉrive de figures divines plus anciennes encore. En tout cas la filiation รฉvidente entre les deux noms, que ce soit dans un sens ou dans l'autre, rappelle constamment le lien indรฉfectible entre la citรฉ et la dรฉesse. Selon R. Parkerย : ยซย Athรฉna est Athรจnesย ; les piรจces de monnaie portent son image et ses symbolesย ; son trรฉsor est en un sens la rรฉserve de l'รtatย ; les sujets de lโempire athรฉnien subventionnent ยซย Athรฉna qui gouverne Athรจnesย ยป, et les Athรฉniens eux-mรชmes ne connaissent pas de moyen plus รฉvident de dรฉpenser les bรฉnรฉfices de lโempire quโen glorifiant la dรฉesse[198].ย ยป
ยซย Notre citรฉ jamais ne pรฉrira conformรฉment ร un arrรชt de Zeus ou ร la volontรฉ des bienheureux dieux immortelsย : telle est sa gardienne magnanime, fille dโun pรจre puissant, Pallas Athรฉna, qui รฉtend ses mains sur elle.ย ยป
โย Solon (fr. 4W, 1-4)[199].
ยซย Toute la citรฉ d'Athรจnes, comme toute l'Attique, est consacrรฉe ร Athรฉna โย car quels que soient les dieux que chaque dรจme a l'habitude d'honorer, il n'en vรฉnรจre pas moins aussi Athรฉnaย โย ยป
โย Pausanias, Description de la Grรจce, I, 26, 6[200].
Dans les รฉtudes modernes, elle est souvent dรฉcrite comme la divinitรฉ ยซย tutรฉlaireย ยป d'Athรจnes, ou encore sa dรฉesse ยซย poliadeย ยป (ยซย de la citรฉย ยป), une modernisation de l'รฉpiclรจse Polias qui sert d'une maniรจre gรฉnรฉrale ร associer une divinitรฉ ร une citรฉ qu'elle protรจge et possรจde en quelque sorte. Si cette notion manque de pertinence pour la plupart des citรฉs grecques, ce n'est pas forcรฉment le cas ร Athรจnes tellement le lien est fort et affirmรฉ ร de nombreuses reprises dans l'histoire. Mais pour autant les Athรฉniens ne se tournent pas toujours prioritairement vers Athรฉna. Ils peuvent selon les circonstances s'adresser ร bien d'autres divinitรฉs, ce qui relativiserait le caractรจre ยซย poliadeย ยป d'Athรฉna dans cette citรฉ[201].
Les destins de la dรฉesse et de la citรฉ sont donc inextricablement liรฉs. Historiquement, Athรฉna a probablement acquis cette position par le dรฉveloppement de sa fonction de dรฉesse protectrice de la citรฉ et de maรฎtresse de son Acropole[202]. Il est possible qu'Athรฉna soit vรฉnรฉrรฉe en ce lieu dรจs l'รฉpoque mycรฉnienne, alors que ce lieu serait, suivant la configuration courante de cette pรฉriode, une forteresse oรน se trouverait un palais royal (dont aucune trace n'a รฉtรฉ identifiรฉe avec assurance). Mais il faut attendre le VIIIeย siรจcleย av. J.-C. pour en avoir une possible รฉvocation chez Homรจre. Les Grandes Panathรฉnรฉes, la fรชte panhellรฉnique d'Athรฉna, sont instaurรฉes en 566/5 ou peu aprรจs. Puis la premiรจre moitiรฉ du VIeย siรจcleย av. J.-C. voit l'apparition d'une architecture monumentale sur l'Acropole, sans doute sous les tyrans Pisistratides[203]. Aprรจs les Guerres mรฉdiques (490-480 av. J.-C.) et avec l'instauration de l'ยซย empireย ยป athรฉnien (la ยซย Ligue de Dรฉlosย ยป), le lien entre la citรฉ et sa dรฉesse est de plus en plus affirmรฉ, surtout aprรจs le dรฉplacement du trรฉsor de la Ligue de Dรฉlos depuis Dรฉlos vers l'Acropole en 454 et la reconstruction de ses sanctuaires entamรฉe ร l'รฉpoque de Pรฉriclรจs. Tout cela fait de l'Acropole un lieu de mise en scรจne de la citรฉ athรฉnienne idรฉalisรฉe, sous les auspices de la dรฉesse Athรฉna[204].
L'Acropole d'Athรจnes est le lieu oรน se dรฉroulent les principaux cultes athรฉniens d'Athรฉna, et aussi le principal lieu de culte d'Athรจnes. Les premiers temps du site sont trรจs mal connusย : il est probable qu'un sanctuaire avec des structures en dur existe au VIIeย siรจcleย av. J.-C. si ce n'est dรจs le VIIIeย siรจcleย av. J.-C., mais elles ont pour l'essentiel disparu durant les phases de constructions postรฉrieures. Le site est en grande partie dรฉtruit en 480 lorsque les Perses occupent la ville, et il est reconstruit par la suite. Ces constructions de la seconde moitiรฉ du Veย siรจcleย av. J.-C. correspondent ร l'apogรฉe de la puissance athรฉnienne, en particulier ร l'รฉpoque de Pรฉriclรจs (v. 451-429), et font appel aux contributions des plus grands artistes du temps (dont Phidias). Elles modรจlent le visage du sanctuaire d'Athรฉna jusqu'ร nos jours. Le cลur du culte d'Athรฉna sur l'Acropole, destinรฉ ร la dรฉesse sous son รฉpithรจte Polias, est situรฉ du cรดtรฉ de nord de la colline, au centre. C'est lร que se trouve le grand autel servant pour les sacrifices adressรฉs ร la dรฉesse, notamment les holocaustes des Panathรฉnรฉes. Il jouxte le temple surnommรฉ (aprรจs Pausanias) รrechthรฉion, achevรฉ ร la fin du Veย siรจcleย av. J.-C., que les anciens Grecs appelaient aussi ยซย temple de l'imageย ยป parce qu'il abritait la statue de culte d'Athรฉna Polias, taillรฉe dans du bois d'olivier. C'est un รฉdifice complexe, puisqu'on y trouve apparemment aussi un espace de culte hรฉroรฏque pour le roi lรฉgendaire รrechthรฉe, vรฉnรฉrรฉ conjointement au dieu Posรฉidon. Il est รฉgalement bordรฉ par l'olivier qu'aurait crรฉรฉ Athรฉna lors de son duel avec Posรฉidon pour la domination d'Athรจnes, situรฉ dans un lieu de culte hรฉroรฏque dรฉdiรฉ ร Pandrose (Pandrosรฉion), une des filles de Cรฉcrops. Derriรจre l'autel d'Athรฉna Polias se trouve aussi un autel dรฉdiรฉ ร Zeus Polieus. L'autre grand รฉdifice dรฉdiรฉ ร Athรฉna est le Parthรฉnon situรฉ au sud de l'รrechtheion, construit entre 447 et 438, situรฉ en position centrale sur l'Acropole. Il ne s'agit pas forcรฉment d'un temple ร proprement parlerย : il abrite le trรฉsor de la dรฉesse, et la grande statue d'Athรฉna Parthenos chrysรฉlรฉphantine (en ivoire et en or) d'une dizaine de mรจtres de haut faite par Phidias et son atelier, qui n'est probablement pas une statue de culte. Son dรฉcor รฉvoque la grandeur d'Athรฉna et son culteย : le fronton situรฉ ร l'est (ร l'entrรฉe de l'รฉdifice) reprรฉsente la naissance de la dรฉesse, celui situรฉ ร l'ouest (ร l'arriรจre) sa compรฉtition avec Posรฉidon pour le patronage d'Athรจnes. Les frises reprรฉsentent la procession des Panathรฉnรฉes. L'entrรฉe de l'Acropole, ร l'ouest, comprend une entrรฉe monumentale, les Propylรฉes, et sur son cรดtรฉ sud le temple dรฉdiรฉ ร Athรฉna Nikรจ, dont l'รฉtat actuel est achevรฉ ร la fin du Veย siรจcleย av. J.-C.. Face aux Propylรฉes se trouve une autre statue monumentale d'Athรฉna rรฉalisรฉe par Phidias, cette fois-ci en bronze et sous son aspect Promachos, รฉrigรฉe dans les annรฉes 450 pour commรฉmorer la victoire face aux Perses[205],[206]. Le culte d'Athรฉna dure jusque dans l'Antiquitรฉ tardive, au moins vers la fin du Veย siรจcle de notre รจre quand la statue d'Athรฉna est retirรฉe du Parthรฉnon, รฉvรฉnement symbolique majeur pour la fin du paganisme et le triomphe du christianisme. Cet รฉdifice est par la suite converti en รฉglise, de mรชme que l'รrechthรฉion (au plus tard au VIIeย siรจcle)[207].
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Vue d'ensemble de l'รrechthรฉion.
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L'emplacement du Pandrosรฉion avec un olivier (moderne).
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Le Parthรฉnon vu du nord-ouest.
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Le temple d'Athรฉna Nikรจ.
Les principales festivitรฉs pour Athรฉna sont les Panathรฉnรฉes, qui ont lieu ร la fin du mois d'Hรฉcatombรฉon, le premier de l'annรฉe athรฉnienne (juillet-aoรปt). Il n'y a pas de consensus quant ร savoir ce qu'elles commรฉmorentย : pour certains le grand rituel du 28 fรชterait l'anniversaire de la dรฉesse, pour d'autres il s'agirait d'une commรฉmoration de sa victoire contre le Gรฉant Astรฉrion. On distingue les ยซย Grandesย ยป et les ยซย Petitesย ยป Panathรฉnรฉesย : les premiรจres ont lieu tous les quatre ans et ont une dimension panhellรฉnique, attirant des gens depuis toute la Grรจceย ; les secondes ont lieu les autres annรฉes, et ont une dimension locale. Les informations concernent surtout les Grandes Panathรฉnรฉes, les Petites ayant sans doute un dรฉroulement similaire, mais moins spectaculaire. Les Panathรฉnรฉes sont marquรฉes par des concours, qui ont probablement lieu durant les premiers jours des cรฉlรฉbrations, et comprenant des compรฉtitions athlรฉtiques, รฉquestres, nautiques, musicales et poรฉtiques. L'รฉvรฉnement majeur est le grand sacrifice sur l'autel de la dรฉesse situรฉ sur l'Acropole, qui a lieu le 28 Hรฉcatombรฉon et clรดture sans doute le cycle de festivitรฉs. Il est marquรฉ par une grande procession partant du Cรฉramique et rejoignant l'Acropole. C'est ร ce moment que la statue de culte d'Athรฉna Polias (celle de l'รrechthรฉion) reรงoit le pรฉplos, tunique tissรฉe durant l'annรฉe prรฉcรฉdente par les deux jeunes filles nommรฉes Arrhรฉphores ainsi que les tisserandes appelรฉes Ergastines, reprรฉsentant son combat lors de la Gigantomachie (on ne sait pas si ce rituel a lieu lors des Petites Panathรฉnรฉes). Le grand sacrifice est marquรฉ par l'immolation de plusieurs dizaines de bovins (le nom du mois Hรฉcatombรฉon fait rรฉfรฉrence ร un sacrifice de cent bลufs), dont les restes sont redistribuรฉs ร l'assistance et consommรฉs dans un grand banquet collectif[208],[209].
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Les ยซย Ergastinesย ยป, frise des Panathรฉnรฉes. Musรฉe du Louvre.
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La remise du pรฉplos, frise des Panathรฉnรฉes. British Museum.
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Gรฉnisse menรฉe au sacrifice, frise des Panathรฉnรฉes. British Museum.
D'autres fรชtes majeures honorent Athรฉna et s'inscrivent plus largement dans un cycle festif se dรฉroulant toute l'annรฉe, centrรฉ sur les Panathรฉnรฉes. Les Arrhรฉphories (mois Scirophorion) dรฉdiรฉes ร Athรฉna et Pandrose, semblent marquer le dรฉbut du service des Arrhรฉphores, lors d'un rituel nocturne oรน elles se rendent depuis l'Acropole vers un temple d'Aphrodite[210],[211]. Les Chalkeia, oรน elle est vรฉnรฉrรฉe sous son aspect artisanal Ergane, aux cรดtรฉs d'Hรฉphaรฏstos, est donc sans doute avant tout une fรชte d'artisans. C'est ร ce moment que le pรฉplos commence ร รชtre mis ร l'ouvrage[212]. Au printemps, la fin du mois de Thargรฉlion est marquรฉe par deux rites de purification/nettoyage, sans doute en vue des Panathรฉnรฉesย : les Kallynteria qui concernent le temple de la dรฉesse (et associent รฉgalement l'hรฉroรฏne Aglaure), et les Plynteria consacrรฉes ร sa statue de culte[213],[214].
Athรฉna est รฉgalement vรฉnรฉrรฉe lors des Synoikia (ou Metoikia), commรฉmorant le synลcisme d'Athรจnes (rรฉunion de plusieurs communautรฉs en une seule citรฉ) accompli par Thรฉsรฉe. Elles ont lieu le 16 Hรฉcatombรฉon et comprennent un sacrifice ร Athรฉna Phratria et Zeus Phratrios[215]. Ces deux divinitรฉs sont surtout vรฉnรฉrรฉes lors des Apatouries, la fรชte des phratries (mois de Pyanepsion)[216].
L'intervention d'Athรฉna dans la vie publique ne se limite pas ร des fรชtes, puisqu'en tant que garante des institutions civiquesย : elle dispose ainsi d'un autel ร la Boulรจ (Athรฉna Boulaia), le Conseil, devant lequel chaque membre doit prier avant de siรฉger[217]. Elle capte aussi des richesses par le biais de dons publics provenant d'amendes, de propriรฉtรฉs confisquรฉes et du tribut de l'empire, pour la remercier d'avoir protรฉger la citรฉ et qu'elle continue ร le faire[218]. En dehors des cultes collectifs, le lien spรฉcial entre Athรฉna et les Athรฉniens se retrouve dans les cultes et la piรฉtรฉ des individus, puisqu'elle est plus que les autres divinitรฉs la destinataire d'offrandes visant ร attirer ses faveurs, notamment les premiers fruits (aparchรจ). Elle se voit attribuer des pouvoirs qui dรฉpassent les domaines qui lui sont gรฉnรฉralement attribuรฉs ailleurs, s'รฉtendant vers la santรฉ, l'agriculture, la protection des enfants, leur รฉducation, le mariage, parce qu'elle est celle qui contribue plus que tout autre au bien-รชtre de la citรฉ et de ses membres[219].
Plusieurs autres cultes impliquant Athรฉna ont lieu en dehors de la ville d'Athรจnes mรชme, dans le reste du territoire de la citรฉ athรฉnienne, correspondant ร la rรฉgion nommรฉe Attique. Ils sont connus par des attestations littรฉraires, et aussi des inscriptions. Ainsi, plusieurs calendriers des dรจmes, les circonscriptions locales de la citรฉ, font rรฉfรฉrence ร des fรชtes dรฉdiรฉes ร la dรฉesse[220]. Les Diisoteria, au mois de Scirophorion, comprennent des sacrifices et processions ร Zeus Soter et Athรฉna Soteria, dans leurs lieux de culte localisรฉs au Pirรฉe, avec peut-รชtre des rites aussi ร Athรจnes et/ou une procession depuis Athรจnes[221]. Athรฉna reรงoit aussi un culte lors de la fรชte des Skira, consacrรฉe ร Dรฉmรฉter et Korรจ, durant laquelle une procession partant depuis l'Acropole avec les prรชtres d'Athรฉna et de Posรฉidon, pour rejoindre un site prรจs de la localitรฉ de Skiros (entre Athรจnes et รleusis). Une Athรฉna Skiras est connue, peut-รชtre la variante locale de la dรฉesse[222],[223]. Athรฉna Skiras est surtout connue parce qu'elle dispose d'un sanctuaire ailleurs en Attique, dans le dรจme de Phalรจre, gรฉrรฉ par le genos des Salaminioi, oรน se dรฉroulent des fรชtes appelรฉes Oskhophoria[220],[224]. Le cap Sounion, au sud-est de la citรฉ, comprend un temple d'Athรฉna, ร cรดtรฉ d'un temple dรฉdiรฉ ร Posรฉidonย ; il est apparemment voisinรฉ par un lieu de culte hรฉroรฏque consacrรฉ ร Phrontis, pilote du navire de Mรฉnรฉlas, ce qui semble l'associer aux techniques de navigation[105].
Les cultes d'Athรฉna hors d'Athรจnes
modifierBien qu'elle soit plus spรฉcialement liรฉe ร Athรจnes, Athรฉna n'est pas pour autant ignorรฉe dans le reste du monde grec, loin de lร . Les dรฉcouvertes archรฉologiques et รฉpigraphiques documentent sa prรฉsence dans plusieurs rรฉgions. La Description de la Grรจce de Pausanias fournit des informations plus ou moins dรฉtaillรฉes sur de nombreux lieux de culte de la dรฉesse qu'il visite au milieu du IIeย siรจcle de notre รจre, notamment des descriptions des temples et des statues, ainsi que leurs rรฉcits de fondation. Si la dรฉesse est souvent vรฉnรฉrรฉe en tant que protectrice des citรฉs, en certains endroits elle prรฉsente des aspects plus originaux, qui dรฉvient de ses compรฉtences habituelles et notamment de celles observรฉes ร Athรจnes[98].
En Bรฉotie et en Thessalie, Athรฉna dispose d'un culte important sous l'รฉpithรจte Itonia. Elle aurait pour origine Itonos, situรฉe en Achaรฏe Phthiotide par le Catalogue des vaisseaux de lโIliade d'Homรจre ainsi que Strabon. Mais aucune trace de ce sanctuaire n'a รฉtรฉ retrouvรฉe, bien qu'il soit mentionnรฉ dans des inscriptions hellรฉnistiques provenant de Thessalie et qu'un mois au nom de la dรฉesse soit connu en Achaรฏe Phthiotide. Les Thessaliens la vรฉnรจrent plutรดt dans un autre sanctuaire, dans leur propre pays sur le site actuel de Philia, en plus d'autres lieux de culte secondaires. Son autre lieu de culte majeur est situรฉ ร Coronรฉe en Bรฉotie, rรฉgion oรน elle dispose aussi de lieux de culte secondaires. Les origines de cette divinitรฉ restent obscures, ร chercher en Thessalie selon G. Lalonde. En tout cas elle semble ancienne et est surtout vรฉnรฉrรฉe en Thessalie et en Bรฉotie oรน elle a acquis un statut de divinitรฉ ยซย fรฉdรฉraleย ยป pour leurs confรฉdรฉrations rรฉgionales respectives. Son culte s'est par la suite implantรฉ en Attique, puis ร l'รฉpoque hellรฉnistique en Locride, sur les รฎles d'Amorgos (oรน elle apparaรฎt dans des inscriptions en rapport avec ses fรชtes, les Itonia) et de Cos, et jusqu'ร Tauromeneion en Sicile[225],[226].
La rivalitรฉ entre Athรจnes et Sparte n'a pas empรชchรฉ ร la dรฉesse athรฉnienne par excellence d'avoir un lieu de culte majeur sur l'acropole spartiate, oรน elle est connue sous deux รฉpithรจtesย : Poliouchos, rรฉpandu pour indiquer son rรดle de protectrice des citรฉs, et le plus original Chalkioikos ยซย de la demeure de bronzeย ยป. Polybe (IV, 35, 2-4) raconte que s'y dรฉroule un rite durant lequel des soldats en armes paradent devant l'autel de la dรฉesse, avant un sacrifice accompli par les รฉphores. C'est aussi un lieu d'asile, oรน en 467 av. J.-C. le gรฉnรฉral Pausanias se rรฉfugie pour รฉviter d'รชtre mis ร mort, mais y meurt de faim aprรจs avoir รฉtรฉ enfermรฉ ร l'intรฉrieur. On retrouve donc des fonctions classiques de la dรฉesse, protectrice de la citรฉ, guerriรจre, impliquรฉe dans l'รฉducation des jeunes hommes, รฉgalement garante de l'hospitalitรฉ puisqu'elle est aussi vรฉnรฉrรฉe conjointement ร Zeus sous l'รฉpithรจte Xenia, assurant la protection des รฉtrangers[227],[228],[229].
Argos dispose de lieux de culte dรฉdiรฉs ร Athรฉna sur ses deux acropolesย : une Athรฉna Polias sur l'acropole principale de Larisaย ; une plus originale Athรฉna Oxyderkรจs ยซย ร la vue perรงanteย ยป, ร cรดtรฉ d'un temple d'Apollon sur la colline d'Aspis, qui aurait รฉtรฉ fondรฉ par Diomรจde pour la remercier d'avoir enlevรฉ les nuages qui obscurcissaient sa vue lorsqu'il combattait ร Troie (Pausanias, II, 24, 2-3). Le mรชme Diomรจde aurait rapportรฉ ร Argos le Palladion, effigie protectrice dรฉrobรฉe ร Troie, transfรฉrant ainsi sur sa citรฉ la protection de la dรฉesse[230]. LโHymne au bain de Pallas du poรจte Callimaque de Cyrรจne (IIIeย siรจcleย av. J.-C.) a pour contexte le bain purificatoire que des jeunes femmes d'Argos font prendre ร une statue d'Athรฉna (le Palladionย ?), dans la riviรจre Inachos, oรน elle est conduite en procession, sur le bouclier de Diomรจde[48],[231].
En Arcadie, Athรฉna dispose d'un culte majeur sous l'รฉpiclรจse Alรฉa, dont le principal sanctuaire se trouve sur le territoire de la citรฉ de Tรฉgรฉe. Il est documentรฉ en particulier par la longue description qu'en donne Pausanias (VIII, 45,4 ร 47,4) et les fouilles archรฉologiques qui y ont eu lieu. Lโรฉpithรจte Alรฉa peut s'interprรฉter de diffรฉrentes maniรจres, pas forcรฉment exclusives les unes des autresย : une rรฉfรฉrence au lieu appelรฉ Alรฉa, oรน se trouve un de ses sanctuaires selon Pausanias (VIII, 23, 1), ou bien le nom d'une ancienne divinitรฉ locale qu'Athรฉna aurait ยซย absorbรฉย ยป sans jamais complรจtement l'assimiler[232]. Quoi qu'il en soit, son temple de Tรฉgรฉe est selon Pausanias l'un des plus importants temples du Pรฉloponnรจse ร l'รฉpoque romaine. Il a รฉtรฉ reconstruit aprรจs un incendie au dรฉbut du IVeย siรจcleย av. J.-C., dont le maรฎtre dโลuvre est Scopas. Des concours ont lieu dans un stade voisin, appelรฉs Alรฉaia du nom de la dรฉesse, et Alotia parce qu'ils commรฉmorent la capture de Spartiates par les Tรฉgรฉates lors d'un conflit qu'ils ont remportรฉ au milieu du VIeย siรจcleย av. J.-C.[233].
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Figurine en bronze reprรฉsentant Athรฉna, v. 550 av. J.-C., mise au jour dans le temple de Tรฉgรฉe. Musรฉe national archรฉologique d'Athรจnes.
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Ruines du temple d'Athรฉna Alรฉa ร Tรฉgรฉe.
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ยซย Loi sacrรฉeย ยป relative aux troupeaux du temple ร Alรฉa.
ร Corinthe, Athรฉna est vรฉnรฉrรฉe sous le nom Hellotis, notamment lors d'un festival aux flambeaux et des concours appelรฉs Hellotia รฉvoquรฉs dans la 13e Olympique de Pindare[234]. On y trouve aussi un aspect hippique de la dรฉesse appelรฉ Chalinitis ยซย au morsย ยป ou ยซย au freinย ยป[235],[236].
Troie a un temple majeur dรฉdiรฉ ร l'Athรฉna troyenne (Athรฉna Ilias), situรฉ dans la nouvelle Ilion, auquel sont envoyรฉes les ยซย Vierges locriennesย ยป รฉvoquรฉes plus haut[85]. Aux รฉpoques hellรฉnistique et romaine, son culte est gรฉrรฉ par une association religieuse regroupant des citรฉs de la rรฉgion, qui joue aussi un rรดle politique (koinon). Les inscriptions antiques indiquent qu'elle dispose de nombreuses terres servant ร financer cette organisation, notamment pour la tenue de Grandes Panathรฉnรฉes troyennes avec leurs concours[237],[238].
En Ionie, le culte d'Athรฉna est attestรฉ dans plusieurs citรฉs en tant que protectrices des citรฉs est citadelles. Elle dispose d'un temple ร Milet, รฉrigรฉ au VIIeย siรจcleย av. J.-C. dans un district commercial, qui a รฉtรฉ reconstruit ร plusieurs reprises durant les siรจcles suivants, dont les fouilles ont livrรฉ un important matรฉriel votif. รrythrรฉes dispose d'un sanctuaire ร Athรฉna au moins dรจs le VIIIeย siรจcleย av. J.-C. Dans le Vieux Smyrne, la construction du sanctuaire de la dรฉesse remonte au dรฉbut du VIIeย siรจcleย av. J.-C. et ร la prise de la citรฉ par des Ioniens venus de Colophon. Sur l'รฎle de Chios, le sanctuaire d'Athรฉna est situรฉ sur la citadelle d'Emporio. Des Athรฉna poliades se trouvent รฉgalement ร Priรจne, Phocรฉe, รphรจse, Tรฉos, Colophon et Clazomรจnes[239].
Sur l'รฎle de Rhodes, son lieu de culte le plus important est situรฉ dans la ville de Lindos, oรน elle est connue comme Athรฉna Lindia et dispose d'un sanctuaire sur l'acropole. Une inscription mise au jour en ces lieux, surnommรฉe Chronique de Lindos, datรฉe de 99 av. J.-C., comprend un long rรฉcit sur l'histoire du sanctuaire, qui rappelle notamment comment trois apparitions (รฉpiphanies) de la dรฉesse ont eu lieu ร trois moments critiques de l'histoire de la citรฉ afin de la protรฉger, proclamant ainsi sur la longue durรฉe la force des liens tissรฉs entre Athรฉna et les Lindiens[240],[241].
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Restitution de l'acropole de Lindos, dominรฉe par le sanctuaire d'Athรฉna.
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Le temple d'Athรฉna de Lindos.
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L'inscription de la Chronique de Lindos.
Les rois macรฉdoniens semblent se placer sous la protection de la dรฉesse, notamment en raison de sa fonction militaire et de sa capacitรฉ ร donner la victoire, et la reprรฉsentent ร plusieurs reprises sur leurs monnaies. Aux รฉpoques hellรฉnistique et romaine, le culte de la dรฉesse est prรฉsent dans plusieurs citรฉs de Macรฉdoine, mais la documentation est souvent limitรฉe, surtout numismatique, en dehors de quelques cas. Pella la fait figurer sur ses monnaies, brandissant sa lance. Selon Tite-Live (XLII, 51, 2) elle y est vรฉnรฉrรฉe sous l'รฉpithรจte Alcidem, qu'il faudrait comprendre en grec comme Alkidemos ยซย protectrice du peupleย ยป. La citรฉ a livrรฉ des statues en terre cuite reprรฉsentant la dรฉesse avec un casque surmontรฉ de cornes bovines, dont la signification est obscure (la protection des bovidรฉsย ?). Dans la localitรฉ voisine de Kyrrhos un culte est rendu ร un aspect local de la dรฉesse, Athรฉna Kyrrhestis. Lorsque des colons de cette citรฉ migrent en Syrie et y fondent une citรฉ nouvelle รฉgalement nommรฉe Kyrrhos (Cyrrhus), ils y transportent le culte de cette Athรฉna[242].
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Tรฉtradrachme du roi Antigone Gonatas de Macรฉdoine (277-239 av. J.-C.), revers ร l'effigie d'Athรฉna. Musรฉe numismatique d'Athรจnes.
Postรฉritรฉ et rรฉceptions
modifierOccident latin
modifierComme รฉvoquรฉ plus haut, dans le monde romain latin Athรฉna est rapprochรฉe de la dรฉesse Minerve, qui reprend une grande partie de ses caractรฉristiques, ses lรฉgendes et son iconographie, tout en prรฉservant des aspects propres dans le culte. Des travaux tels que la traduction de lโOdyssรฉe en latin par Livius Andronicus ร la fin du IIIeย siรจcleย av. J.-C. ou l'adaptation latine des Eumรฉnides d'Eschyle par Ennius au siรจcle suivant contribuent ร diffuser l'image littรฉraire d'Athรฉna dans le monde romain. Plusieurs auteurs latins se questionnent sur l'origine de la dรฉesse et la maniรจre dont elle est introduite chez les Romains. Cicรฉron s'intรฉresse ร la figure de Minerve dans sa prรฉsentation de la thรฉologie stoรฏcienne, distinguant cinq Minerves diffรฉrentes (De natura deorum, III, 59 sq.). Virgile (Gรฉorgiques, รnรฉide) et Ovide (Mรฉtamorphoses) รฉvoquent ร plusieurs reprises la dรฉesse, qu'ils appellent aussi bien Minerve qu'Athรฉna ou Pallas[88],[243]. La dรฉesse devient une figure protectrice pour l'Empire, notamment sous Domitien (81-96 ap. J.-C.). L'iconographie de Minerve reprend celle d'Athรฉna, que ce soit son Palladion qui devient un symbole protecteur de Rome, ou son aspect artisanal. De nombreuses reprรฉsentations de la dรฉesse prรฉsentes dans la partie latine de l'Empire romain sont des copies de statues grecques, voire des originaux pris dans les citรฉs grecques[244],[245].
Antiquitรฉ tardive et christianisation
modifierLe christianisme devient la religion dominante dans l'Orient romain autour des IVeโโโVeย siรจcle de notre รจre, aprรจs avoir gagnรฉ les empereurs romains et l'รฉlite impรฉriale. Il faut sans doute plus de temps pour que le reste de la population soit converti, et encore, cela se fait aprรจs de nombreux amรฉnagements intรฉgrant des รฉlรฉments paรฏens. Comme les autres divinitรฉs grecques, Athรฉna est considรฉrรฉe par les auteurs chrรฉtiens comme une idole ร combattre durant l'รฉpoque de rivalitรฉ avec le paganisme. Clรฉment d'Alexandrie (fin IIeย siรจcle) dรฉcompose sa figure en cinq ยซย Athรฉnaย ยป diffรฉrentes (idรฉe dรฉjร prรฉsente chez Cicรฉron) โ qui ne prรฉsentent pas toutes des similitudes avec l'Athรฉna de la religion polythรฉiste โ pour en faire un symbole d'immoralitรฉ et de dรฉpravation. La cinquiรจme, fille de Pallas, aurait sacrifiรฉ son pรจre avant de l'รฉcorcher pour revรชtir sa peau (ce qui dรฉrive d'une des lรฉgendes concernant son รฉgide). Julius Firmicus Maternus (milieu IVeย siรจcle) reprend cette idรฉe de cinq ยซย Athรฉnaย ยป immodestes et ร la cruautรฉ sans pareille[246]. Parmi les derniers auteurs paรฏens ร s'intรฉresser ร la dรฉesse se trouvent Claudien (seconde moitiรฉ du IVeย siรจcle) et surtout Proclus (Veย siรจcle), tรฉmoin direct de la dรฉfaite du paganisme, qui lui dรฉdie un hymne la louant comme la mรจre des รฉcrits, de la sagesse[245].
Alors que le christianisme s'impose, Athรฉna perd son rรดle de repoussoir pour servir de symbole et de modรจle. Lorsqu'il fonde Constantinople, Constantin y transporte des statues d'Athรฉna, dont la Promachos et la Parthรฉnos de Phidias, pour renforcer le prestige de la ville nouvelle, bien qu'elles n'y soient pas des objets de culte. La Vierge Marie reprend des aspects d'Athรฉna, en tant que protectrice des citรฉs et notamment, de Constantinople. Les rรฉcits relatifs ร son intervention pour protรฉger la citรฉ lors du siรจge des Avars de 626 s'inspirent de ceux relatant la maniรจre dont Athรฉna protรฉgeait Athรจnes et d'autres citรฉs. Certaines reprรฉsentations de la Vierge datรฉes du IVeย siรจcle lui font porter l'รฉgide. Pour pousser plus loin l'assimilation, des lieux de culte d'Athรฉna sont convertis en รฉglises consacrรฉes ร la Vierge, en premier lieu le Parthรฉnon[247],[248].
Dans le milieu lettrรฉ, Athรฉna devient une allรฉgorie de la sagesse et de la raison, ce qui est une maniรจre de la rendre inoffensive pour la thรฉologie chrรฉtienne en la dรฉpouillant de son statut divin, tout en prรฉservant des traditions antiques conservรฉes pour leur pouvoir รฉvocateur. Sa victoire contre Posรฉidon/Neptune pour le patronage d'Athรจnes est interprรฉtรฉe comme le triomphe de la raison sur la passion, dans le jugement de Pรขris elle est interprรฉtรฉe (en particulier par Fulgence) comme l'incarnation de la vie contemplative, supรฉrieure ร vie active que reprรฉsente Hรฉra/Junon et la vie de voluptรฉ d'Aphrodite/Vรฉnus. L'opposition symbolique entre Athรฉna/Minerve et Aphrodite/Vรฉnus en particulier est vouรฉe ร une grande postรฉritรฉ[245].
Empire byzantin
modifierLa civilisation byzantine qui succรจde ร celle de la Grรจce antique intรจgre des รฉlรฉments du paganisme antique dans sa culture, quoi que ceux qui les รฉtudient puisse รชtre suspectรฉs d'รชtre de mauvais Chrรฉtiens. Les rรฉcits mythologiques relatifs ร Athรฉna sont donc รฉtudiรฉs par les lettrรฉs byzantins dans le cadre de leur curriculum et prรฉservรฉs grรขce ร ces copies. Jean Tzรฉtzรจs (XIIeย siรจcle) en reproduit des morceaux dans ses Histoires. Les statues de bronze d'Athรฉna Promachos reste exposรฉe ร Constantinople jusqu'ร sa destruction par la foule lors du siรจge de la citรฉ par les Latins en 1204. Athรฉna est reprรฉsentรฉe dans certaines ลuvres byzantines, dans des reprรฉsentations du jugement de Pรขris et des manuscrits la figurant comme une impรฉratrice byzantine. Gรฉmiste Plรฉthon (v. 1355/1360-1452), trรจs marquรฉ par la culture antique, lui dรฉdie un hymne dans une veine platonicienne. Les apologรจtes chrรฉtiens ont une image moins favorable de la dรฉesse. Ils discutent en particulier le passage de lโIliade (V, 837-839) oรน le poids de la dรฉesse armรฉe fait craquer le char qu'elle monte, ce qui ne devrait pas arriver si c'รฉtait une dรฉesse รฉthรฉrรฉe. Au contraire lorsqu'elle monte sur son char la Vierge Marie ne le fait pas ployer[249].
Europe Occidentale
modifierC'est essentiellement par le biais de la culture latine que les pays d'Europe occidentale du Moyen รge approchent la culture grecque antique, avant que les รฉtudes des textes grecs antiques ne connaissent un essor durant la Renaissance. Dans ces rรฉgions, Athรฉna est donc avant tout connue sous le nom de Minerve et par le biais de ce qu'en disent les auteurs de langue latine tels qu'Ovide. Elle devient au Moyen รge une figure allรฉgorique moralisante reprรฉsentant la sagesse et la raison, l'apprivoisement des passions, tandis qu'ร la Renaissance et ร l'รฉpoque moderne on met plus en avant dans les milieux cultivรฉs son rรดle de patronne des savoirs, combattant l'ignorance. Cette pรฉriode coรฏncide aussi avec un essor des thรจmes repris des mythes antiques dans l'art, Athรฉna devenant un motif iconographique trรจs rรฉpandu[252].
Peinture
modifierAu Moyen รge, l'image d'Athรฉna/Minerve prรฉsente encore des points de rencontre avec celle de la Vierge Marie[245]. Certaines maisons nobles utilisent l'image de la dรฉesse pour dรฉcorer leurs emblรจmes familiaux[253]. Le rameau d'olivier, liรฉ ร Athรฉna/Minerve sous son aspect pacificateur, est repris comme symbole de paix dans l'imagerie occidentale[254].
La mythologie grecque devient un sujet de prรฉdilection pour les peintres pendant la Renaissance, une pรฉriode marquรฉe par la redรฉcouverte de la littรฉrature, de la philosophie et des sciences de l'Antiquitรฉ. Dรจs lors Athรฉna/Minerve redevient un sujet de prรฉdilection des artistes et des programmes dรฉcoratifs des monuments, avec une emphase sur ses rรดles dans la culture, les arts et les sciences[254].
En 1502, l'Italien Andrea Mantegna peint Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu. Comme pour marquer la fin du Moyen รge, la dรฉesse y est peinte en train de chasser les vices du mรฉdiรฉvalisme qui ont envahi le jardin de la Vertu et de la connaissance[255],[256].
Personnification de l'apprentissage grรฉco-romain, Athรฉna est รฉgalement utilisรฉe par les peintres de l'รฉpoque pour marquer la victoire de la chrรฉtientรฉ sur l'islam. Peu aprรจs la bataille de Lรฉpante en 1571, le peintre vรฉnitien Titien rรฉalise L'Espagne accourant au secours de la Religion. Dans ce tableau, le peintre reprรฉsente l'Espagne sous la forme d'une jeune femme possรฉdant certains attributs de la dรฉesse Athรฉna. Elle tient dans sa main gauche une lance, et dans sa main droite un bouclier, ร l'image de celui de la statue d'Athรฉna Parthรฉnos de Phidias[257]. Le tableau fait รฉcho ร une autre composition de Titien, restรฉe inachevรฉe, qui reprรฉsentait un homme s'inclinant devant Athรฉna mais qui est dรฉsormais perdue[258].
Peu ร peu, les dieux grecs deviennent les sujets principaux des ลuvres des artistes. Allรฉgorie de la vertu, Athรฉna incarne le triomphe de la raison et de la sagesse dans l'esprit des peintres de la Renaissance. Dans son tableau, Pallas et le Centaure, le peintre italien Sandro Botticelli prรฉsente ainsi la dรฉesse, vรชtue d'une robe fleurie et armรฉe d'une hallebarde, en train de dompter un centaure, un animal censรฉ reprรฉsenter la barbarie et les bas instincts[259]. Dans la mรชme lignรฉe, Bartholomeus Spranger lui dรฉdie รฉgalement un tableau intitulรฉ Le triomphe de la sagesse ou Minerve victorieuse de l'ignorance[255].
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Pallas et le Centaure par Botticelli (1482).
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Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu par Andrea Mantegna (entre 1499 et 1502).
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Athรฉna repoussant les avances d'Hรฉphaรฏstos, par Paris Bordone (vers 1555-1560).
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L'Espagne accourant au secours de la Religion par Titien (vers 1572-1575).
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Minerve repousse Mars loin de la Paix et de la Prospรฉritรฉ, par Le Tintoret (entre 1576 et 1577).
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Le triomphe de la sagesse ou Minerve victorieuse de l'ignorance par Bartholomeus Spranger (vers 1591).
Au XVIIeย siรจcle, le peintre flamand Pierre Rubens s'empare du personnage d'Athรฉna dans une sรฉrie de peintures consacrรฉe ร Marie de Mรฉdicis. Dans celle-ci, Rubens prรฉsente Athรฉna comme le mรฉcรจne et mentor de la reine de France. La peinture finale de la sรฉrie va mรชme encore plus loin en faisant de Marie de Mรฉdicis l'incarnation mortelle de la dรฉesse elle-mรชme[260].
Le peintre flamand est รฉgalement l'auteur de plusieurs tableaux reprรฉsentant Le Jugement de Paris. Cette scรจne reprรฉsente le moment oรน le prince troyen Paris offre la pomme d'or ร Aphrodite, au dรฉtriment d'Athรฉna et d'Hรฉra. Rubens est l'auteur d'au moins six versions de ce mรชme tableau. Dans sa derniรจre version, datรฉe de 1639, le peintre reprรฉsente les trois dรฉesses, toutes dรฉnudรฉes. Athรฉna se trouve ร gauche, identifiรฉe par ses armes qu'elle a dรฉposรฉes ร terre[261]. Elle semble rรฉaliser une sorte de rรฉvรฉrence accompagnรฉ d'un pas de danse afin de convaincre Paris de la choisir, mais sans succรจs. Le peintre a choisi, ici, de reprรฉsenter la dรฉesse sous les traits de sa propre femme, Hรฉlรจne Fourment[262].
En 1630, le traitรฉ de paix mettant fin ร la guerre anglo-espagnole est l'occasion pour Rubens d'utiliser Athรฉna comme symbole de son attachement ร la paix. Dans l'Allรฉgorie de la Paix et de la Guerre, la dรฉesse est prรฉsente en arriรจre-plan. Elle repousse les assauts du dieu de la guerre, Mars, et protรจge la paix reprรฉsentรฉe sous les traits d'une jeune femme en train de presser son sein pour nourrir un enfant[263]. Quelques annรฉes auparavant, le peintre vรฉnitien Jacopo Tintoret avait, lui aussi, rรฉalisรฉ une allรฉgorie similaire dans son tableau Minerve repousse Mars loin de la Paix et de la Prospรฉritรฉ[264].
Au cours du XVIIIeย siรจcle, les mythes de l'Illiade et de l'Odyssรฉe font l'objet de plusieurs tableaux, dont certains mettent en avant le rรดle jouรฉ par Athรฉna. C'est le cas notamment du tableau La dispute d'Achille et d'Agamemnon de Johann Heinrich Tischbein. Dans celui-ci, le peintre reprรฉsente le moment oรน Achille s'apprรชte ร dรฉgainer son รฉpรฉe pour tuer le roi. Descendant de l'Olympe, Athรฉna murmure ร l'oreille du hรฉros des mots apaisants qui range alors son arme[265].
En 1771, le peintre franรงais Jacques-Louis David rรฉalise le Combat de Mars contre Minerve, une toile elle aussi inspirรฉe de l'Illiade et qui obtient le second prix lors du concours du Prix de Rome lors de la mรชme annรฉe[266].
Personnage central de l'Odyssรฉe durant laquelle elle assiste le hรฉros Ulysse, la dรฉesse fait รฉgalement l'objet de deux tableaux du peintre italien Giuseppe Bottani qui illustrent son soutien au hรฉros dans l'ลuvre d'Homรจreย : Athรฉna rรฉvรฉlant Ithaque ร Ulysse et Athรฉna transforme Ulysse en vieillard lors de son retour ร Ithaque[267].
Dans la lignรฉe des artistes de la Renaissance, certains peintres perpรฉtuent par ailleurs l'image d'Athรฉna comme l'allรฉgorie de la Vertu, par opposition ร la dรฉesse Aphrodite, symbole de la tentation. Ce constat est particuliรจrement frappant dans le tableau Hercule ร la croisรฉe des chemins entre le Vice et la Vertu de l'italien Pompeo Batoni. Dans celui-ci, le hรฉros Hercule est assis entre les deux dรฉesses. Assise ร cรดtรฉ de lui, Aphrodite lui propose un chemin ร priori facile mais parsemรฉ de piรจges. De l'autre se trouve Athรฉna, debout et reconnaissable ร son casque d'or. Elle lui montre un chemin plus difficile mais qui le mรจnera jusqu'ร l'Acropole[268].
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L'Allรฉgorie de la Paix et de la Guerre (Minerve protรฉgeant la Paix et รฉloignant la Guerre), Rubens (1629).
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Le Jugement de Pรขris, Rubens (vers 1639).
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Pallas Athรฉna, Rembrandt (vers 1655-1659).
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Hercule ร la croisรฉe des chemins entre le Vice et la Vertu, Pompeo Batoni (1750-1753).
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Combat de Mars contre Minerve, Jacques-Louis David (1771).
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La dispute d'Achille et d'Agamemnon, Johann Heinrich Tischbein (1776).
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Athรฉna rรฉvรฉlant Ithaque ร Ulysse, Giuseppe Bottani (XVIIIeย siรจcle).
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Athรฉna transforme Ulysse en vieillard, lors de son retour ร Ithaque, Giuseppe Bottani (1775)[270].
ร la fin du XIXeย siรจcle, Athรฉna devient alors un des sujets privilรฉgiรฉs par les artistes de la Sรฉcession viennoise. En 1898, Gustav Klimt lui dรฉdie ainsi un tableau intitulรฉ Pallas Athรฉna. La dรฉesse y est dessinรฉe en gros plan et occupe l'ensemble de l'espace de la toile[271]. La mรชme annรฉe, Franz von Stuck brosse รฉgalement le portrait d'Athรฉna dans un tableau du mรชme nom. Dans ce dernier, le peintre demande ร son รฉpouse de lui servir de modรจle afin de dessiner les traits physiques de la dรฉesse[272].
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Pallas Athรฉna, Gustav Klimt (1898).
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Pallas Athena, Franz von Stuck (1898).
Sculpture
modifierLa redรฉcouverte d'antiques statues d'Athรฉna en Italie puis en Grรจce ร partir de l'รฉpoque moderne joue un rรดle dans l'essor du classicisme en sculpture. En particulier les statues dites Giustiniani et Velletri ont une importance significative[245].
En 1774, le sculpteur allemand Jean-Pierre-Antoine Tassaert rรฉalise un buste de l'impรฉratrice russe Catherineย II, intitulรฉ Catherine la Grande en Minerve. Ce dernier est une allusion au surnom de l'impรฉratrice, รฉgalement appelรฉe ยซย la Minerve des arts[273]ย ยป, en rรฉfรฉrence ร son image de souveraine รฉclairรฉe[255].
Pendant la Rรฉvolution franรงaise, les statues de dieux paรฏens sont dรฉmolies dans toute la France, ร l'exception de celles d'Athรฉna. Une statue de la dรฉesse se tenait d'ailleurs au centre de la place de la Rรฉvolution ร Paris, symbolisant la Libertรฉ[260].
Littรฉrature
modifierLa littรฉrature du Moyen รge fait peu de place ร Athรฉna/Minerve, en dehors de son rรดle dans le cycle troyen, notamment le Jugement de Pรขris, et chez Ovide qui a une place importante dans la tradition latine. La dรฉesse est notamment vue comme une personnification des Arts libรฉraux[245]. Christine de Pizan distingue entre Minerve, liรฉe ร la chevalerie, et Pallas, liรฉe ร la sagesse. De fait il est souvent difficile de concilier les aspects martiaux et pacifiques de la dรฉesse en une seule figure. Boccace s'inspire de Cicรฉron et prรฉsente l'idรฉe de quatre Minerve, dont une Bellone guerriรจre qu'il prรฉsente comme la sลur d'Arรจs[254].
La Renaissance, qui voit la redรฉcouverte de la littรฉrature grecque antique en Occident, est un moment important pour la mise en avant de la figure d'Athรฉna/Minerve, notamment chez Marcile Ficin. Progressivement la dรฉesse se dรฉtache de la figure moralisatrice mรฉdiรฉvale et aussi de ses aspects guerriers, pour devenir de plus en plus un symbole du savoir. Cesare Ripa explique Minerva Pacifica avec le rameau d'olivier comme symbole de Sapientia, qui apporte ร la fois paix intรฉrieure et extรฉrieure. S'ensuit une diffusion considรฉrable de l'image et des noms de Minerve/Athรฉna/Pallas dans les milieux savants de l'รฉpoque moderne, notamment les titres de revues savantes[254].
Au cours des XVIe et XVIIeย siรจcles, la dรฉesse est couramment utilisรฉe comme symbole pour dรฉsigner certaines femmes dirigeantes[274],[275]. Dans son livre A Revelation of the True Minerva, publiรฉ en 1582, Thomas Blennerhassett dรฉcrit la reine d'Angleterre รlisabethย Ire comme la ยซย nouvelle Minerveย ยป et ยซย la plus grande dรฉesse du monde sur terreย ยป[275].
ร la mรชme รฉpoque, Athรฉna apparaรฎt dans Les Aventures de Tรฉlรฉmaque, un roman publiรฉ en 1699 et rรฉdigรฉ par l'abbรฉ Fรฉnelon. Athรฉna รฉtant un symbole de l'opposition ร la tyrannie, Fรฉnelon voit en celle-ci la figure parfaite pour critiquer la politique de Louisย XIV. Dans le roman, la dรฉesse met ainsi en garde Tรฉlรฉmaque contre ce qui est nรฉfaste pour le gouvernement des peuplesย : ยซย la premiรจre est une autoritรฉ injuste et trop violente dans les roisย ; la seconde est le luxe qui corrompt les mลursย ยป. Athรฉna devient ainsi la porte-parole des idรฉes humanistes qui se dรฉvelopperont plus tard durant le siรจcle des Lumiรจres[276].
Dans la littรฉrature et la pensรฉe allemandes, Minerve/Athรฉna suscite les rรฉflexions de Johann Gottfried von Herder et Karl Philipp Moritz, tandis que Georg Wilhelm Friedrich Hegel utilise l'envol de la chouette de Minerve comme mรฉtaphore sur la place du savant[254].
Au XIXeย siรจcle la dรฉesse continue d'inspirer les penseurs occidentaux, et le dรฉveloppement des รฉtudes sur la mythologie donne lieu ร de nouvelles analyses sur son symbolisme originel, aussi la comparaison avec d'autres mythologies, puisqu'elle est parfois rapprochรฉe des Valkyries nordiques[277].
Musique
modifierCamille Saint-Saรซnsย : Pallas Athรฉnรฉ, cantate pour soprano et orchestre, op. 98
Rรฉceptions contemporaines
modifierUsages allรฉgoriques
modifierAllรฉgorie des savoirs, Athรฉna est choisie en 1797 comme symbole de la Classe des Sciences morales et politiques[260], de nos jours son image est reprise dans les emblรจmes d'institutions universitaires et scientifiques, comme l'Institut Max Planck[274].
Depuis la Rรฉvolution franรงaise, Athรฉna est un symbole politique en France, incarnant la Libertรฉ[260]. Le Palais Bourbon oรน se trouve l'Assemblรฉe nationale franรงaise comprend plusieurs statues de la dรฉesse, copies de modรจles antiques. Elle est plus largement une allรฉgorie de la sagesse, des sciences, aussi de la guerre, plus en lien avec ses fonctions antiques, voire de la France[279]. Une statue d'Athรฉna se dresse aussi devant le bรขtiment du Parlement autrichien ร Vienne[280]. Aux รtats-Unis รฉgalement Athรฉna trouve une place dans l'iconographie politique en tant que symbole de libertรฉ, avec des accents guerriers[277].
Ces exemples montrent que l'image d'Athรฉna a traversรฉ les รฉpoques pour continuer ร symboliser des valeurs dont une partie dรฉrivent de ses rรดles antiques de protectrice des communautรฉs. Ses images sont exposรฉes dans des espaces publics de plusieurs pays et ses reprรฉsentations ont influencรฉ celles d'autres symboles de la libertรฉ en Occident, comme la statue de la Libertรฉ et celles de Britannia[280].
Perceptions de la fรฉminitรฉ d'Athรฉna
modifierParce qu'elle entremรชle des attributs perรงus comme ร la fois masculins et fรฉminins, Athรฉna a suscitรฉ diverses interprรฉtations dans les questionnements sur la fรฉminitรฉ et le genre. Sigmund Freud interprรจte ainsi le Gorgonรฉion figurant sur l'รฉgide d'Athรฉna, comme un symbole reflรฉtant l'anxiรฉtรฉ masculine, d'une dรฉesse vierge qui repousse le dรฉsir masculin[281]. Johann Jakob Bachofen avait dรฉveloppรฉ au XIXeย siรจcleย av. J.-C. une hypothรจse voisine en s'appuyant sur lโOrestie d'Eschyle, dans laquelle Athรฉna se met du cรดtรฉ d'Oreste coupable de matricide et de son protecteur Apollon, donc du patriarcat[282]. De lร dรฉrive une image d'Athรฉna en tant qu'instrument de la domination masculine et traitresse ร son sexe[283]. On lui a opposรฉ une autre approche, qui voit en Athรฉna un symbole d'une fรฉminitรฉ forte et intelligente dans un monde dominรฉ par les hommes. Par suite, son nom est repris par des projets qui souhaitent promouvoir la place des femmes dans des domaines gรฉnรฉralement masculins, notamment en sciences et techniques[284].
Littรฉrature
modifierAthรฉna est apparue frรฉquemment dans les romans de fantasy inspirรฉs de la mythologie grecque. Dans les annรฉes 2000, la dรฉesse a notamment รฉtรฉ mise en lumiรจre dans la suite romanesque Percy Jackson de Rick Riordan, qui imagine les aventures d'adolescents confrontรฉs ร une guerre entre les dieux grecs et les Titans dans les รtats-Unis contemporains[285].
Bande dessinรฉe
modifierDans la sรฉrie Saint Seiya de Masami Kurumada, publiรฉe en franรงais sous le titre Les Chevaliers du Zodiaque en 1986, Athรฉna apparaรฎt sous les traits d'une jeune femme nommรฉe Saori Kido. Celle-ci occupe un rรดle trรจs important parmi les principaux personnages de l'intrigue. En effet, les chevaliers liรฉs aux diffรฉrentes constellations ont รฉtรฉ crรฉรฉs dans l'Antiquitรฉ pour la servir et la protรฉger, et c'est elle qui les dirige[286].
La dรฉesse fait รฉgalement partie des nombreux dieux citรฉs dans la sรฉrie de bande dessinรฉe Astรฉrix, en particulier dans le numรฉro Astรฉrix aux Jeux Olympiques. Dans celui-ci, Astรฉrix et Obรฉlix se rendent en Grรจce afin de participer aux cรฉlรจbres Jeux olympiques. Aprรจs avoir pris leurs quartiers ร Athรจnes, les gaulois visitent le temple d'Athรฉna Nikรจ. La cรฉlรจbre statue en or d'Athรฉna suscite l'admiration d'Astรฉrix[287].
Athรฉna apparaรฎt dans la sรฉrie La Sagesse des Mythes scรฉnarisรฉe par Clotilde Bruneau et publiรฉ depuis 2016, qui consiste en adaptations de mythes grecs en bandes dessinรฉes[288],[289].
Cinรฉma
modifierDans les annรฉes 1950-1960, la mythologie grecque suscite l'intรฉrรชt des cinรฉastes qui y consacrent plusieurs films. Nรฉanmoins, le personnage d'Athรฉna n'y apparaรฎt pas encore. Son rรดle est remplacรฉ par celui d'autres dieux.
En 1963, le pรฉplum amรฉricain Jason et les Argonautes de Don Chaffey adapte ainsi librement le mythe des Argonautes. Alors que dans l'ลuvre d'Apollonios de Rhodes, Jason et ses compagnons peuvent prรฉvoir l'avenir grรขce ร une poutre construite par Athรฉna, dans le film ceux-ci sont guidรฉs par une figure de proue animรฉe par laquelle leur parle la dรฉesse Hรฉra[285].
Il faut attendre 1981 et la sortie du film Le Choc des Titans de Desmond Davis pour voir Athรฉna occuper un rรดle notable. Dans celui-ci, Zeus ordonne ร sa fille de donner sa chouette prรฉfรฉrรฉe au hรฉros Persรฉe afin de l'assister dans sa quรชte pour sauver la belle Andromรจde. La dรฉesse, interprรฉtรฉe par l'actrice รฉcossaise Susan Fleetwood, refuse. Souhaitant cependant aider Persรฉe, elle demande ร Hรฉphaรฏstos de construire une chouette mรฉcanique, nommรฉe Bubo, qu'elle confie au hรฉros et qui l'aidera dans les moments difficiles[285].
En 1997, le rรฉalisateur Andreรฏ Konchalovsky accorde une place centrale ร la dรฉesse dans la mini-sรฉrie L'Odyssรฉe, inspirรฉe de l'ลuvre รฉcrite par Homรจre. L'actrice italienne Isabella Rossellini y incarne une dรฉesse bienveillante. Dotรฉe de pouvoirs surnaturels, elle protรจge Ulysse durant ses aventures et inspire courage ร ses proches[285].
En 2010, Izabella Miko joue la dรฉesse dans le remake du Choc des Titans rรฉalisรฉ par Louis Leterrierย ; Athรฉna n'y tient qu'un rรดle de figurante. La mรชme annรฉe, la dรฉesse apparait dans Percy Jacksonย : Le Voleur de foudre, adaptation du premier volet de la sรฉrie Percy Jackson รฉcrite par Rick Riordan. Le rรดle est alors confiรฉ ร l'actrice Melina Kanakaredes[290].
En 2011, le pรฉplum Les Immortels de Tarsem Singh, qui s'inspire des mythes de la Titanomachie et de Thรฉsรฉe, donne un rรดle secondaire notable ร Athรฉna aux cรดtรฉs du hรฉros. La dรฉesse y est incarnรฉe par l'actrice Isabel Lucas[291].
La dรฉesse apparaรฎt enfin dans le film d'animation japonais Les Chevaliers du Zodiaqueย : La Lรฉgende du Sanctuaire sorti en 2014. Transportรฉe dans l'รฉpoque moderne, la dรฉesse s'est rรฉincarnรฉe sous les traits d'une jeune japonaise nommรฉe Saori Kido qui a le pouvoir de guรฉrir ceux qu'elle touche[285].
Jeux vidรฉos
modifierDes hรฉroรฏnes de jeux vidรฉos souvent bien plus sexualisรฉes que la dรฉesse antique portent son nom, quand il ne s'agit pas d'une reprรฉsentation moderne de la dรฉesseย : la princesse Athena, hรฉroรฏne du jeu de plate-forme Athena paru en 1986 et apparue dans d'autres jeux vidรฉos depuisย ; Athena Asamiya dans Psycho Soldier (1987) puis la sรฉrie de jeux de combat The King of Fighters (depuis 1994)ย ; dans le jeu de combat รฉrotique Bikini Karate Babes (2002) se trouvent plusieurs dรฉesses antiques dont Athรฉna[292].
รponymie
modifier- En astronomie, Athรฉna est l'รฉponyme des astรฉroรฏdes (2) Pallas et (881) Athรฉnรฉ.
- Plusieurs salles de spectacle portent le nom de Palladium, forme latine du grec Palladion dรฉsignant ร l'origine la statuette protectrice reprรฉsentant la dรฉesse[293].
Autres รฉvocations
modifier- Dans les jeux de cartes, Athรฉna reprรฉsente trรจs probablement la dame de pique sous le nom de Pallas[rรฉf.ย nรฉcessaire].
- Depuis la fin du XIXeย siรจcle, une rรฉplique ร grande รฉchelle du Parthรฉnon existe ร Nashville dans le Tennessee. En 1990, les conservateurs ajoutent une rรฉplique dorรฉe de 12,5ย m de haut de la statue d'Athรฉna Parthรฉnos de Phidias, construite en bรฉton et en fibre de verre[294].
Notes et rรฉfรฉrences
modifierNotes
modifier- โ Les รฉpithรจtes/รฉpiclรจses de la dรฉesse sont recensรฉes sur la Banque de donnรฉes des รฉpiclรจses grecques (BDEG) du Laboratoire d'archรฉologie et histoire Merlat (LAHM) du Centre de recherche en archรฉologie, archรฉosciences et histoire (CReAAH) (Universitรฉ Rennes 2).
- โ L'adjectif est considรฉrรฉ comme n'รฉtant pas ยซย ร proprement parlerย ยป une รฉpiclรจse car il ยซย ne figure ni chez Pausanias ni dans les inscriptions relatives ร des cultes publics ou ร des rรจglements religieuxย ยป[13].
- โ L'รฉpithรจte figure trente-sept fois dans l'Iliade[13] et quarante-cinq fois dans l'Odyssรฉe[13].
- โ L'adjectif est l'รฉpithรจte de la lune[14],[15] dans deux fragments d'Empรฉdocle[14],[16] et d'Euripide[14],[17] ainsi que chez Nonnos[14],[18]ย ; et celui de Cassandre[14],[19] dans un fragment d'Ibycos[14],[20].
Rรฉfรฉrences
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Annexes
modifierArticles connexes
modifier- Divinitรฉs grecques
- Divinitรฉs olympiennes
- Liste des divinitรฉs de la mythologie grecque
- Liste des dรฉesses de la guerre
- Minerve
Liens externes
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- Ressources relatives aux beaux-artsย :
- Ressource relative ร la bande dessinรฉeย :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopรฉdies gรฉnรฉralistesย :








